Plus de trente ans ont passé
Les accords d’Oslo n’ont jamais débouché sur le traité de paix que leurs signataires espéraient. Pourtant, paradoxe rarement souligné, ils continuent encore aujourd’hui à organiser la vie quotidienne en Cisjordanie.
La zone A demeure administrée par l’Autorité palestinienne, même si l’armée israélienne y intervient lorsqu’elle estime que sa sécurité l’exige, la zone B reste sous administration civile palestinienne, tandis que les responsabilités en matière de sécurité continuent d’être partagées, la zone C, enfin, demeure sous administration civile et sécuritaire israélienne.
C’est dans cette zone que se trouvent la quasi-totalité des implantations israéliennes, les grands espaces non urbanisés, la vallée du Jourdain et plusieurs secteurs qu’Israël considère comme essentiels à sa sécurité.
Cette situation ne résulte pas d’une décision unilatérale prise après Oslo. Elle est précisément celle qu’avaient prévue les accords de 1995, dans l’attente d’un accord définitif qui n’est jamais intervenu.
Autre paradoxe.
Alors que les discours politiques donnent souvent l’impression d’une rupture totale, la coopération entre les services de sécurité israéliens et palestiniens, prévue par les accords d’Oslo, a longtemps continué de fonctionner. Suspendue à plusieurs reprises. Puis rétablie. Des responsables des deux camps ont reconnu qu’elle avait permis d’empêcher de nombreuses attaques et de maintenir un niveau de stabilité sans lequel la situation aurait été encore plus dégradée.
Un autre sujet demeure au cœur des désaccords.
Pendant des années, l’Autorité palestinienne a versé des allocations aux Palestiniens emprisonnés pour des actes de terrorisme ou des faits de violence liés au conflit, ainsi qu’aux familles de Palestiniens tués dans ces circonstances. Ce dispositif est couramment désigné, dans le débat international, sous le nom de « Pay for Slay », appellation notamment utilisée par les autorités israéliennes et américaines. Israël, les États-Unis et plusieurs autres États y voient un système encourageant indirectement le terrorisme. L’Autorité palestinienne conteste cette qualification et affirme qu’il s’agit d’un dispositif de protection sociale destiné aux familles privées de leur principal soutien.
Ce débat demeure entier. Il continue d’empoisonner les relations entre les deux parties.
Depuis Oslo, les occasions manquées se sont succédé. Les gouvernements israéliens ont changé. Les dirigeants palestiniens aussi. Le Moyen-Orient s’est profondément transformé. Mais jamais les négociations n’ont retrouvé le degré d’avancement atteint à Camp David puis à Taba.
On peut naturellement porter des jugements différents sur les responsabilités respectives. Mais les faits, eux, demeurent: les accords d’Oslo n’ont jamais prévu un gel des implantations en zone C. Ils n’ont jamais prévu que l’intégralité de la zone C deviendrait automatiquement un territoire palestinien. Ils n’ont jamais créé un État palestinien, pas davantage qu’ils n’en garantissaient juridiquement la création.
Ils ouvraient un processus de négociation dont l’issue dépendait des compromis que les deux parties accepteraient de consentir. Ce processus n’a jamais été mené à son terme.
Il est plus facile, trente ans plus tard, de réécrire l’histoire que de relire les accords. Pourtant, c’est bien souvent de cette méconnaissance que naissent les contre-vérités répétées à longueur de débats, d’éditoriaux et de plateaux de télévision.
Avant de distribuer les bons et les mauvais points, encore faut-il connaître les textes. Ils sont publics. Ils sont accessibles à tous. Les lire ne mettra sans doute pas fin aux désaccords. Mais leur méconnaissance explique probablement pourquoi tant de certitudes reposent sur des affirmations qu’ils ne contiennent tout simplement pas.

© Paul Germon

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