Le pogrome du 7-Octobre est un événement-charnière, dans l’histoire juive comme dans celle d’Israël et du Moyen-Orient tout entier. Rien de ce qui a été auparavant n’est demeuré identique, et aucun Juif dans le monde n’est sorti indemne de cet événement. Ceci étant dit, il est évident que chaque Juif a réagi en fonction de son histoire personnelle, de son positionnement politique et de son propre cheminement. Dans la nouvelle édition à paraître de mon livre Les mythes fondateurs de l’antisionisme contemporain, je tente de décrire le double mouvement qui caractérise le monde juif après le 7-Octobre. Mouvement centrifuge de distanciation, de dénonciation et de critique à l’égard d’Israël, d’une part, et mouvement centripète de retour vers Israël et vers l’identité juive d’autre part.S’abonner
Un récent article du magazine de Ha’aretz permet de comprendre l’étendue et la signification de ce mouvement centrifuge de distanciation et de dénonciation d’Israël, au sein de la frange la plus radicale du judaïsme antisioniste aux Etats-Unis. Cet article, proprement fascinant, a été publié par Moran Sharir, en réaction à une grande interview par Ha’aretz d’Arielle Angel, de la revue Jewish Currents. L’histoire de cette revue mérite elle-même qu’on s’y arrête. Elle a été fondée en 1949 en tant que magazine (alors intitulé Jewish Life) du journal yiddish Morgen Freiheit, qui gravitait dans l’orbite du Parti communiste américain. Des écrivains yiddish prestigieux, comme Shalom Ash ou David Bergelson, ont publié dans Morgen Freiheit.
Sans entrer dans le détail des liens entre le communisme et une partie de l’intelligentsia yiddishophone aux Etats-Unis, contentons-nous de dire que l’aspect qui nous intéresse ici est la continuité entre cette page largement oubliée de l’histoire juive aux Etats-Unis et la présence actuelle de nombreux Juifs dans les manifestations anti-Israël depuis le 7-Octobre. Cet événement-charnière a en effet fait ressurgir, depuis le fin fond des oubliettes de l’histoire juive au vingtième siècle, des mouvements idéologiques (et même des postures idéologiques) qu’on pensait relever d’un passé entièrement révolu. C’est là que l’article de Moran Sharir dans Ha’aretz prend tout son importance et sa signification.
“Angel”, écrit-il, “représente de nombreux Juifs de gauche, qui ne se contentent pas de s’éloigner d’Israël, mais qui s’assurent que leur posture d’éloignement soit publique et très démonstrative. Il est important pour eux de montrer qu’ils ne cherchent pas à réparer l’Etat juif, mais qu’ils s’en distancient totalement, à la fois à l’égard de son fondement théorique et des habitants juifs qui le peuplent…”
“Les Juifs”, poursuit Sharir, “ont toujours tenté de trouver des moyens de se faire bien voir des goyim et de survivre jour après jour, à l’abri des pogromes. Une de leurs techniques de survie consistait à se désigner comme les “bons Juifs”, afin de se séparer des “mauvais Juifs”. Les “bons Juifs” cherchaient à s’assimiler dans leur environnement. Max Neumann, fondateur de “l’Union des Juifs allemands patriotes”, accusait en son temps les Juifs de l’Europe orientale (“Ostjuden”) d’être responsables des pogromes qui les frappaient en raison de leur refus de s’assimiler dans la société environnante”. On retrouve exactement la même posture aujourd’hui, des Juifs de gauche antisionistes faisant porter à Israël la responsabilité du pogrome du 7-Octobre?
“Les Juifs de gauche à travers le monde”, écrit encore Sharir, “savent bien qu’aujourd’hui, dans les cercles de la gauche, il ne suffit pas de s’opposer à la politique du gouvernement israélien, mais qu’il faut réfuter l’existence même de l’Etat d’Israël. Cette semaine, Ha’aretz a publié l’information selon laquelle des musiciens de jazz israéliens qui vivent depuis des années en Europe et aux Etats-Unis y sont l’objet d’une campagne de boycott. Celle-ci ne se fonde pas sur leurs liens actuels présumés avec Israël, mais sur leur histoire personnelle, étant nés et ayant grandi en Israël…”
“Libi Lenkiski, militante de gauche américaine et ancienne directrice du New Israel Fund (N.d.A.: Fondation qui finance des dizaines d’associations propalestiniennes en Israël), a récemment posté un film dans lequel elle fait l’éloge de son grand-père, militant bundiste qui avait refusé de monter en Israël après la Seconde Guerre mondiale…” Voilà à quoi sont réduits aujourd’hui les Juifs de gauche aux Etats-Unis”, explique Sharir : “Il ne suffit plus d’exprimer son dégoût de la politique israélienne, il faut remonter trois générations en arrière pour démontrer que vos grands-parents eux aussi s’opposaient à l’idée même d’un Etat juif”. (à suivre…)
© Pierre Lurçat


Le concept de honte de soi ne repose sur aucune étude psychanalytique clinique sérieuse. En réalité, ce concept ne veut strictement rien dire.
Quel juif qui rejette Israël est dans la honte de lui-même ? À honte de lui-même ?
Un juif qui rejette, diabolise Israël peut le faire pour des raisons morales, politiques, religieuses, universalistes, stratégiques, historiques ou idéologiques, sans éprouver la moindre honte d’être juif.
Les identités humaines sont complexes, contradictoires, traversées par des tensions morales, historiques, philosophiques et politiques.
On tombe encore dans la psychiatrisation des individus, car la “honte de soi” renvoie implicitement à une pathologie psychique.
C’est une catégorisation psychologisante qui efface les individus réels derrière une étiquette abstraite et qui nie la singularité des individus, de leurs parcours et de leurs motivations.
A++
Le concept de « haine de soi » ou de « honte de soi » appliqué aux juifs ne peut, au mieux, concerner que certains cas particuliers. Il ne peut pas être utilisé comme une catégorie générale pour désigner tous les juifs qui rejettent Israël ou tiennent des propos extrêmement hostiles envers l’État juif.
Quelqu’un comme Norman Finkelstein, par exemple, ne donne pas spécialement l’impression d’être dans la honte de lui-même ou dans une haine consciente de sa propre identité. On peut juger ses propos excessifs, injustes, obsessionnels ou profondément nuisibles, mais cela ne suffit pas à démontrer une pathologie psychique. Peut-être existe-t-elle, peut-être pas, mais cela relèverait alors d’une analyse clinique sérieuse, pas d’un slogan psychologique lancé dans le débat public. Et au fond, seul un thérapeute ayant réellement suivi une personne pourrait éventuellement parler de cela avec prudence.
Le problème est qu’en utilisant systématiquement cette notion, on finit aussi par psychologiser et excuser partiellement des comportements ou des discours. Le sous-entendu devient parfois :
« Ils sont dans la haine d’eux-mêmes », donc quelque part « ils souffrent », « ils sont un peu malades », « ils sont psychiquement abîmés ».
Cela déplace le problème du terrain moral, politique ou intellectuel vers celui de la pathologie. Or certaines personnes peuvent simplement être responsables de leurs idées, de leurs engagements et des conséquences de leurs paroles, sans qu’il soit nécessaire d’invoquer une explication psychiatrisante.
A++
Ben il en faut du temps pour être validé
😄
“Se faire bien voir des goyim” : il faudrait veiller à ne pas tomber dans la caricature et le simplisme. Le judaïsme revendique le fait d’être une lumière pour le monde en raison des nouvelles normes éthiques qu’il oppose au normes du paganisme. Le sionisme politique, comme tout ce qui est politique, a le désavantage de déroger le plus souvent à ces normes éthiques. On ne vous entend pas dénoncer les villes de 15’, et l’adhésion de votre idole Netanyahu aux idoles que sont les injections de Pfizer et l’I.A. N’est-ce pas étrange de la part d’un féru de judaïsme comme vous ?
Et pour finir j’ajouterai ceci : étant donné votre formation juridique et vos talents rédactionnels je pense que vous seriez beaucoup plus utile à votre peuple et à l’humanité en général en vous consacrant à dénoncer la nouvelle contre-civilisation qu’est la Babel numérique dans laquelle nous serons bientôt tous enfermés et qu’a su dénoncer le Rav Dynovisz qu’à faire du lashon hara contre les Juifs qui ne partagent pas votre idéologie, au risque de paraître chercher à vous faire bien voir de vous savez qui.
La haine de soi concerne l’entièreté du monde occidental, Juifs ou non, et c’est bien pour cela qu’on peut parler, qu’on doit parler, de suicide civilisationnel. Le phénomène existe aussi en Israël (qui n’est pas un pays occidental) où certains Juifs qualifiés à tort « de gauche » (en quoi sont-ils de gauche ???) sont les complices des Nazis palestiniens et palestinistes. Mais l’immense majorité d’entre eux, et il suffit d’observer leurs parcours individuels pour en avoir la preuve, ont été intoxiqués par l’antiracisme » raciste, l’intersectionnalisme » et le wokisme en provenance des États-Unis, de Londres et Paris.