Munich or not Munich ? Par Julien Brünn

Donc, ils ont signé. Et alors, cet accord, c’est bon ou c’est pas bon pour nous ? Telle est la question que se posent les Juifs depuis deux millénaires à chaque événement politique important – c’en était même devenu une blague. Et forcément telle est la question que se posent les Israéliens – et les Juifs, car tout a des incidences sur eux – depuis l’annonce de ce « deal » entre Washington et Téhéran : Munich ou pas Munich ?

Le réaliste modéré : pas idéal, certes, cet accord, mais c’est plutôt bon. Car l’essentiel est que Téhéran promette de renoncer à l’arme nucléaire. Telle était la menace existentielle qui se balançait au-dessus de la tête d’Israël. Elle ne s’y balancera plus. Le reste est secondaire : les fameux « proxies » de Téhéran, Tsahal peut s’en occuper toute seule.

Le réaliste immodéré : mais tu te rends compte, Israël n’a même pas été consulté ! Israël et les États-Unis ont commencé la guerre ensemble, mais ils ne la terminent pas ensemble : lâché en rase campagne ! Exactement comme à Munich : il y était question du sort de la Tchécoslovaquie et de ses « Sudètes » germanophones, et elle n’avait même pas été invitée. Les Occidentaux à Hitler : OK, vous pouvez prendre vos Allemands des Sudètes. Comme s’ils leur appartenaient. Et là c’est pareil : Iran et États-Unis décident pour Israël : lâchez le Liban ! Laisser le Hezbollah bombarder Israël, car il recommencera : et puis quoi encore ?

Le réaliste modéré : comme dit Netanyahu, qui est bien embêté, « il faut agir avec sagesse ». Exiger de participer aux négociations, c’eût été dire aux Iraniens : il n’y a pas de négociation du tout, car ils ne l’auraient jamais accepté. 

Le réaliste immodéré : précisément. Il fallait imposer la présence d’Israël au côté des États-Unis. Israël, premier concerné, ou rien.

Le réaliste modéré : et donc continuer une guerre sans fin ? Cette guerre a commencé sur un pari : en décapitant le régime, celui-ci tombera. Pari perdu : ce n’est pas ce qui s’est passé. Donc il a fallu improviser. Avec le détroit d’Ormuz, l’Iran tenait les Occidentaux par la peau du portefeuille, et Trump par celle des élections. Je le redis : un des objectifs de cette guerre a été atteint : le renoncement au nucléaire. C’est déjà ça.

Le réaliste immodéré : c’est une promesse qui vaut celle de Hitler à Munich. Soi-disant qu’il se contenterait des Sudètes. Un « deal » de dupes.

Les mollahs ou leurs successeurs vont tranquillement attendre le départ de Trump, et leur programme d’armement nucléaire repartira de plus belle. Plus que deux ans : si c’est un démocrate, il ne fera pas la guerre ; si c’est Vance, pareil. Israël se retrouvera seul. Seul, et pas seulement seul face à l’Iran. Seul face au monde musulman tout entier. Bientôt deux milliards d’individus à qui la simple existence d’Israël donne de l’urticaire. Avec un État, le Pakistan, qui dispose déjà de l’arme nucléaire. Lequel n’est pas encore aux mains des islamistes, mais demain ?

Le réaliste modéré : mais que voulais-tu qu’il fasse ?

Le réaliste immodéré : la guerre. La guerre jusqu’à la capitulation, comme avait dit si martialement Trump.

Le réaliste modéré : mais la politique intérieure des États-Unis interdisait cette option. Le Congrès n’aurait jamais donné son feu vert.

Le réaliste immodéré : Clemenceau avait lancé à un député : « Politique intérieure, je fais la guerre ; politique étrangère, je fais la guerre. Je fais toujours la guerre. »

Le réaliste modéré : n’est pas Clemenceau qui veut…

En effet. Alors, finalement, Munich ou pas Munich ? Même le réaliste modéré est obligé de s’incliner : plutôt Munich, hélas. Ce n’est pas bon pour nous.

© Julien Brünn

Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël


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