Les chiites du Liban crient victoire. Ils ont perdu. Par Paul Germon

Les chiites du Liban crient victoire. Ils ont perdu.
Nasrallah, liquidé. Le Dahieh, en ruines. Plus d’un million de déplacés. Deux mille morts. L’Iran, leur tuteur, humilié à son tour.
Naïm Qassem appelle à “annuler” les pourparlers de Washington. Il crie à la “capitulation”. La sienne.
Ce n’est pas nouveau. En 2006, même liturgie. “Victoire divine.” Le Hezbollah avait encaissé 119 soldats israéliens tués, des villages rasés, une infrastructure détruite — et proclamé le triomphe. La rhétorique avait fait le reste. L’arsenal reconstitué. La milice renforcée. Berri avait mis en échec les accords du 17 mai 1983. Il recommence.
Le piège est là.
Forcer le Hezbollah à admettre la défaite publiquement, c’est l’obliger à une escalade pour sauver la face devant sa base. Le narcissisme idéologique du mouvement est une arme — qu’on retourne contre soi si on la provoque sans nécessité.
Laisser les cris. Tenir la pression militaire. Donner de l’air à Nawaf Salam et à Joseph Aoun pour négocier à Washington sans que le Hezbollah puisse les accuser de trahison devant un peuple qui les regarde traiter avec l’ennemi.
Mais l’histoire a une mémoire courte au Liban.
Le vrai test n’est pas rhétorique. C’est : cette fois, l’État libanais désarme-t-il le Hezbollah pendant les négociations — ou le laisse-t-il reconstituer l’arsenal comme en 2006, comme en novembre 2024 ?
Si oui, les cris de victoire d’aujourd’hui financeront la prochaine guerre.​​​​​​​​​​​​​​​​

© Paul Germon

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