Au fil des conférences qu’il m’arrive de faire je constate le découragement de bien des Juifs et leur sidération devant des interpellations, qui sont certes des attaques feutrées, mais c’est grave pour soi-même de ne pas répliquer et de rester mortifié. Comme cette personne qui me raconte qu’un type dans son travail lui dit : « Pas facile d’être juif aujourd’hui, hein ? » Elle répond que ce n’est pas évident mais que c’est vivable ; Et quand il relance : « Moi, je suis pas d’accord avec ce qui se passe à Gaza », elle reste muette, elle décroche, elle n’a pas de réplique, c’est grave, il faut avoir des répliques aux interpellations possibles, qu’elles soient perverse ou non. Elle pouvait répondre qu’elle-même n’était pas d’accord avec ce qui se passe À Gaza mais qu’Israël n’a pas le choix, que la stratégie perverse de l’ennemi l’oblige à faire cette guerre même s’il ne peut pas la gagner car précisément le coût humain serait trop lourd et que pour l’ennemi la vie des siens ne vaut pas cher. Que le drame actuel d’Israël c’est que s’il ne fait pas la guerre, son existence-même vacille et que s’il l’a fait, il ne peut pas la gagner à cause du mélange des terroristes avec leurs populations.
Quant au nombre de victimes prétendument civiles (72 000), voici une remarque utile:
Il faut rappeler que le Hamas n’ayant jamais publié le chiffre de ces pertes, celles-ci font partie des 72000 et elles sont sans doute très importantes pour la raison suivante. Le Hamas avait, dit-on, 30000 combattants au départ mais il en a perdu beaucoup et comme il peut recruter à volonté des gens consentants voire enthousiaste ou des gens forcés, S’il se retrouve à la fin avec 30000 combattants et même 40 selon certains, c’est qu’il a dû se renflouer plusieurs fois pendant 2 ans. S’il s’est renfloué 3 ou 4 fois de 10000 hommes, cela ferait à peine 30000 civil tués sur 2 ans, Ce qui veut dire que les pertes civiles sont beaucoup plus faibles qu’on l’a dit.
Donc, devant des interpellations il faut non seulement répliquer mais ne pas être sur la défensive.
Il faut questionner l’autre, sauf si on est pris dans un effet de foule et d’ameutement, ce qui est bien dans le style des ennemis d’Israël. « En l’occurrence, avec quoi exactement n’êtes-vous pas d’accord monsieur ? » – « Avec le fait que des civils meurent en masse ».– « Eh bien moi aussi, je ne suis pas d’accord et je suppose que les soldats Israéliens qui sont des gens comme vous et moi, qui sont des jeunes, des étudiants des employés, des ingénieurs et pas des fanatiques, ne jouissent pas de massacrer des gens innocents, il faut croire que le Hamas dispose les choses pour qu’il en soit ainsi parce que c’est son intérêt, parce que c’est sa jouissance, Et qu’il espère ainsi obtenir ce que les nazis ont obtenu, à savoir que les Juifs soient pointés du doigt comme vous le faites ».
Comment un honnête homme peut-il aujourd’hui défendre Israël ?
Il le peut du point de vue de la justice élémentaire:
En effet le Hamas et ses partisans disent : notre cause et juste et nous la défendons par tous les moyens y compris le terrorisme comme l’a montré le 7 octobre. Or c’est exactement ce « par tous les moyens » que les partisans du Hamas reprochent à Israël. Alors qu’Israël, quand il tire sur les positions du Hamas, ne le fait que lorsqu’ils jugent que les dégâts collatéraux ne sont pas excessifs. Les positions du Hamas étant nombreuses, cela peut faire un nombre de civils tués assez conséquent.
Israël devrait-il alors renoncer ? Israël se défend en disant : « Si on ne les attaque pas, c’est eux qui nous attaqueront. C’est une question vitale pour nous. Et on n’utilise pas tous les moyens, car cela réglerait le problème, on utilise seulement la possibilité de faire des dégâts collatéraux mesurés ».
On a donc d’un côté le Hamas qui utilise tous les moyens, de l’autre Israël qui utilise seulement la possibilité de faire des dégâts collatéraux non excessifs, sans lesquels il n’aurait qu’à baisser les armes et à laisser la victoire son ennemi.
Mais, dirait le bon humaniste qui soutient le Hamas, revenons aux causes elles-mêmes, celle du Hamas est juste et celle d’Israël est injuste.
Oui, car celle du Hamas, c’est soi-disant la défense d’un peuple spolié de sa terre et celle d’Israël et celle d’un État colonial. À ce niveau, c’est le savoir minimal qu’il faut convoquer : les arabes de Palestine sont sur la terre ancestrale du peuple juif. Le fait qu’ils étaient autorisés à y être et à s’y reproduire alors que c’était interdit aux Juifs y compris à l’époque nazie n’efface pas, semble-t-il, le caractère ancestral de cette terre des Hébreux. C’est ce caractère historique que le Hamas et ses supporters veulent annuler.
On a donc d’un côté une prétention totalitaire injustifiée côté Hamas et consorts, et de l’autre un droit ancestral à exister sur cette terre et à la défendre en limitant les dégâts collatéraux. Et c’est bien le cas. Et comme je l’ai dit, les positions du Hamas étant très nombreuses, car il est partout dans Gaza, Et il veut tout contrôler, s’il a mille positions, il suffit que dans chacune attaquée par Israël, il y ait 20 morts civiles pour que cela fasse 20 000 morts, Ce qui est un chiffre important.
Il ne faut plus laisser la condamnation d’Israël s’installer dans les évidences, dans les données implicites, les allusions qui vont de soi.
Certains Juifs sont tétanisés devant des critiques Parce qu’ils sentent qu’elles comportent une haine très ancienne.
Et ce pressentiment les empêche de répondre. Et c’est dommage car il y a de quoi répondre Et on n’est pas forcément dans la répétition de temps anciens.
Il faut s’attendre à des regains d’antisémitisme, car la cause palestinienne sur laquelle tant de gens ont misé est totalement dans l’impasse, de par sa logique-même ; sans qu’ Israël ait rien fait pour cela. C’est le Hamas et ces alliés qui sont pour l’instant les fossoyeurs de cette cause émouvante. Or les gens qui ont tout misé sur cette cause vont être ulcérés de la voir à ce point dans l’impasse ; Et plutôt que de réfléchir, ce à quoi leur passion ne va pas les prédisposer, ils vont se tourner contre les Juifs. Ils ne sont pas à une injustice près.
Des Palestiniens malins ne peuvent même pas dire : Donnez-nous ce que vous voulez et on en fait un état Palestine et on le déclare indépendant ; ils ne le peuvent pas car ils se renieraient eux-mêmes ; la seule issue raisonnable c’est une victoire sur le Hamas, le Hezbollah et l’Iran, une victoire qui sera coûteuse mais on ne peut pas s’en tirer à moins.
© Daniel Sibony
*Dernier ouvrage paru : « La Torah, une lecture laïque ». Éditions Odile Jacob. février 2026

Disponible sur Amazon https://amzn.eu/d/06Ad64je
_________________
Auteur de Les non-dits d’un conflit, le Proche-Orient, après le 7 octobre

Parus en 2024:
Cinéma ou réalité ? Entre perception et mémoire
L’entre-deux sexu

Poster un Commentaire