Yom Hazikharon, Mériter un visage – « Du Zakhor au Et tu choisiras la vie ». Par le Professeur Michel Gad Wolkowicz

Menashe Kaddishman : sheep, oil on canvas, 137 cm / 85cm, 2003 private collection

Mériter un visage, serait-ce ce qui serait constitutif de la bouleversante épreuve psychique que produit l’intense passage  individuel et collectif de Yom HaShoah à Yom Hazikaron et à Yom Hatazmaout, de commémoration de la mémoire de la destruction des Juifs d’Europe, à l’hommage aux combattants morts pour la Défense d’Eretz Israël, et à la célébration de la création de l’État d’Israël, et qui participe d’un défi éthique: Rendre un visage, un nom, une histoire aux disparus !

En donner image – Panim/Pnim – du visage métaphorique d’un mouton figurerait l’arrachement à la masse compacte et à l’assignation à une position mimétique sacrificielle, des bnei Israël dans la décision renouvelée – un actuel bouleversant – de peser sur le destin, retrouvant ce qui leur avait manqué pendant plus de 2000 ans la terre et la guerre et la possibilité de mettre souverainement en œuvre surmontant les agressions barbares, les traumatismes, et les  deuils, en peuple Un, pluriel dans le désir de transmission, et capable de s’inventer, inspirant singulièrement universel,…

Que Menashe Kadishman soit le peintre-sculpteur de ce lieu  – Makom – d’engendrement trans-subjectif nous rend à vif que le Kaddish est plutôt une prière conjuguant la sanctification de l’Éternel et le Commandement adressé aux enfants endeuillés  de leurs parents à, s’appuyant sur une éthique de vérité, d’élévation-élection et alors de liberté responsable, d’assumer une transmission inter-générationnellement réciproque et de  transformer la compulsion de répétition et le mortifère en forces de vie, qu’une jouissance masochiste à la commémoration victimaire et à la repentance. Son œuvre ne constitue pas une identité, mais participe de la liberté de répondre à un appel et à l’injonction de transmettre; elle met au travail les questions essentielles, ainsi deuil et mémoire, tradition  (sheep, figure biblique) et création et ouvre aux choix dexistence.

Self-portrait, une interaction avec le visage de l’autre. Son œuvre s’appuie sur la mémoire, non pour s’y réfugier, mais pour lui donner sa place, des limites, une frontière à traverser. Non pour se retirer mais pour voyager.faire de ces « ombres des revenants », faire des disparus des morts, liant destin collectif et vécu singulier. Comment recueillir les voix mortes, les regards hantés, qui nous appellent? Le visage interroge l’apparence humaine et la substance d’apparence de l’autre, participant de l’émotion du présent et de l’intériorisation d’une mémoire, alors de l’actualisation de la métaphore comportant cette réanimation de ce vivant psychique inanimé dont le deuil, reconnaissant l’insistance d’une filiation, et ainsi appelé pour sortir du vide, est la mise en mouvement, la rencontre d’une altérité, matériau de cette réminiscence, lui restituant une capacité de résonance matériale à partir de l’expérience violente de l’anéantissement du vivant humain. Il s’agit de Ne pas céder à l’inimaginable, à l’impensable, à la négligence du temps et de la représentation, d’entendre l’appel des morts et la douleur des vivants, créant un événement de sens. Mémoire d’un passé irreprésentable et voyance de l’image, entre figuration et abstraction, participe, dans la fondamentalité du travail de mélancolie, d’un bouleversement et d’un réaménagement poétiques.

Entre survivance et réminiscence: la mémoire peut-elle se passer dun visage, des Noms, des lieux, des figures qui, seuls, témoignent de linsigne courage de se détacher de la masse? Que serait un souvenir sans visage et un visage sans nom, sans « œuvre de sépulture »? Ce visage, lieu de résonance participant à donner image, vue sur le langage: passer de l’identité à l’existant, est ici celui d’une « épreuve de vérité psychique » et de responsabilité généalogique: arracher à l’image – survivante – sa dernière ressemblance, en faire la sépulture sensorielle de l’absence.

Peut-être imaginons-nous, parce que notre visage a un envers qui nous échappe, et parce que cet envers du visage apparaît lui-même comme l’empreinte, en dedans, des visages qui nous ont fait renaître et que nous avons perdus ? Ce lieu de résonance qu’est le visage de lautre-étranger au moi qui donne mémoire au penser, tout en préservant sa nuit au rêve!

Ressembler enfin à soi-même pour devenir cet être éloigné, inaccessible que la ressemblance attire vers le jour

Déchirure de l’image faisant remonter les figures disparues et troubler- recréer le récit produisant de la traductibilité, et une énorme charge émotionnelle et spirituelle.

Un visage qui frissonne, venant de très loin. Comme le rêve, le visage touche au mort, au vif. D’une mélancolie du destin à une conscience hypothétique.

Déliement de l’âme en remontant. L’étrangeté d’une présence-absence, d’un art de l’alteraSion qui est aussi un art de la restitution qui capte, détient et révèle ce qui d’un visage est passage, masque qui a le pouvoir d’auto-métamorphose, renouvelant l’existant anachronique d’un présent réminiscent des noms et l’affirmation de la vie. Haï Am Israël Haï.

 

© Professeur Michel Gad Wolkowicz

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

1 Comment

  1. Illisible pour le profane que je suis. Ce jargon, même en y mettant une certaine bonne volonté, m’est totalement incompréhensible. Cela me rappelle les pires heures des années 1970 en matière de théorie.

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*