𝐋’𝐚𝐧𝐭𝐢𝐬𝐞́𝐦𝐢𝐭𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐜𝐨𝐦𝐦𝐞 « 𝐣𝐞𝐮 𝐝𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐞́𝐭𝐞́ ». Par Marc Reisinger

Noyé dans le tsunami d’antisémitisme rebaptisé « antisionisme », qui nous submerge depuis le 7 octobre 2023, je sors un instant la tête de l’eau pour contempler le désastre.

L’explication ultime de l’antisémitisme réside dans la théorie du bouc émissaire de René Girard. Le « désir mimétique » (désir d’avoir ou d’être la même chose que l’autre) menace l’harmonie d’une société. Pour soulager ses tensions et maintenir la cohésion sociale, on désigne un bouc émissaire chargé de tous les péchés avant d’être exclu.

Notre société en déclin économique et culturel, menacée par la montée en puissance de la Chine et l’immigration massive, fuit la réalité en se laissant ronger par le péché : colonialisme, suprématisme, masculinisme, changement climatique… L’Occident dispose d’un bouc émissaire séculaire : le Juif, déicide, tueur d’enfants, empoisonneur de puits, révolutionnaire ou ploutocrate – et depuis peu « génocidaire ». Le réchauffement climatique ne peut lui être attribué ? Qu’à cela ne tienne, Trump principal allié d’Israël fait l’appoint ; Trump et Netanyahu-bashing battent leur plein.

Un bon bouc émissaire se doit d’être minoritaire, pas trop identifiable (de façon à pouvoir l’imaginer partout), et assez faible pour qu’on n’ait pas à le craindre. La puissance d’Israël devient gênante à cet égard. Le nouveau savoir être antisémite consiste à être antinazi (ce qui permet d’attribuer à l’extrême-droite le monopole de l’antijudaïsme), mais il faut avant tout être « anti-sioniste » : la haine du Juif se déguise aujourd’hui en hostilité contre l’Etat ou « l’entité colonialiste, raciste et suprématiste… » 

La haine de soi occidentale

La haine du Juif imprégnant la société occidentale des années 1930 a abouti au génocide nazi. Le paradoxe de l’âme humaine est d’osciller entre la haine et la honte. Ce génocide fut suivi de vingt ans de silence honteux sur l’extermination. Mais la haine a resurgi dès 1968, après la victoire d’Israël contre ses voisins qui tentaient de l’éliminer pour la deuxième fois. L’antisémitisme antisioniste est né à ce moment et a atteint son climax dans un orgasme inattendu le 7 octobre 2023. 

On voit ainsi, dans le monde entier, des touristes israéliens agressés et des attentats contre des synagogues. Un sénateur Démocrate, juif et gay, défenseur des droits LGBT – pourtant critique d’Israël – a été expulsé de la Trans March de San Francisco en juin 2026 aux cris de « génocidaire ». 

Dans le même état d’esprit, Rima Hassan salue un terroriste Japonais auteur d’un attentat à l’aéroport de Tel-Aviv en 1972 – qui a fait 26 morts et 70 blessés, et reprend ses paroles : « Tant qu’il y aura oppression, la résistance ne sera pas seulement un droit, mais un devoir ». Poursuivie pour apologie du terrorisme, elle est soutenue par une brochette de stars culturelles qui, dans un aveu inconscient, donnent à cette apologie le nom de « délit de Palestine ». Dans le même état d’esprit provocateur, Elke van den Brandt – notre Rima Hassan locale – arbore un chemisier aux couleurs du keffieh palestinien.

Conséquence du paradoxe signalé plus haut, en même temps que la haine, la honte travaille la société occidentale, pervertie par le wokisme gauchiste, qui lui instille le venin de la haine de soi. Le niveau de déliquescence de notre société est tel qu’elle devient, selon le philosophe américain Eric Gans, son propre bouc émissaire et s’accuse de tous les maux. Les élites, rongées par la culpabilité, déconstruisent leur culture, leur histoire et leurs institutions au nom des victimes « extérieures » ou minoritaires.

C’est ainsi que tous les Palestiniens, considérés comme les victimes numéro un, ont été nommés citoyens d’honneur de la Ville de Paris. Ceci en passant sous silence le fait que, dès 1944 sur la radio nazie de Berlin, le grand mufti de Jérusalem incitait les Arabes musulmans à reproduire le génocide nazi : « Arabes, levez-vous comme des hommes et combattez pour vos droits sacrés. Tuez les Juifs partout où vous les trouvez. Cela plaît à Dieu, à l’Histoire et à la religion. Cela sauve votre honneur. Dieu est avec vous. » 

La charte fondatrice du Hamas cite d’ailleurs un hadith musulman au contenu identique : « L’heure du jugement n’arrivera pas tant que vous n’aurez pas combattu les Juifs et à tel point que la pierre, derrière laquelle s’abritera un Juif, dira : Musulman ! voilà un Juif derrière moi, tue-le ! ». Et pour ceux qui pensent que tout ceci est du passé, le porte-parole du Hamas a promis après le 7 Octobre de répéter ses attaques « encore et encore jusqu’à l’anéantissement d’Israël ».

Qualifier de Résistance la barbarie du 7 Octobre, soutenir le Hamas, le Hezbollah et le régime des mollahs, propager la calomnie antijuive du « génocide » à Gaza, constituent des inversions accusatoires flagrantes et un renoncement aux valeurs fondamentales de la Raison, l’humanisme et la liberté de pensée.  

Théâtre de la cruauté

Dans les années 1930, le poète Antonin Artaud prônait un « théâtre de la cruauté », fondé non pas sur la violence gratuite, mais sur une « cruauté » envers les habitudes, le confort psychologique de la civilisation occidentale, qui selon lui rendait l’homme malade et réprimé. 

Ce théâtre visait à réveiller les nerfs et le cœur du spectateur par une action immédiate et violente, à retrouver la dimension sacrée, rituelle et métaphysique du théâtre (comme dans les mythes antiques), à produire une catharsis collective, un exorcisme. Il visait à révéler la cruauté latente en l’homme. Il était conçu comme une forme de thérapie. 

Ce que nous observons aujourd’hui, au contraire, c’est une valorisation du passage à l’acte, des conduites impulsives, brutales et transgressives, sans médiation par la parole et la réflexion. L’antisémitisme représente un de ces « jeux de société » sanguinaire dont chaque époque décadente a son style : jeux de cirques romains, génocide industriel nazi, viols, tortures et massacres du 7 Octobre…

© 𝐌𝐚𝐫𝐜 𝐑𝐞𝐢𝐬𝐢𝐧𝐠𝐞𝐫, 𝟏𝟕 𝐣𝐮𝐢𝐥𝐥𝐞𝐭 𝟐𝟎𝟐𝟔

Marc Reisinger est psychiatre et anthropologue. Il est notamment l’auteur de « Lacan l’Insondable » ou « Opération Merah »

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1 Comment

  1. Nous pourrions nous installer sur la lune ou sur mars que cela ne changerait rien.nous serions accusés de colonialistes, profiteurs, et tout le vocabulaire antisémite qui va avec, j’ai sorti la tête de l’eau depuis longtemps.

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