Israël franchit un seuil historique, moral, civilisationnel
Israël vient d’adopter, avec 93 voix contre aucune, une loi sans précédent permettant de juger les terroristes du 7 octobre devant une juridiction spéciale pouvant prononcer la peine de mort. Israël rouvre ainsi un seuil qu’il croyait avoir refermé depuis Eichmann, et révèle combien le 7 octobre a déplacé les frontières morales de son époque.
Pour l’abolitionniste absolue que je fus, ce vote quasi unanime dit moins une soif de vengeance qu’un basculement moral provoqué par l’irruption d’un mal que beaucoup jugent désormais hors norme.
Le vote fut presque unanime. 93 voix. Zéro contre. Dans une démocratie israélienne fracturée sur presque tout — la guerre, les otages, le gouvernement, la réforme judiciaire, l’avenir même du pays — ce chiffre dit quelque chose d’immense : le 7 octobre a produit un consensus du gouffre.
Cette nuit, la Knesset a adopté une loi sans précédent créant une juridiction spéciale destinée à juger les terroristes du 7 octobre. La peine maximale prévue est la peine de mort. Les condamnés ne pourront par ailleurs jamais être libérés dans le cadre d’éventuelles négociations futures.
Ainsi donc, Israël franchit un seuil historique, moral, civilisationnel.
Il y a quelques semaines, j’écrivais ici même combien le 7 octobre avait fissuré chez moi des convictions que je croyais inébranlables. Moi, l’abolitionniste absolue. Moi qui avais enseigné, plaidé, argumenté pendant des années contre toute exception au refus de la peine capitale. Parce qu’une démocratie, pensais-je, devait précisément se distinguer de ses ennemis par cette limite infranchissable.
Puis il y eut le 7 octobre.
Et cette nuit, ce n’est plus seulement une conscience individuelle qui vacille. C’est un État.
Car il faut mesurer ce que représente une telle loi dans l’histoire israélienne: l’État juif n’a prononcé qu’une seule exécution civile depuis sa création : celle d’Adolf Eichmann en 1962. Ce précédent était demeuré presque sacré, précisément parce qu’il devait rester exceptionnel. Comme si Israël avait voulu inscrire dans son ADN juridique une retenue radicale face à la peine de mort.
Et voilà qu’aujourd’hui ce seuil est rouvert. Non dans l’euphorie ou quelque vengeance. Mais dans quelque chose de plus grave : la conviction qu’un crime d’une nature exceptionnelle exige désormais une réponse exceptionnelle.
Lorsque certains députés israéliens parlent de « Procès Eichmann modernes », ils ne cherchent pas une formule spectaculaire. Ils disent quelque chose de la manière dont le 7 octobre s’est inscrit dans la conscience israélienne : non comme un attentat de plus, non comme une guerre de plus, mais comme une rupture historique.
Car le 7 octobre ne fut pas seulement un massacre: ce fut une mise en scène jubilatoire du massacre. Une barbarie filmée par ses propres auteurs. Une volonté non seulement de tuer, mais de profaner, d’humilier, de terroriser jusque dans l’image même de la mort.
Des familles brûlées. Des femmes violées. Des enfants massacrés. Des corps exhibés. Et surtout cette promesse répétée, revendiquée, assumée : recommencer.
Alors oui, une question surgit désormais jusque chez d’anciens abolitionnistes : que devient un principe lorsqu’il rencontre un mal qui semble précisément avoir été conçu pour détruire jusqu’à l’idée même de limite ?
Je n’écris pas ces lignes avec joie. Je les écris avec gravité. Car toute démocratie qui rouvre la porte de la peine capitale prend un risque sur elle-même. Israël le sait mieux que quiconque. Un tel seuil ne se franchit jamais impunément. Une loi de cette nature ne s’efface pas ensuite comme si elle n’avait jamais existé.
Mais il existe peut-être un autre risque encore : celui d’un droit devenu incapable de regarder en face ce qui le menace.
Pendant qu’une partie du monde continue de contextualiser le 7 octobre, Israël, lui, se prépare à juger.
Pendant qu’une partie de l’Europe hésite encore sur les mots exacts à employer, Israël acte juridiquement l’idée que certains crimes ont déplacé les frontières ordinaires du droit pénal classique.
Cette loi ne dit pas seulement quelque chose du Hamas: elle dit quelque chose d’Israël, un pays qui avait fait de la retenue juridique une part de sa légitimité morale, et qui regarde désormais le 7 octobre comme un événement si radical qu’il impose de rouvrir ce que l’on croyait définitivement refermé.
Il faut mesurer la gravité historique d’un tel moment: Israël ne célèbre pas la mort, mais constate qu’une certaine idée du mal est revenue, et qu’elle exige désormais d’être jugée comme telle.
Le 7 octobre n’a pas seulement changé Israël. Il a déplacé jusqu’aux frontières morales de ceux qui croyaient encore savoir exactement où elles se trouvaient.
© Sarah Cattan

Chère Sarah, Vous avez couché sur le papier ce que je tente de mettre en ordre dans ma tête depuis que l’idée a été posée.
Convaincu partisan de l’abolition de la peine de mort, je n’arrive pas à formuler pourquoi ce 7 oct m’a changé dans mes convictions profondes qui avaient été longuement réfléchies. Oui ces actes ignobles prémédités assumés filmés qui mettent en action toute une idéologie choisie consciemment par des individus, et approuvé par une population tout aussi convaincue, il faut une réponse d’exception. Créer un choc aussi pour les nations endormies en perte de repères.
Merci d’avoir osé. un signe de courage, cette qualité qui semble aussi s’être endormie en occident.
Ma proposition est simplissime : La perpetuitė vraie et definitive ,sans autre possibilitė dans un bagne special au milieu du neguev , au pain sec et a l eau sans climatiseur et sans partie de jambes en l air avec madame !!! Malheureusement les institutions israeliennes sont incapable d infliger un tel chatiment a l image de ce que font les marocains , par exemple et la peine de mort ( que je reprouve) vient servir de cautere sur une jambe de bois .
La choa, le 7 octobre, pour ces assassins, cette ignominie, la peine de mort, c’est bien fait.
Je pense qu’il n’existe qu’une seule raison valable contre la peine de mort; l’erreur judiciaire! Remplir les prisons avec des criminels averés pour les liberer ensuite afin qu’ils puissent recommencer a pouvé son « efficacité ».
Voilà qui montre surtout la faiblesse de vos engagements moraux et l’effondrement moral d’Israel.
On est contre la peine de mort car on considère que notre Société vaut mieux que cela. La nature du crime n’a rien à voir au sujet.
@Leon C’est un sophisme. Ce genre de posture, de morale de bisounours héritée de la face obscure du christianisme, vous permet seulement de vous donner bonne conscience. La véritable morale, au contraire, se préoccupe des victimes.
C’est de l’effondrement moral de l’occident chrétien qu’il s’agit, et non pas d’Israël.
Il s’agit plutôt d’un premier pas vers un retour à la vraie morale. L’abolitionnisme est une conséquences de certaines dérives du christianisme : tendre la joue, avoir une compassion mal placée. L’abolition de la peine de mort a été un recul majeur de l’humanité : il était désormais clair que la société se préoccupait plus des criminels les plus sadiques que des victimes innocentes. Bien sûr, la peine de mort telle qu’elle était appliquée donnait lieu à de nombreuses dérives : des personnes étaient condamnées à mort sans le mériter tandis que certains criminels la méritant écopaient de quelques années de prison. Il fallait réformer la justice en profondeur, mais certainement pas de cette façon.
Ce qu’ont vécu récemment les Yezidi, ce que vivent les Chrétiens du Nigéria, le massacre d’Oran en 62…L’Histoire de l’humanité est remplie de massacres et de crimes génocidaires ayant donné lieu à une barbarie similaire à celle du 7 octobre. On n’a donc rien découvert ce jour-là. On s’est seulement resouvenu qu’on n’est pas à l’abri d’une nouvelle Shoah, et Israël se réveille. Encore timidement. Et lentement. Pourtant, le Talmud le dit de manière explicite : « Une justice inspirée par la pitié porte préjudice aux victimes ». Cette vérité intemporelle et universelle est incompatible avec une moraline de bisounours.
Très justes commentaires de @Kinski. Cette « moraline » odieuse dissimule la déshumanisation de nos sociétés depuis un demi-siecle. Nous avons été biberonnés au déni de réalité et élevés dans le mensonge. L’être politiquement correct se soucie moins de la souffrance des victimes et de leurs proches qu’à la nécessité de préserver sa bonne image en société : c’est un être répugnant et dépourvu d’empathie mais persuader d’incarner des vertus angéliques.