
Oui, les barbares sont parmi nous : c’est ainsi que se termine la triste histoire de Samuel Paty. On le sait, mais on fait comme si de rien n’était : là est le véritable abandon. « On », c’est un peu tout le monde, vous, moi, mais c’est en premier lieu l’État et sa prétendue « éducation civique ». C’est ce qui ressort avec une fulgurante évidence du film l’abandon, sobre, juste, et, surtout, désespérant. Mais l’abandon est aussi un mauvais film, comme le dit ignoblement un individu paraît-il « influenceur » (plutôt influencé) à la sortie de la projection à Cannes, puisque dès le début on connaît la fin. Oui, on connaît la fin, pas besoin de spoiler, mais « on » connaissait la fin, « on » aurait même dû la prévoir, la pressentir, non seulement au début du film mais avant même que Samuel Paty, le vrai, celui de la vraie mort, n’obéisse à son ministère en dispensant à ses élèves ce fatal cours d’éducation civique le 6 octobre 2020.
Comme le lui demandait le programme officiel, le vaillant Samuel Paty est monté le 6 octobre à l’assaut de la colline « liberté d’expression », sur ordre, mais seul et à mains nues. Ou plutôt, avec pour toute arme une grenade qui ne pouvait que lui exploser à la figure : celle que lui avait conseillé Canopé, le site de formation et d’aide aux enseignants du ministère. Pour la liberté d’expression, faites donc réfléchir vos élèves de 5ème ou 4ème, 13 ou 14 ans, préconisait le site, à l’aide des caricatures de Mahomet ; d’ailleurs en voici quelques-unes.
Cinq ans plus tôt, les « grands frères » des élèves de Samuel Paty, ces élèves qui, pour beaucoup, sont de petits musulmans, avaient réfléchi si intensément à la question de la liberté d’expression qu’ils avaient conclu qu’il fallait d’urgence exterminer la rédaction de Charlie : c’était le prix à payer pour avoir osé blasphémer leur prophète, Mahomet. Ce qu’ils ont fait (c’était vraiment de mauvais élèves, car ils ont commencé par se tromper d’adresse…). Dix ans plus tôt, la première publication de ces caricatures dans un journal danois qui voulait vérifier la solidité du principe de liberté d’expression au sein du royaume avait déjà provoqué une dizaine de morts, le plus souvent auto-bousculés tant les manifestants étaient en colère, pas au Danemark, mais dans des pays musulmans comme le Pakistan, où de violentes manifestations d’islamistes furieux avaient dégénéré.
Vous, vous vous en souvenez certainement. Mais l’Éducation nationale, visiblement, non. Ou alors, elle n’avait peut-être pas oublié, mais elle refusait, et refuse toujours, d’admettre que le pays, et d’ailleurs l’Europe tout entière, est en état de guerre culturelle. Quant aux plus téméraires, souvent des planqués, comme d’habitude, ils expliquaient et expliquent encore qu’il ne faut surtout pas se laisser intimider par les islamistes.
Ce qu’a fait Samuel Paty : il ne s’est pas laissé intimider. Le voilà donc seul devant sa classe. Il va sortir sa grenade aimablement fournie par l’Éducation nationale : les caricatures. Et, évidemment, elle lui explose à la figure. Car que pouvait-il faire ? Les montrer à tous ? Risque majeur d’explosion. Suggérer avec douceur à ceux de ses élèves qui ne souhaitaient pas voir ces caricatures de sortir un moment ? C’est la solution qu’il a choisie, mais qui n’était pas sans risque non plus. La suite l’a montré. Elle a surtout montré qu’il n’y avait pas de bonne solution. C’est la définition exacte du casse-pipe : on meurt à tous les coups. Et ce n’est pas le dérisoire marteau qu’il avait fini par cacher dans son sac pour se défendre qui pouvait le sauver. Car il était seul.
Si l’Éducation nationale voulait se servir des caricatures de Mahomet comme symbole de la liberté d’expression, alors il fallait qu’elle le fasse massivement. Par exemple, un même jour, et partout en France, à toutes les quatrièmes de la république. Et chaque année : ce serait « la journée de la liberté d’expression », comme il y a celle de la femme. Des assauts de masse, répétés, comme en 14, pour conquérir, ou plutôt reconquérir la colline Liberté d’expression.
Il faudrait surtout, à notre avis, qu’elle cesse de vouloir « éduquer » les élèves pour se concentrer sur leur instruction. Ce n’est qu’au terme de cette instruction que pourra fleurir dans leur tête le désir de la liberté d’expression. Pas en cinquième ou en quatrième, abreuvés d’éducation civique, sexuelle ou écologique. Tant que l’école n’aura pas retrouvé sa vocation première dans ce paysage culturel ravagé qu’est maintenant le nôtre, elle enverra des professeurs, héros d’une éducation – en réalité d’une rééducation qui ne marche pas –, au casse-pipe.
© Julien Brünn

» Pour la liberté d’expression, faites donc réfléchir vos élèves de 5ème ou 4ème, 13 ou 14 ans, préconisait le site, à l’aide des caricatures de Mahomet ; d’ailleurs en voici quelques-unes. »
J’ ignorais que c’ est sur les conseils de l’ Éducation Nationale que ce professeur a montré une saleté à ses élèves. Cela n’ est pas apparu dans les médias.
L’ Éducation Nationale doit être remplacée par le Ministère de la Transmission de l’ Instruction.
Si le malheureux professeur avait montré des carricatures de Moïse ou de Jésus, il serait encore en vie… vous avez raison, il s’agit bien d’une guerre culturelle. Qui peut déboucher sur une guerre civile. En attendant, on a droit à tout critiquer, sauf l’Islam.
Analyse parfaitement lucide. J’ajoute que le pauvre Paty a été desservi par un criant manque de formation en amont de son intervention. Premièrement on ne saute pas ainsi pieds joints dans une séance sur des caricatures d’un chef religieux – ou alors on apporte des caricatures des chefs des deux autres monothéismes pour que « tout le monde en prenne pour son grade » si j’ose dire. Ensuite il est hors de question de demander à telle ou telle catégorie d’élèves de quitter la salle de classe durant la séance car ils pourraient se sentir offensés. Ces deux maladresses pédagogiques ont créé une fenêtre d’opportunité (si je peux me permettre une expression comme celle-ci dans un contexte aussi tragique) pour les barbares laicophobes du secteur. Sur ces sujets sensibles ou questions vives comme on dit aussi, les profs sont lâchés en rase campagne, à croire que le gouvernement se moque de promouvoir tant la laïcité que la démocratie…
@ Nadia Lamm.
Vous dites : » on ne saute pas ainsi pieds joints dans une séance sur des caricatures d’un chef religieux – ou alors on apporte des caricatures des chefs des deux autres monothéismes pour que « tout le monde en prenne pour son grade » si j’ose dire. Ensuite il est hors de question de demander à telle ou telle catégorie d’élèves de quitter la salle de classe durant la séance car ils pourraient se sentir offensés. Ces deux maladresses pédagogiques »
Vous avez entièrement raison. J’ ai été choqué par le dessin de Mahomed présenté aux élèves. L’ Occident déchristianisé ne connaît plus l’ importance des religions. Les gens ont une âme, même si elle est noire.
L’ éducation Nationale est totalement à côté de ses pompes. Elle n’ apprend rien aux gosses si ce n’ est des conneries dont certaines deviennent mortelles.
Personnellement j’ai toujours enseigné aux professeurs en formation que la laïcité n’était pas un dénigrement de la foi religieuse mais l’interdiction pour l’Etat de se mêler de la liberté de conscience et de conviction de chacun. Les espaces publics (institutions d’Etat) doivent s’abstenir de toute forme de prosélytisme religieux et politique afin de ne pas faire pression sur la conscience et la liberté de pensée et d’expression de chacun. Par contre les espaces privés – la rue, les commerces, les clubs et associations privées peuvent recevoir des personnes arborant des signes et prononçant des discours religieux. Il faudrait commencer par relire nos lois qui sont bien faites et expliquer aux élèves que cette laïcité est l’amie de leur liberté de croire ou de douter et enfin de ne pas croire du moment qu’on respecte la croyance des autres. Je leur disais : que vaut une foi rendue obligatoire par l’Etat ? Et je leur montrais qu’avant la laïcité il y avait eu les Édits de tolérance qui faisaient les « tolérés » se sentir inférieurs et humiliés par les « tolérants » : 8 guerres de religion au XVIe siècle avec les Édits dits de tolérance !! Tout cela permettait d’accréditer la laïcité. Il faut aussi faire comprendre que le doute est inhérent à la foi puisque c’est la foi et non la science. Bref, il y a des pré-réacquis pour faire adhérer nos élèves à cette spécificité française qu’est la laïcité. Et j’ai très bien compris en formant les professeurs du Primaire et de Secondaire qu’il était nécessaire de traiter avec précision doigté et sans tabous cette question sensible des relations entre religions et laïcité. Je trouve votre rappel de l’âme humaine dans toutes ses nuances particulièrement pertinente dans ce contexte.
Le professeur a-t-il « demandé » à certains élèves de quitter la salle ? Il aurait plutôt proposé aux élèves susceptibles de se sentir « offensés » par les caricatures, de quitter la salle un instant. Une manière de respect précisément, et non d’ostracisme.
Quelle que soient les erreurs de Samuel Patty, il ne méritait pas la mort. Nous ne sommes pas en Afghanistan.
pour que la liberté triomphe
Samuel Paty a le droit à tous les honneurs
Il a été saccagé
nous devons l’honorer
a Madame Nadia Lamm
NON, Mr Paty n’a pas demandé à une « catégorie d’élèves » de sortir: Il a demandé à CEUX qui ne voudraient pas assister à cette présentation de sortir…
La nuance est de taille.. « Ceux » est indifférencié, et ne précise aucun groupe particulier, ni religieux ni ethnique ni ni ni.. C’est le mensonge de la jeune élève (absente du cours, un comble!) qui a précisé à son père que Paty a demandé aux « musulmans » de sortir lequel a enflammé les réseaux sociaux… on connait la suite; Alors merci de ne pas tomber dans le piège de l’approximation.
Dans une classe c’est le professeur qui doit assurer le leadership et pour cela être impeccable. Mon propos vous l’avez compris n’est pas d’accabler le malheureux et méritant Samuel Paty mais de relever que sa fonction, contrairement à ce que lui a laissé entendre le site Canope, n’était pas de « combattre l’islamisme »- ce qui est la tâche du ministère de l’intérieur – mais d’enseigner la laïcité et la liberté d’expression. En quoi personne n’aurait dû être invité à quitter la salle de classe : c’était une proposition qui a instantanément invalidé toute sa séance. Et je répète que c’était faute d’une formation adéquate en amont. Les précisions que vous apportez – et qui sont vraies factuellement – montrent que vous ne connaissez pas la nature des programmes ni celle de la pédagogie : ce sont des compétences professionnelles qui ne s’improvisent pas . Il faut croire que le Ministère de l’Education non plus vu le site Canope et ses recommandations – dont on peut se demander qui les rédige.
C’est la question de la responsabilité de l’Etat, l’incapacité de voir la réalité, de prendre des décisions fortes, de soutenir et de protéger les professeurs. Samuel Paty, Dominique Bernard, les victimes du fanatisme islamiste. Je suis entièrement d’accord avec le tweet de François-Xavier Bellamy. Il faut sortir de la culture qui gangrène l’Education Nationale, celle du « pas de vagues ». Tous les professeurs de France connaissent cette injonction. Samuel Paty et Dominique Bernard en sont morts. Faire comme si tout allait bien. Pas de vagues face à l’islamisme, face à l’insécurité, face à la crise éducative qui menace pourtant l’avenir de notre pays. C’est l’avenir de la France qui est en jeu.
L’Abandon est à l’image du gouvernement français, de son président, qui dorlote l
l’Algérie- à qui on ne doit rien – qui a encouragé une immigration massive dans un pays qu’il est censé servir et protéger ;une Algérie qui nous déteste ainsi qu’une grande partie de ses ressortissants bien qu’ils soient devenus français. des musulmans qui veulent prendre le pouvoir en France et imposer leur loi, encouragés par la gauche française.