
Ainsi donc, Recep Tayyip Erdogan exige la perpétuité pour Benjamin Netanyahu. Rien de moins. Il est des hommes qui, du haut de leurs propres ténèbres, réclament pour autrui, sans honte aucune, la lune, le cachot et les chaînes.
À 2 500 kilomètres de là, Pedro Sanchez continue de distribuer les leçons de morale avec cette componction des personnages qui se prennent pour la conscience du siècle alors qu’ils peinent grandement à administrer leur propre vestibule. À l’entendre condamner Israël avec tant d’empressement, on croirait voir Tomas de Torquemada revenu parmi les siens après une brillante reconversion en communication politique.
Ces deux messieurs ont donc, une fois encore, décidé qu’Israël serait la grande affaire de leur existence : sermonner, corriger, condamner, punir et, si possible, faire disparaître l’importun.
Mais le Ciel, qui goûte parfois les plaisanteries fines, avait prévu autre chose.
Ce soir-là, la réponse ne se donnait point devant les pyramides de Ramsès II, mais sur un ring.
Tambours. Clameurs. Lumières. Voilà qu’apparaissent les Gordon, deux frères que même un romancier peu sobre n’aurait pu inventer.
Fiers et superbes, enveloppés du drapeau d’Israël, talit sur le dos et « Shema Israël » sur les lèvres, les voici qui avancent tandis que le public assiste médusé à un spectacle situé quelque part entre synagogue, arène romaine et superproduction hollywoodienne.
D’abord il y a Rouach Hashem Gordon, « Le Souffle de D.ieu ». Rien que le nom dejà, semble sortir d’un parchemin biblique passé par une salle de musculation. Il se dirige tranquillement vers son adversaire turc. Le public retient son souffle. Le gong sonne. Puis, en un temps assez court pour rater la scène si, au même moment, on consultait son téléphone, le Turc découvre qu’il existe une relation très intime entre les pieds et le plafond, puis entre le dos et le tapis. À cet instant, jusque dans les palais d’Recep Tayyip Erdoğan, j’imagine que quelques mâchoires ont dû se crisper.
Fin du premier acte.
Entre alors le frère : Ahavat Hashem Gordon, « L’Amour de D.ieu ». Un nom qui tangue entre traité mystique et catastrophe naturelle. Qu’on aime ou non l’originalité, il faut bien reconnaître aux parents une inspiration continue, et un certain panache à l’état civil.
Mais revenons à l’homme. Invaincu. Douze combats, douze victoires. Jamais renversé, jamais plié ni corrigé. Une fiche parfaite, ce qui, dans le noble art, est une manière polie de dire : très mauvaise nouvelle pour celui d’en face.
L’Espagnol s’avance toutefois avec courage, ce qui l’honore ; mais il arrive que cette vertu, quand elle est mal renseignée, tourne à la témérité.
Le gong sonne. Quelques secondes plus tard : KO. Silence. L’hidalgo, en méditation horizontale, admire déjà les étoiles tandis que Pedro Sánchez vient, par procuration, de recevoir d’une autorité céleste une réponse très circonstanciée.
Fin du second et dernier acte, le troisième round ayant pris sa retraite anticipée.
Chacun ici conviendra avec moi, qu’entre le Souffle et l’Amour de D.ieu, ceux qui rêvent de frapper Israël partent très clairement perdants.
𝗬𝗼𝗺 𝗛𝗮’𝗮𝘁𝘇𝗺𝗮𝗼𝘂𝘁 𝗦𝗮𝗺𝗲𝗮𝗰𝗵.
© 𝗬𝗮𝗲𝗹 𝗕𝗲𝗻𝘀𝗶𝗺𝗵𝗼𝘂𝗻
Diplômée de littérature française, Yaël Bensimhoun s’est établie en Israël il y a près de 20 ans. C’est là qu’elle conjugue l’amour de sa langue d’origine et celui du pays auquel elle a toujours senti appartenir. Elle collabore depuis plusieurs années à des journaux et magazines franco-israéliens.

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