C’est celui qui se cache en nous. Car oui, nous sommes toujours deux.
Ceux qui parlent de complot n’ont donc pas tout à fait tort.
Nous ne sommes pas quarante mille en Belgique, mais bien quatre-vingt mille.
Et si l’on n’oublie pas d’appliquer la TVA — sans parler de la ristourne pour familles nombreuses — on atteint sans peine les cent mille.
Sinon, comment expliquer que le Juif, voulant simplement répondre « yoh » (oui) à un ami qui lui propose un café, soit incapable de prononcer ce mot limpide ?
Non. Il lui sort, réflexe pavlovien oblige : « farvousse niche ? » – Pourquoi pas ?
C’est donc l’autre Juif qui parle en nous. Celui qui passe toujours avant tout le monde — quitte à nous écraser le gros orteil au passage.
L’autre nuit, le sommeil me boudant, je me suis lancé dans un mantra mosaïque, selon mon usage.
Bon, d’accord, les mantras tibétains sont sans doute plus mélodieux. Mais traduits en yiddish, ils perdent un peu de leur charme — un goût de lait de yak rance, disons, un ersatz de schmalz montagnard pour assaisonner une tsampa résignée. Les pauvres.
Mais je m’égare.
Donc, mon mantra.
Cette nuit-là, je pioche dans les grands classiques : les Dix Paroles.
Celle qu’alla chercher Charlton Heston sur le mont Sinaï, dans un des premiers films en Technicolor — il y a bien cinquante ans, soit dix de plus que l’errance dans le désert éponyme.
Je récite. Je compte. Je recompte.
Et là — horreur : je n’en trouve que neuf.
Le premier ? Un simple prologue :
« Je suis l’Éternel ton Dieu, qui t’a fait sortir d’Égypte, de la maison des esclaves ».
Une présentation, en somme.
« Coucou, me voilà — et au passage, je t’ai sorti d’Égypte ».
Franchement, au regard de certains exploits cités dans la Genèse, on a vu plus spectaculaire.
Je tourne le verset dans tous les sens.
Pas la moindre trace d’ordre ni d’interdit.
Et là, comme disent les Flamands dans mon moi-même — qui, eux, ont de la chance : une seule N-VA (parti nationaliste flamand) et un seul moi-même — je tombe sur un os. Même pas à moelle, celui qui parfume si bien le bouillon du shabbat.
Et j’imagine l’horreur — et le mot est faible :
corriger des milliards de livres. Moins, bien sûr, ceux qui ont déjà brûlé dans quelques autodafés historiques.
Imaginez :
Les Neuf Commandements
Je poursuis ma réflexion.
Je revois l’Arche sainte dans la synagogue, les Tables de la Loi au-dessus, et ces commandements en version sténo :
« Je suis », « Tu n’as pas », etc.
Et là, franchement :
des générations de fidèles, pendant des millénaires — j’exagère à peine — regardent le Décalogue défiler en continu, sans écran digital, et personne ne remarque qu’il n’y en a que neuf ?
Ça fait peur.
Bon, à leur décharge : le manque de place sur les tablettes.
À force d’écrire en version ultra-zippée, forcément… ça dérape.
Mais alors — où est la vérité ? La vraie ? La Pravda ?
Après mûre réflexion, une idée me vient :
et si on lisait ce premier verset… à l’envers ?
Renverser le verset — quoi de plus renversant.
Je dois avouer que c’est l’androïde en moi qui m’a soufflé l’idée.
On peut toujours compter sur l’autre Yid.
Et voilà que le texte change :
« Je t’ai fait sortir d’Égypte, de la maison des esclaves ; je suis ton Dieu, l’Éternel ».
Et là — enfin — quelque chose apparaît.
Un commandement, peut-être.
Le seul qui vaille tous les autres :
L’obligation de liberté.
Je t’ai sorti de ce pétrin.
À toi de ne pas tout gâcher.
Reste libre.
Jacques Frojmovics
Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …
Pour aller plus loin:
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— cattan (@sarahcattan_) April 16, 2026
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Chema Israel D.ieu est UN . Nous sommes dans le pétrin ,à nous de nous en sortir.