D’Oslo à Camp David : ce que prévoyaient réellement les accords. 2/4. Par Paul Germon

Juillet 2000.

Sept années se sont écoulées depuis la poignée de main historique entre Yitzhak Rabin et Yasser Arafat.

Beaucoup pensent aujourd’hui que le processus d’Oslo est déjà mort.

C’est inexact.

Malgré les attentats, malgré les crises politiques, malgré l’assassinat de Rabin, les négociations n’ont jamais cessé.

Au contraire.

Elles vont atteindre un degré de précision rarement égalé dans l’histoire diplomatique contemporaine.

À Camp David, sous l’autorité du président Bill Clinton, les discussions ne portent plus sur des déclarations de principe.

Les négociateurs travaillent cartes en main.

Ils discutent de kilomètres carrés, de quartiers, de routes, d’implantations, de sécurité, de souveraineté et de frontières.

Jamais Israéliens et Palestiniens n’ont été aussi proches d’un règlement définitif.

Le Premier ministre israélien Ehud Barak n’est pas un idéaliste.

Ancien chef d’état-major de Tsahal et militaire le plus décoré de l’histoire d’Israël, il connaît mieux que quiconque les impératifs de sécurité de son pays.

Et pourtant, c’est lui qui présente les concessions territoriales les plus importantes jamais proposées par un gouvernement israélien.

Israël accepte le principe d’un État palestinien.

Il serait créé sur Gaza et sur la quasi-totalité de la Cisjordanie.

De nombreuses implantations isolées seraient évacuées.

Les principaux blocs d’implantations proches de la Ligne verte resteraient sous souveraineté israélienne en échange de territoires israéliens de superficie comparable cédés au futur État palestinien.

Un corridor sécurisé reliant Gaza à la Cisjordanie est également prévu afin d’assurer la continuité territoriale du futur État.

Contrairement à ce que l’on entend souvent, la question des implantations n’est donc pas ignorée.

Elle est au cœur même de la négociation.

Mais cinq dossiers demeurent particulièrement sensibles.

Les frontières définitives.

Jérusalem.

Le statut du Mont du Temple, appelé par les musulmans Esplanade des Mosquées.

Les garanties de sécurité, notamment dans la vallée du Jourdain.

Et enfin la question des réfugiés palestiniens.

Cette dernière va devenir le principal point de blocage.

Elle concerne les Palestiniens ayant quitté ou fui les territoires devenus Israël lors de la guerre de 1948, mais aussi, selon la définition retenue par l’UNRWA, plusieurs générations de leurs descendants.

Une particularité mérite d’être rappelée.

Selon les règles propres à l’UNRWA, le statut de réfugié palestinien est transmissible aux descendants. Ainsi, les enfants, petits-enfants et générations suivantes des réfugiés de 1948 peuvent également être enregistrés comme réfugiés, ce qui explique que plusieurs millions de personnes soient aujourd’hui concernées par cette question.

À la même époque, près de 850 000 Juifs quittent ou sont contraints de quitter les pays arabes et l’Iran, où leurs communautés étaient établies depuis des siècles et, pour certaines, depuis plus de deux millénaires. Ils abandonnent pour la plupart leurs biens et leurs propriétés. Beaucoup sont déchus de leur nationalité et deviennent temporairement apatrides. Contrairement aux réfugiés palestiniens, ils ne bénéficient pas d’un statut héréditaire de réfugié et leurs descendants ne sont pas enregistrés comme tels. La plupart sont accueillis et intégrés en Israël, les autres principalement en France, aux États-Unis et dans quelques autres pays, sans susciter l’indignation de la communauté internationale, ni les protestations des nombreux perroquets vertueux qui s’expriment aujourd’hui avec tant d’assurance sur ce conflit.

Au moment des négociations de Camp David et de Taba, plusieurs millions de personnes sont ainsi concernées par cette revendication.

Un dernier obstacle surgit : la question du droit au retour de ces réfugiés et de leurs descendants.

Pour Israël, cette revendication est inacceptable.

Un retour massif remettrait, à terme, en cause la majorité juive du pays et modifierait la nature même de l’État d’Israël.

Ehud Barak propose pourtant une autre voie.

Israël est prêt à participer à un vaste fonds international d’indemnisation des réfugiés, à contribuer financièrement à leur réinstallation dans le futur État palestinien ou dans d’autres pays volontaires et à accepter un retour limité en Israël pour des motifs humanitaires ou de regroupement familial.

Les dirigeants palestiniens maintiennent néanmoins leur revendication sur le droit au retour.

Aux yeux de nombreux observateurs, cette exigence ne pouvait être acceptée par aucun gouvernement israélien, de gauche comme de droite, car elle aurait conduit, à terme, à remettre en cause la majorité juive d’Israël et la nature même de l’État.

Sans doute les négociateurs palestiniens eux-mêmes avaient-ils pleinement conscience qu’une telle revendication constituait, pour Israël, une ligne rouge pratiquement infranchissable.

C’est pourquoi beaucoup considèrent que c’est sur cette question, plus que sur toute autre, que les négociations ont finalement échoué.

Pourtant, Bill Clinton refuse encore d’abandonner.

En décembre 2000, il présente ce qui restera dans l’histoire sous le nom de « paramètres Clinton ».

Ils reprennent l’essentiel des compromis élaborés à Camp David.

Deux États vivant côte à côte.

Un État palestinien sur Gaza et la quasi-totalité de la Cisjordanie.

Des échanges de territoires.

Jérusalem partagée selon les quartiers.

Le Mur occidental sous souveraineté israélienne.

Une solution internationale d’indemnisation des réfugiés.

Et d’importantes garanties de sécurité destinées à répondre aux préoccupations israéliennes.

Le gouvernement israélien accepte ces paramètres comme base de discussion, tout en formulant plusieurs réserves.

L’Autorité palestinienne répond également avec des réserves.

Malgré tout, les négociations continuent.

Elles vont connaître leur ultime épisode quelques semaines plus tard, à Taba, en Égypte.

© Paul Germon

A relire: « D’Oslo à Camp David : ce que prévoyaient réellement les accords ». 1/V. Par Paul Germon

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