Réception du 14 juillet 2026 en Israël: Extraits du discours de Frédéric Journès, Ambassadeur de France, quittant ses fonctions

Photos © Guy Yechiely

 Extraits du discours de Frédéric Journès, Ambassadeur de France en Israël

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Ma vraie mission: vous secourir, et j’en suis très fier

Frédéric Journès

Madame la députée, 

Madame et messieurs les élus des Français de l’étranger, 

Mesdames et messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs en vos grades et qualités, 

Chers français d’Israël

And Dear Israeli Friends, 

Le 14 juillet, c’est le peuple en armes qui prend le contrôle de son destin, abat les symboles de la tyrannie et réclame la liberté. Cette fête nationale française, elle commémore un moment violent, tout comme notre hymne national a lui aussi des paroles violentes. C’est que la liberté ça se gagne et souvent ça se gagne dans le combat. 

Et cela, quelque part, trouve un écho en Israël. Ce petit pays a dû se battre et se bat encore au quotidien pour exister. 

J’ai passé les trois années de mon poste parmi vous au milieu de cette guerre. Vos inquiétudes, vos espérances, vos moments de découragement et de détresse, je les ai partagés. Cela n’a pas été une ambassade facile…

… J’ai dû vivre et assumer la dégradation de nos liens politiques et évidemment que j’en étais triste. 

Mais en accomplissant ma mission dans ces conditions si dures, je n’ai jamais cessé d’aimer Israël et de vous aimer vous. 

J’ai aimé, j’aime de toutes mes forces, les fantastiques équipes de notre Ambassade. À vous tous, au Consulat général de Tel Aviv, à l’Institut français d’Israël, dans notre merveilleux Consulat d’Haifa, dans les services économiques, de sécurité intérieure, de défense comme à la chancellerie politique, à l’Équipe Presse, au SGA, à notre super équipe des Chauffeurs qui a évacué deux fois femmes et enfants pendant les guerres d’Iran, et à la Dream Team de la Résidence qui nous accueille ce soir pour le 14 juillet, merci et bravo. 

Vous avoir avec moi, cela a fait ma force et cela a fait tout mon bonheur. Je suis très fier de vous et de tout ce que vous avez fait pour la France, pour les Français, pour le lien avec Israël dans des moments tellement difficiles. J’ai évidemment le cœur serré en vous quittant. 

J’ai aimé les Français d’Israël à tous les moments où j’ai pu trouver le moyen de vous apporter du réconfort ou du secours. Les plus belles images que j’emporte sont celle des petits éclaireurs que je suis allé rassurer dans leur bus à Eilat, lorsqu’ils passaient la frontière égyptienne et que je leur ai expliqué qu’ils trouveraient de l’autre côté une autre équipe France pour les amener en sécurité prendre leur avion à Taba. Je vous ai aimés avec vos sourires à l’embarquement de nos vols de repli sur le tarmac de Ben Gourion ou dans le Terminal. 

La photo souvenir que j’ai voulu qu’on garde de moi dans cette Ambassade, pour la première fois, n’est pas un portrait officiel de face ; c’est une mal cadrée mais au milieu de nos soldats, en train de vous faire monter dans l’avion armé A400 M qui vous ramenait en lieu sûr, en juin dernier. C’était ça ma vraie mission, vous secourir, et j’en suis très fier. 

J’ai eu le cœur serré quand je suis allé voir vos enfants blessés dans leur corps ou dans leur âme à l’hôpital Sheba de Tel Ha Shomer et à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv. Je connais la guerre depuis l’Afghanistan et j’avais passé bien du temps à l’hôpital de Kaya, sur l’aéroport de Kaboul et à sa morgue. Je déteste la guerre, c’est une horrible machine à broyer la chair des jeunes garçons et des jeunes filles et à casser leur vie. 

Cela pourra paraître incongru à certains d’entre vous, mais les années sacrifiées des jeunes Israéliens, elles me touchent dans ma chair, parce que ce sont les enfants de mes amis, de mes collègues, des gens que j’ai aimés ici et que leur souffrance pourrait être, un jour, celle de mes proches à moi, et je prie pour que tout cela s’arrête, pour que les jeunes retrouvent la paix, que les vieux fassent donc la paix plutôt que d’envoyer les enfants au carton, et qu’Israël retrouve l’optimisme, la joie de vivre qui en fait ce pays merveilleux qui m’a séduit pendant ma jeunesse. 

J’ai aimé les moments partagés avec les Français de Netahya, les Français de Haïfa, les français d’Eilat et les Français d’Ashdod. J’aurais voulu vous voir beaucoup plus mais ces moments passés parmi vous, à table à Eilat et Ashdod, en particulier, c’étaient des moments de joie pure, à écouter les histoires de vos vies depuis la Tunisie, la Pologne, l’Algérie, le Maroc, ou tout simplement la France. 

J’ai tâché de répondre à vos questionnements. J’ai été ému de votre amour de la France ou plutôt de l’idéal de la France et j’ai senti et compris vos déceptions. C’est vrai qu’on aime plus facilement la France idéale que la France comme elle est, mais elle est bien quand même la France, et n’oubliez pas, contre vents et marées, que la République vous protège et ne se laissera pas retomber dans la honte façon Vichy.

Les Juifs de France ont été le poivre et sel qui a construit la république et la laïcité. Et la France a besoin de vous tout comme vous avez besoin qu’elle étende sur vous son manteau protecteur, et je suis fier que Caroline Yadan soit aujourd’hui à mes côtés pour vous dire combien la République avance toujours et se bat pour vous et pour vous protéger à l’heure du retour de l’antisémitisme. 

J’ai aimé le merveilleux monde associatif que vous avez su tisser dans la communauté. Je me souviens de ce couple de courageux qui parcourait Ashkelon et Ashdod pour distribuer des colis alimentaires et aider les déplacés les plus perdus. J’ai admiré l’action de LATET, celle du FSJU et de toutes les organisations solidaires des Français d’Israël en difficulté, en particulier parmi les survivants de la Shoah. 

Eh oui, je ne le cache pas, j’aime votre petit monde juif dans toute sa diversité, dans la richesse de ses parcours humains, dans les nuances de ses convictions religieuses et de la façon qu’a chacun d’être Juif, que ce soit en France ou ici sur la terre Israël…

… Un de mes prédécesseurs m’a dit: « This country will drive you crazy 100 of time but you will fall back in love 101. And you will make friend that you will keep ».

… Nous n’allons pas nous mentir, nos relations aujourd’hui ne sont pas bonnes. J’ai fait tout ce que j’ai pu pour conserver un dialogue méthodique et très dense avec vos autorités pour continuer à nous parler des sujets trop importants pour nos deux pays pour laisser s’installer du silence. Je pense au nucléaire iranien et au programme de missile de ce pays, au désarmement du Hezbollah, au rééquilibrage des puissances qui se dessine dans la région au sortir de cette guerre. 

Mais il est important qu’un dialogue politique renaisse. C’est aussi pour ça qu’il est temps pour moi de partir. Il y a des hommes qui savent gérer la guerre et je l’ai fait avec toute la force que je pouvais. Il en faut d’autres pour faire la paix et Christophe Parisot qui rejoindra bientôt Tel Aviv est l’homme qu’il nous faut pour reconstruire une relation meilleure. 

Israël est trop important pour ne pas avoir avec lui une relation dense…

… Ce n’est pas parce que l’on a des désaccords très puissants qu’il faut perdre de vue nos intérêts communs et l’existence de nos ennemis communs. Et l’importance de cette relation avec Israël, où que mes pas me conduisent, je continuerai à la défendre, évidemment parce que j’aime ce pays, mais aussi et surtout parce qu’il compte et que dans un monde réel, entre gens qui comptent, on doit se parler. 

J’ai eu des moments de souffrance. J’ai pleuré à l’enterrement d’Elia Toledano, que nous n’avons pas pu sauver. Je me rappelle le crissement du sable sec sur mes mains après l’enterrement de Dan Elkayam, fauché par des tueurs antisémites pendant Hannoukah à Sydney. Mais j’ai aussi eu des larmes de joie quand j’ai pu dire à mon mari Hristo, le 27 novembre 2023 : « Ça y est, les enfants vont sortir ! Eitan Yahalomi, Erez et Sahar Kalderon, ils vont sortir aujourd’hui ! »

Et j’ai eu des larmes de joie sur le kikar ha hatufim quand les derniers otages sont sortis et que nous avons pu nous dire : « Enfin nous sommes le 8 octobre ».

Je n’ai jamais abandonné les otages. Chaque fois que je rencontrais un ministre ou un représentant du Président, je leur disais : « Appelez-les par leur nom. Ne parlez pas des otages restants ; parlez d’Orion, d’Ofer, d’Ohad. Ce ne sont pas des chiffres, ce sont des êtres humains. »

… Nous avons des valeurs en partage. Nous avons des souffrances en partage. Nous avons des dangers à combattre et de belles choses à construire. Israël va se relever, mais pour ça il a besoin de se refaire des amis et nous sommes nombreux en France, plus que vous ne le pensez, à souhaiter retrouver l’amitié d’Israel ; à nous de mettre de la paix dans nos cœurs pour reconstruire cette amitié. Votre hymne national a le plus beau titre qui soit. Hatikva, l’espoir ; construisons cet espoir ensemble… Pour que vive Israël, Que Vive l’amitié franco Israélienne, Que vive la République, Et que vive la France.

© Son Excellence Frédéric Journès


Extraits du discours prononcé en anglais

Madam Member of Parliament,

Madam and Gentlemen Representatives of the French Citizens Living Abroad,

Your Excellencies, Ambassadors, Distinguished Guests, Ladies and Gentlemen,

Dear French Citizens in Israel,

And dear Israeli friends,

On the 14th of July, it is the people in arms who take control of their destiny, bring down the symbols of tyranny, and demand freedom. France’s national day commemorates a moment of violence, just as our national anthem contains words born of violence. Freedom is something that must be won, and more often than not, it is won through struggle.

In that respect, there is something that resonates deeply with Israel. This small country had to fight for its existence, and continues to do so every single day.

I have spent the three years of my posting among you in the midst of this war. I have shared your anxieties, your hopes, your moments of discouragement and despair. It has not been an easy embassy…

… I have had to witness and shoulder the deterioration of our political relationship, and of course that saddened me.

But while carrying out my mission under such difficult circumstances, I never stopped loving Israel, and I never stopped loving you.

I have loved—and continue to love with all my heart—the extraordinary teams of our Embassy. To all of you at the Consulate General in Tel Aviv, the French Institute in Israel, our wonderful Consulate in Haifa, our economic, internal security and defence services, our political chancery, our Press Team, our General Secretariat, our outstanding team of drivers, who evacuated women and children twice during the Iran wars, and the Dream Team at the Residence who welcome us here tonight for Bastille Day: thank you, and congratulations.

Having you beside me was my strength and my greatest source of happiness. I am immensely proud of you and of everything you have done for France, for the French community, and for maintaining the bond with Israel during such difficult times. It is with a heavy heart that I leave you.

I have loved the French community in Israel every time I was able to bring you comfort or assistance. Among my most treasured memories are those of the young Scouts I went to reassure aboard their bus in Eilat as they crossed the Egyptian border, explaining to them that another French team would be waiting on the other side to escort them safely to Taba Airport. I loved seeing your smiles as you boarded our evacuation flights on the tarmac at Ben Gurion Airport and inside the terminal.

The photograph I chose to leave behind in this Embassy is, for the first time, not an official portrait. It is a badly framed photograph of me standing among our soldiers, helping you board the A400M military aircraft that took you to safety last June. That was my true mission—to help protect you—and I am deeply proud of it.

My heart ached when I visited your children who had been wounded in body or spirit at Sheba Medical Center in Tel HaShomer and at Ichilov Hospital in Tel Aviv. I know war from Afghanistan, where I spent long hours at the KaIA hospital on Kabul Airport and in its morgue. I hate war. It is a terrible machine that crushes the flesh of young men and women and shatters their lives.

This may seem surprising to some of you, but the years sacrificed by young Israelis affect me personally, because they are the children of my friends, my colleagues, of people I have loved here—and because their suffering could one day become that of my own loved ones. I pray that all this may end; that young people may once again know peace; that the older generations may choose peace instead of sending their children into battle; and that Israel may rediscover the optimism and joy of life that made me fall in love with this remarkable country in my youth.

I have cherished the moments shared with the French communities of Netanya, Haifa, Eilat and Ashdod. I wish I could have spent much more time with you, but those meals we shared in Eilat and Ashdod especially remain moments of pure happiness, listening to the stories of your lives—from Tunisia, Poland, Algeria, Morocco, or simply France.

I have done my best to answer your questions. I have been deeply moved by your love for France—or rather, for the ideal of France—and I have understood your disappointments. It is true that it is easier to love the ideal France than France as it sometimes is. But it is still France. And never forget, whatever the storms, that the Republic protects you and will never allow itself to fall back into the shame of Vichy.

The Jews of France have been part of the very seasoning that shaped our Republic and its secular ideals. France needs you, just as you need France to extend its protective mantle over you. I am proud that Caroline Yadan stands beside me today to remind you that the Republic continues to move forward and continues to fight for you and to protect you at a time when antisemitism is once again on the rise.

I have admired the remarkable network of associations you have built within your community. I remember that courageous couple travelling through Ashkelon and Ashdod delivering food parcels and helping the most vulnerable displaced families. I admired the work of LATET, of the FSJU, and of all the organizations supporting French citizens in Israel facing hardship, particularly Holocaust survivors.

Yes, I say it openly: I love your Jewish world in all its diversity—in the richness of its human journeys, in the nuances of its religious convictions, and in the countless ways each person lives their Jewish identity, whether in France or here in the Land of Israel.

One of my predecessors once told me: « This country will drive you crazy one hundred times, but you will fall in love with it one hundred and one. And you will make friends you will keep forever. »

Let us not pretend otherwise: today, our relations are not good. I have done everything I could to preserve a methodical and sustained dialogue with your authorities so that we could continue discussing matters far too important for our two countries to allow silence to prevail. I am thinking of Iran’s nuclear programme and its missile programme, the disarmament of Hezbollah, and the new balance of power emerging in the region after this war.

But it is essential that political dialogue be reborn. That is also why it is time for me to leave. Some people know how to manage war, and I did so with all the strength I could muster. Others are needed to build peace. Christophe Parisot, who will soon join Tel Aviv, is the right person to help rebuild a better relationship.

Israel is far too important not to maintain a close and substantial relationship with it.

Disagreements, however profound, must never cause us to lose sight of our shared interests and our common enemies. Wherever life may take me, I will continue to defend the importance of France’s relationship with Israel—not only because I love this country, but because it matters. In the real world, nations that matter must continue talking to one another.

There were moments of profound sorrow. I wept at the funeral of Elia Toledano, whom we could not save. I still remember the sound of dry sand scraping across my hands after the funeral of Dan Elkayam, murdered by antisemitic terrorists during Hanukkah in Sydney. But I also shed tears of joy when I was able to tell my husband Hristo on 27 November 2023: « They’re coming out. The children are coming out! Eitan Yahalomi, Erez and Sahar Kalderon—they’re coming home today! »

And I cried tears of joy in Hostages Square when the final hostages were released and we could finally say to one another: « At last, today is October 8th. »

I never abandoned the hostages. Every time I met a minister or a representative of the President, I told them: « Call them by their names. Don’t speak of ‘the remaining hostages.’ Speak of Orion, Ofer, Ohad. They are not numbers. They are human beings. »

We share values. We share suffering. We face common dangers, and we have beautiful things yet to build together. Israel will recover, but to do so it needs to rebuild friendships. There are many of us in France—far more than you imagine—who long to restore the friendship between our two countries. It is up to us to bring peace into our hearts so that we may rebuild that friendship together.

Your national anthem bears the most beautiful title imaginable: HatikvahThe Hope. Let us build that hope together.

Long live Israel.

Long live Franco-Israeli friendship.

Long live the Republic.

And long live France.

© His Excellency Frédéric Journès


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