Le 28 octobre, sur RMC, Arnaud Demanche imite Christine Kelly en forçant son accent antillais jusqu’à la caricature. Le plateau rit gras. Matthieu Belliard ne bronche pas. Quatre jours plus tôt, en pleine manifestation, Mélenchon s’en prenait à un journaliste de BFMTV, qui appartient au même groupe que RMC.
Christine Kelly est née au Lamentin, en Guadeloupe. Elle a siégé au Conseil supérieur de l’audiovisuel, devenu l’Arcom. Dans une partie du petit monde médiatique, ce parcours pèse moins que l’étiquette CNews, sous laquelle elle présente aujourd’hui ses émissions.
Sur Europe 1, où elle anime aussi une émission, elle raconte qu’elle entend chaque matin sur RMC des rires qui se moquent de sa façon de parler. Elle résume : « Je suis antillaise, je suis française, je suis noire avec un accent de noir. »
Gilles-William Goldnadel, avocat et invité de l’émission imitée, est cité dès les premières secondes du sketch. Laurence Ferrari dénonce des allusions racistes et antisémites à peine dissimulées sous l’humour. Pascal Praud soutient sa consœur. Les rédactions qui signent si volontiers des tribunes contre les discriminations n’ont rien publié.
Christine Kelly pose une question : si Europe 1 se moquait chaque matin de l’accent d’un présentateur noir d’une autre station, l’Arcom aurait-elle laissé faire ? Ni RMC ni l’humoriste ne lui ont répondu.
L’Arcom avait pourtant trouvé le temps de s’intéresser à elle. Le régulateur lui a reproché une phrase sur les migrants prononcée le 26 janvier, en regrettant qu’aucun membre du plateau ne l’ait nuancée ni contredite. Sur l’imitation de RMC, il n’a encore rien dit.
Le 28 octobre, sur le plateau de RMC, personne n’a nuancé ni contredit non plus. On riait.
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