Bruno Halioua. Quand les enfants juifs devaient changer de nom…

« Où étiez-vous pendant la guerre ? » Cette question, Bruno Halioua l’a posée aux artistes, aux intellectuels, aux politiques, aux comédiens, aux écrivains et aux personnalités qui ont marqué nos mémoires depuis 1945. Il nous raconte l’évasion de Léon Zitrone d’un camp de prisonniers, le quotidien de la professeure Simone de Beauvoir, les débuts dans le music-hall d’Yves Montand, la vie mondaine d’Arletty ou le moment où Serge Gainsbourg a découvert qu’il était juif… En croisant les témoignages laissés par ces grands du XXe siècle, il met en lumière une foule d’histoires méconnues qui sont aussi celles de chacun des quarante millions de Français qui ont vécu l’Occupation. De Jacques Chirac à Pierre Bellemare en passant par Barbara et Françoise Sagan ou Romain Gary, Bruno Halioua nous donne les clés pour comprendre à quel point la guerre a marqué leur vie… et la nôtre.

A partir de 1942, les enfants juifs vivent dans l’angoisse de l’arrestation. Devant le danger, les parents et les organisations juives les envoient à la campagne pour se cacher.

Les enfants juifs doivent tirer un trait sur la vie heureuse qui a été la leur jusqu’à présent.  Les voilà plongé dans une situation totalement inédite à laquelle ils n’ont pas été préparé.

Du jour au lendemain, ils doivent apprendre à mentir et à cacher leurs origines. Ils ne doivent jamais divulguer le prénom de leurs parents. Ils doivent oublier leur ancien nom. Ils ne doivent pas laisser échapper un mot de leur langue maternelle yiddish.

Ils doivent mentir quand on les interroge sur l’origine de leur circoncision. Ils sont obligés de ne pas exprimer la souffrance occasionnée par la déportation de leurs parents. Ils doivent occulter tous les souvenirs de leur passé. Mais surtout ils doivent changer de nom.

Comment imaginer la détresse des parents ou des éducateurs qui demandent aux enfants dont certains n’ont pas 3 ans qu’ils  ne doivent sous aucun prétexte donner leur véritable identité ?

Tu ne t’appelles plus Daniel Hechter

Nombreux sont les parents juifs qui ont dû agir comme Rosy Hechter, la mère de Daniel Hechter, âgé de 4 ans. Elle s’agenouille devant son fils, lui serre ses mains sur ses épaules et elle lui dit « Dany, tu vas bien écouter, parce que maintenant tu es un homme. À partir d’aujourd’hui, tu as changé de nom. Tu ne t’appelles plus Daniel Hechter, mais Daniel Caudron. Répète, tu veux bien ? ».  

Puis elle lui explique avec fermeté qu’elle s’appelle désormais Rosy Caudron et qu’il est très important qu’il ne se trompe pas.

Le futur grand couturier mondialement connu restera considérablement marqué par ce changement de nom de famille, « Cet épisode pénible, au cours duquel je perdis tout d’un coup l’usage de mon patronyme, explique pourquoi j’ai été, ensuite et si longtemps, obsédé par l’idée de me le réapproprier et le faire reconnaitre à travers le monde. »

Quand Victor Nataf est devenu Victor Lanoux

Claude Lelouch prend le nom d’Abélard qui est le nom de jeune fille de sa mère. . Le futur prix Nobel Georges Charpak prend celui de Charpentier. André Glucksmann s’appelle maintenant Rivière. Michel Drucker devient Druquère . Serge Gainsbourg est  Guimbard. A-t-il pensé à cette fausse identité quand il s’est donné par la suite le nom de Gainsbarre ? Sacha Distel devient Alexandre Ditel . Jean-François Kahn dont le père est Juif prend le « nom de jeune fille » de sa mère, Ferriot, qui est catholique, d’origine bourguignonne. Il ne reprendra son nom de Kahn qu’à la fin des années 1950. Le jeune Leib Polnareff, pas encore le père de Michel, est  Léo Poll. Monsieur et madame Cohn-Bendit dont le fils  Dany n’est pas encore né prennent le nom de Delpioux. Claude Lanzmann  prend le nom de Claude Bassier, ou encore Claude Chazelle.

Tous ces Juifs reprendront leur véritable identité. Petit clin d’œil à son passé: le jeune Victor Robert Nataf  qui se nomme pendant la Guerre Victor Lanoux gardera cette identité toute sa vie d’artiste. Belle revanche pour Victor Lanoux  qui, comme tous ceux qui avaient une fausse identité, étaient destinés à être déportés et exterminés uniquement parce qu’ils étaient Juifs.

Extrait de “Leur seconde guerre mondiale“. Bruno Halioua. Chez Buchet Chastel. Sortie le 25 octobre 2020

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