La Haine Justifiée : Vérité Mensonge et le Retour du Vieil Antisémitisme. Par Charles Rojzman

I. Le mensonge comme infrastructure de la haine

La haine, lorsqu’elle se déploie dans l’espace public, ne se donne jamais pour ce qu’elle est. Elle se pare toujours des atours du vrai, de la justice, voire de l’humanité. Elle a besoin de se dire comme une réaction à une faute, à une oppression, à un crime. C’est pourquoi elle a toujours besoin du mensonge. Non pas d’un mensonge ordinaire, mais d’un mensonge total, structurel, qui reformule le réel de telle sorte que la haine devienne inévitable, presque une exigence morale. L’histoire de l’antisémitisme est à cet égard exemplaire. On n’a jamais haï « les Juifs » pour rien — du moins dans l’aveu que l’on en faisait. On les a haïs pour ce qu’ils auraient fait : empoisonner les puits, tuer le Christ, dominer la finance, trahir la nation, corrompre la morale ou, désormais, occuper, coloniser, exterminer un peuple.

Ce que nous voyons aujourd’hui sous nos yeux, dans le déchaînement anti-israélien qui sature une partie croissante de l’espace politique et médiatique occidental, n’est que la dernière incarnation de cette dynamique ancienne. Les mots qui reviennent en boucle — apartheid, colonialisme, nettoyage ethnique, génocide — ne visent pas d’abord à décrire une réalité, mais à produire une légitimation. Ils sont les outils d’un récit qui rend la haine respectable, voire impérative. Le mensonge sur Israël ne naît pas de l’ignorance, il procède d’un désir : celui de rendre à nouveau possible la mise en accusation du Juif — aujourd’hui sous la forme de l’État juif.

II. Du Juif au Sioniste : la métamorphose de la cible

L’antisémitisme moderne, tel qu’il s’est développé au fil du XIXe siècle, avait appris à se dire rationnel : il ne s’en prenait plus aux croyances juives, mais au supposé comportement social, politique ou économique des Juifs. Aujourd’hui encore, la logique est la même. Il ne s’agit plus, bien sûr, de dénoncer les « rites » ou la « perfidie » des Juifs comme au Moyen Âge, mais de pointer un comportement déviant, immoral, structurellement criminel — celui de l’État d’Israël. Il ne s’agit pas, dit-on, de haïr les Juifs, mais de critiquer un État, une politique, un régime.

Ce déplacement terminologique — du Juif au Sioniste, de l’antisémitisme à l’antisionisme — n’est qu’une ruse. Car ce qui est visé n’est jamais une politique conjoncturelle, mais l’existence même d’un État juif. Ce que l’on reproche à Israël, ce n’est pas ce qu’il fait, mais ce qu’il est : un État affirmé comme juif, dans un monde occidental qui a désappris à penser la légitimité du particulier. Un État-nation fondé sur la continuité historique d’un peuple singulier. Voilà ce qui dérange, bien au-delà des questions de frontières ou de sécurité.

Ce déplacement a été d’autant plus aisé que la culpabilité historique liée à la Shoah a rendu difficile, en Europe, l’expression d’un antisémitisme explicite. Il fallait donc trouver un masque. Ce fut le Sionisme. Et comme il est plus confortable de s’indigner contre un État que contre une religion ou une ethnie, l’antisionisme est devenu la forme acceptable de l’antisémitisme — acceptable jusqu’au cœur des élites progressistes, qui y voient une manière de réconcilier leur bonne conscience universaliste avec une vieille rancœur qu’elles n’osent plus nommer.

III. L’aveu sans honte du monde arabo-musulman

À l’inverse, dans le monde musulman, cette pudeur n’existe pas. Il n’y a pas, dans la majorité des sociétés arabo-musulmanes, de culpabilité post-Shoah, pour la simple raison que la Shoah y est soit niée, soit relativisée, soit instrumentalisée à des fins de délégitimation du discours juif. L’antisémitisme s’y dit donc sans fard. Il retrouve sa langue originelle : celle du yahoud, de l’ennemi par essence, de l’Autre voué à la soumission ou à l’extermination.

Cet imaginaire, hérité du statut de dhimmi dans l’empire islamique classique, s’est réactivé avec force à partir de la défaite arabe de 1948. Le Juif, qui avait vécu dans une position d’infériorité tolérée, redevient un scandale ontologique lorsqu’il sort de sa place. Israël, dans cette lecture, est une offense théologique, non seulement politique : le retour du Juif sur la scène historique comme acteur souverain est perçu comme une impardonnable rébellion contre l’ordre voulu par Dieu. D’où la virulence des appels à sa destruction, et la glorification de toute violence exercée contre lui.

Ce qui est ici à l’œuvre, c’est moins une passion nationale — la cause palestinienne — qu’un ressenti civilisationnel. La blessure que représente Israël, ce n’est pas la perte d’un territoire, mais la preuve visible de la défaite du monde musulman face à la modernité. Israël concentre à la fois la mémoire de la domination perdue et le témoignage éclatant d’une réussite moderne impossible à égaler. Il est haï parce qu’il renvoie à ce que les autres ne parviennent pas à être.

IV. Le retour de l’archaïsme sous les habits du progressisme

En somme, nous assistons à une étrange alliance : celle de l’archaïsme islamique le plus brutal et de l’idéalisme progressiste le plus sincère. D’un côté, un antisémitisme millénaire qui ne cache pas sa volonté de destruction ; de l’autre, une intelligentsia occidentale qui croit défendre les opprimés tout en réactivant, sans le savoir, les vieux ressorts de la haine du Juif. L’un agit au nom de la tradition, l’autre au nom de l’émancipation ; mais tous deux convergent dans une même cible : l’État juif.

Or, c’est là le véritable paradoxe de notre temps : le mensonge prospère parce qu’il donne à la haine une forme moralement acceptable. En habillant l’antisémitisme de vocabulaire humanitaire, en le transfigurant en croisade pour les droits de l’homme, on fait taire les gardes fous. On croit parler justice, et l’on ressuscite sans le savoir les vieux fantômes de l’histoire.

V. Le mensonge comme matrice politique de la haine

Il est un fait anthropologique que l’on sous-estime : la haine ne peut prospérer durablement sans récit. Il ne suffit pas de haïr. Il faut pouvoir se dire que l’on a raison de haïr. Ce qui implique une réécriture du réel. Non seulement pour mobiliser les autres, mais pour se maintenir soi-même dans une posture de légitimité. Le mensonge n’est donc pas un simple accessoire rhétorique de la haine : il en est la condition de possibilité. Il est ce qui permet à l’indignation de se transformer en certitude morale, à la violence de se croire vertu.

Dans le cas d’Israël, cette fonction du mensonge atteint une intensité inédite. Car il ne s’agit pas seulement de maquiller la réalité ; il s’agit de la renverser. Le peuple qui a ressurgi de la Shoah comme survivant est requalifié en oppresseur génocidaire. L’État né du droit international et de la reconnaissance onusienne devient un État colonial illégitime. Une démocratie fragile entourée de régimes autoritaires est transformée en puissance tyrannique. Et l’acharnement terroriste de ses ennemis est présenté comme une résistance désespérée. Ce n’est plus une déformation des faits : c’est une inversion du sens.

Ce renversement produit un effet redoutable. Il délivre les consciences de leur malaise face à la Shoah. Il permet de renverser le fardeau moral de la mémoire : le Juif n’est plus celui qu’on a exterminé, c’est celui qui extermine. L’histoire se retourne. Et avec elle, l’autorisation de haïr revient. Le mensonge, ici, ne sert pas simplement à justifier l’antisionisme. Il sert à désactiver le frein qu’était devenue la mémoire de l’extermination. Il rend à nouveau possible l’expression d’un rejet viscéral, en le convertissant en cause juste.

C’est ainsi que la haine la plus archaïque trouve sa voie dans les formes les plus modernes du discours politique et universitaire. Elle n’a plus besoin de croix gammées, ni de pamphlets délirants : elle passe par les campus, les plateaux télévisés, les tribunes intellectuelles. Elle ne dit plus : « Les Juifs sont le mal », mais : « Israël est le mal absolu ». Or, cette substitution nominale masque une continuité structurelle. Ce n’est pas Israël que l’on hait pour ce qu’il fait ; c’est le Juif que l’on rejette pour ce qu’il est, à travers Israël.

Dans cette perspective, la lutte contre ce nouvel antisémitisme ne peut se limiter à un travail de rectification factuelle. Elle doit être une contre-analyse du mensonge : mettre à nu les ressorts narratifs, les complicités culturelles, les transferts psychiques qui permettent cette reconstruction imaginaire du réel. C’est le travail de la lucidité contre le confort des passions. Il ne s’agit pas seulement de défendre Israël : il s’agit de défendre la possibilité d’un rapport vrai au monde. Car là où triomphe le mensonge structuré, la haine retrouve toujours droit de cité.

Le mensonge, dans sa version contemporaine, est devenu d’autant plus efficace qu’il épouse les formes du bien. Il avance masqué sous les oripeaux de la justice, des droits humains, de la souffrance reconnue. En cela, il est plus difficile à démonter qu’un simple préjugé racial ou religieux. Il est l’ennemi le plus redoutable de la vérité démocratique, précisément parce qu’il s’est logé au cœur de sa langue. Débusquer ce mensonge, le nommer, le déconstruire, c’est aujourd’hui l’une des tâches les plus urgentes de toute pensée digne de ce nom. Parce qu’on ne combat pas la haine seulement avec des lois, mais avec des vérités.

© Charles Rojzman

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

3 Comments

  1. En 2020, BLM a préparé le terrain aux manifestations post 7 octobre. Le nouvel antisémitisme et racisme anti-blancs ou anti-occidental sont liés, aujourd’hui, il n’y a plus matière à débattre. c’est factuel.
    Le phénomène BLM consistait à transformer un criminel violent en victime du racisme tout en taisant les innombrables cas de crimes racistes commis par des Noirs sur des Blancs aux USA ou ailleurs afin de propager l’idéologie raciste de ce KKK afro-américain, également violemment antisémite, antisioniste et pro-gazoui. L’une des plus immondes et haineuses campagnes de désinformation que l’humanité ait connue. certains observateurs y ont vu le signe de la fin du monde occidental. Les manifestations antisémites et pro-Hamas post 7 octobre sont la suite du mouvement initié en 2020. Dans les deux cas, on remarque la participation active des féminazies et des dégénérés wokistes, ainsi que des universités et des médias mainstream. Globalement, le public scandant « Black Lives matter’ en 2020 et « Free Palestine » depuis 2023 est le même.

  2. La propagande antisioniste est un des piliers du systeme français .
    Haïr Israel est un moyen gratuit de se mettre dans le meme camps que le deuxieme peuple du pays , le peuple franco musulman.
    Le systeme exploite le sous proletariat a son total profit , et maintient ainsi au plus bas les salaires , et simultanement au plus haut les benefices des capitalistes français .
    L argent des petrodollars coule a flot en provenance des  » amis » qataris et tombe dans les  » bonnes poches » .
    Alors avec ce magnifique fourbi , si les quelques juifs français apeurés et dociles se sentent un peu  » mal » , vous imaginez bien que l establishment français s en tape completement .
    Quand aux gueux gaulois , ils obéiront comme ils l ont toujours fait , et se pousseront pour laisser la place aux envahisseurs , en ralant un peu certes ……

  3. Il y a toujours une part de vrai chez Charles mais Oui l’occupation des territoires en Cisjordanie est une réalité qui n’est pas mise dans la balance pour apprécier les formes de réponses à la haine anti Israel. Il y a aussi d’autres mensonges produits par le gouvernement actuel qu’on ne peut même pas discuter. Donc nous sommes dans une impasse, la sortie ne se fera pas avec ces seuls concepts.

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*