On ne dit pas tout :
Alors que depuis quelques semaines on évoque dans l’Union Européenne une reprise souhaitable « du dialogue avec la Russie » après avoir multiplié les paquets de sanctions et les commentaires les plus catégoriques, on voyait poindre le spectre d’une très sérieuse crise énergétique. Le déclenchement de ce qui se passe en Iran et les implications sur la production de gaz et de pétrole, ainsi que le blocage du détroit d’Hormuz ne font qu’ajouter des inquiétudes supplémentaires. On comprendra d’autant mieux, pourquoi certains envisagent – maintenant – de reprendre « le dialogue » ( ?) avec Moscou.
Petit rappel
On a sanctionné Moscou par l’arrêt de ses fournitures et proclamé une indépendance et une vulnérabilité organisée.
On s’auto satisfait maintenant que l’Europe soit sortie du gaz russe. C’est vrai… au sens comptable.
Mais au sens stratégique, elle a surtout remplacé une dépendance lisible par une exposition diffuse, instable et politiquement explosive. Autrement dit : on a quitté un fil électrique identifiable pour une flaque d’eau. Dans le même de plus en plus nombreux en Europe, s’élèvent des voix de nos dirigeants qu’il serait souhaitable « de rétablir le dialogue avec le Kremlin ». Les mêmes n’avaient pas de mots assez durs pour vouer le président russe aux gémonies.
1. Une décision politique qui change la nature du risque
La décision d’arrêter totalement les importations de gaz russe d’ici 2027, validée par la majorité des États membres de l’Union européenne, repose sur une hypothèse centrale : le marché mondial du GNL est suffisamment profond, flexible et abondant pour absorber la demande européenne sans choc majeur.
Le problème n’est pas moral, mais physique et contractuel.
L’Europe n’a pas remplacé une source stable, par une autre source stable, mais par un mécanisme de marché.
Ce n’est pas un détail technique. C’est un changement de régime.
2. Du gaz de tuyau au gaz de marché : une rupture silencieuse
Avant
Le gaz russe, majoritairement livré par gazoducs, reposait sur :
- des contrats long terme,
- des volumes continus,
- une prévisibilité des flux et des prix.
Après
Le GNL obéit à une logique inverse :
- indexation spot ou semi-spot,
- dépendance maritime,
- arbitrage permanent entre Europe et Asie.
👉 Résultat : la sécurité d’approvisionnement n’est plus structurelle, elle devient conditionnelle (prix, météo, concurrence).
L’Europe n’est plus prioritaire. Elle est enchérisseur parmi d’autres.
3. Le mythe du GNL « abondant »
Sur le papier, les capacités mondiales augmentent.
Dans la réalité :
- les nouveaux projets ont des délais longs,
- une grande partie des volumes post-2026 est déjà pré-contractualisée, surtout par l’Asie,
- les volumes réellement “libres” en période de tension sont marginaux.
Le marché existe.
La garantie d’accès, non.
4. L’Asie : concurrent structurel, pas circonstanciel
La Chine, le Japon et la Corée du Sud disposent :
- de contrats verrouillés,
- d’une puissance financière supérieure,
- d’une tolérance politique plus élevée aux hausses de prix.
En cas de vague de froid ou de choc logistique, les cargaisons vont là où elles paient le plus.
Ce n’est ni idéologique ni hostile : c’est mécanique.
L’Europe découvre une vérité simple : le marché mondial ne fait pas de solidarité énergétique.
5. Des stocks élevés… mais mal sécurisés
Les stocks européens sont le dernier filet de sécurité. Or :
- début 2026, l’Allemagne est passée sous les 40 %, puis 30 %,
- les obligations de remplissage ne s’accompagnent pas d’obligations d’achat,
- les acteurs ont différé leurs achats face à des prix jugés excessifs.
Autrement dit :
les règles existent, l’incitation n’y est pas.
6. Le facteur climatique, redevenu central
Le système actuel ne résiste pas à la combinaison de deux événements pourtant plausibles :
- un hiver rigoureux en Europe,
- une perturbation majeure des exportations nord-américaines.
Les terminaux américains sont concentrés dans des zones exposées :
- tempêtes hivernales,
- ouragans,
- incidents industriels.
Une interruption simultanée n’est plus un scénario extrême.
C’est une variable connue.
7. La dépendance américaine : massive, coûteuse, politique
Dans le cadre de l’accord UE–États-Unis (2025) :
- jusqu’à 750 milliards de dollars d’achats énergétiques sont prévus sur trois ans,
- soit environ 250 milliards par an (GNL, pétrole, nucléaire).
Même si tout n’est pas du gaz, l’ordre de grandeur est clair :
la souveraineté énergétique européenne se paie en dollars.
Et Washington pousse explicitement à :
- l’arrêt total du gaz russe,
- l’augmentation des importations de GNL américain.
Le message est limpide :
l’énergie devient un instrument d’alignement stratégique.
8. L’illusion du « retour du gaz russe«
Certains évoquent une reprise partielle des flux russes.
Sur le papier, cela ferait baisser les prix.
Dans la réalité :
- juridiquement explosif,
- politiquement fracturant,
- frontalement antagoniste avec la position américaine.
Ce scénario ne réduit pas le risque :
il déplace la crise du marché vers la géopolitique interne de l’UE.
9. Le Qatar : solution… sous conditions
L’Allemagne, sous l’impulsion du chancelier Friedrich Merz, explore l’option qatarie.
Mais Doha pose ses conditions :
- contrats long terme,
- assouplissement de la directive européenne sur la chaîne d’approvisionnement.
Autrement dit :
le GNL n’est disponible qu’au prix d’un recul réglementaire ou stratégique.
Conclusion – Une crise non accidentelle, mais logique
La crise gazière à venir n’est ni un accident ni un retour du passé.
C’est la conséquence directe de choix récents :
- sortie des contrats long terme,
- dépendance à un marché mondial volatil,
- exposition accrue aux chocs climatiques,
- alignement énergétique sous contrainte américaine.
L’Europe n’a pas supprimé sa dépendance.
Elle l’a complexifiée, renchérie et dépolitisée en apparence, tout en la rendant systémique.
L’hiver 2026 pourrait ne pas être la crise.
Il pourrait être la répétition générale.
© Francis Moritz
Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion. Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps

La crise gazière est la conséquence directe, inévitable et logique, de la folie de nos dirigeants et leurs partisans ainsi que du sabotage de Nordstream par Zelenski ou Joe Biden (ou les deux de concert).
Des le printemps 2022, tous les observateurs lucides (qui ne fréquentent pas les médias mainstream) avaient compris que les sanctions se retourneraient contre les pays européens. C’était mathématique. En fait, n’importe quelle personne ayant des notions d’économie et de géopolitique pouvait prédire la suite. C’est seulement un peu plus long que ce que à quoi je m’attendais : la déflagration finale aura peut-être lieu avant 2030.
De même, les accords Mercosur signés par la dictatrice Ursula contribueront à la ruine totale de notre agriculture de manière totalement prévisible, évidente et volontaire. Le but de la « construction » européenne est d’ anéantir l’Europe judéo-chrétienne, tant sur le plan culturel,sociétal et civilisationnel qu’économique, industriel et géopolitique. Ne restera qu’un tas de ruines.