Alors que je vivais à Tel Aviv – Par Nicolas Carras

Alors que je vivais à Tel Aviv, je me suis retrouvé un jour sans argent. J’ai dû trouver un moyen de m’en sortir. Je savais que l’on pouvait refourguer les bouteilles et canettes abandonnées qui étaient consignées.

Pourquoi pas ? Alors tous les soirs, je me suis mis à aller à la plage pour en ramasser avec un sac poubelle. Du Dolphinarium jusqu’au Sunset Bar. J’ai fait ça durant environ deux, trois mois. Je me suis retrouvé avec un énorme stock de bouteilles et de canettes que je planquais en face dans un immeuble abandonné.

Chaque jour, je passais dans plusieurs supermarchés pour échanger mes bouteilles contre un peu d’argent, et avec cet argent, j’achetais de quoi manger, un falafel au Carmel Market, un café, une bière.

J’ai pris plaisir à faire ça. Des sacs et des sacs de bouteilles… que je lavais pour qu’elles soient bien propres, afin que les employés des supermarchés ne me fassent pas de réflexions. Et je trouvais des bouteilles de bière pleines, des fois, que les gens avaient oublié, ou laissées là, de la marque Maccabi.

J’ai jamais autant bu de Maccabi de toute ma vie. Des litres et des litres de Maccabi tout en ramassant mes bouteilles.

J’ai fini par tomber amoureux de cette partie de la plage. Je la connais par cœur, je connais tous les bars, tous les recoins. Le matin, j’allais y faire des photos, des vidéos. C’était devenu ma routine, simple.

Ramasser, vendre, manger, boire un café, boire des Maccabi, faire des photos, écrire de la poésie, attendre le soir, recommencer. Pas de miracle, et des nuits étoilées magnifiques.

Des semaines sont passées, puis j’ai finis par retrouver du boulot.

À Tel Aviv, en Israël, il faut en vouloir, ne jamais désespérer, on trouve toujours un moyen de s’en sortir. Et c’est une ville qui porte. Elle est pleine d’énergie, et de gens gentils et bien intentionnés dont certains m’ont dépanné. Une ville pleine de contradictions et de paradoxes. On peut y voir par exemple un rabbin sur le même trottoir où se trouve un gars pieds nus en slip Calvin Klein revenant de la plage. J’y ai bien vécu et j’y ai fait plein de photos.

Je serais bien resté, mais je devais régler des affaires en France. J’y retournerai, bientôt, si tout se passe bien.

© Nicolas Carras

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

6 Comments

  1. Il y a beaucoup à faire en Israel , aider, réconforter. Le tourisme c’est bien çà rapporte au pays, mais il y a des milliers des soldats qui sont blessés estropiés depuis le 7 octobre, des orphelins, des gens qui ont tout perdu, il n’y a pas que les distractions, les plages et les espaces verts.

  2. Bel hommage en effet, il y a lieu de souligner la poésie en Israël, souligner la solidarité, la gentillesse en Israël, cela met du baume au coeur. Mais… il y a aussi tout ce qu’il y a depuis le 7 octobre en Israël et partout dans le monde où vit la diaspora et qui est insupportable si l’on est pourvu d’une conscience. Qu’Hachem me pardonne, et cela me met en porte-à-faux vis-à-vis de mes valeurs, mais je ne peux m’empêcher de maudire toutes ces nations indifférentes au sort du peuple juif, maudire ces hommes et femmes politiques qui restent silencieuses ou qui encourage l’antisémitisme sans en avoir l’air… ou qui ânnonent un prétendument inacceptable face à la violence des idiots utiles… discours hypocrites. Ces politiques et diplomates gens ont tous le sang des membres des communautés juives assassinées sur les mains.

  3. Que ce joli texte plein d’allant et de fraîcheur fait du bien à lire, en ces temps si lourds …. Merci ! J’aime aussi beaucoup ces aspects là de Tel-Aviv, ainsi que la bière Maccabi ! Lé Haïm !
    Esther

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*