Un cas d’école. Une déconstruction, par Charles Lévy     

Le battage médiatique actuel autour d’accusations à caractère sexuel, tourne à l’acharnement sur un homme, un chanteur populaire ; alors que rien n’est encore jugé de ce qu’on lui reproche. Cela en fait un cas d’école.

Nous avons choisi de nous fonder, de la manière la plus rigoureuse possible, sur des éléments structurels, observables par tous, pour y voir plus clair ; par-delà ce qui est allégué et contesté. Plus largement, cela pourrait en même temps faire apparaitre tout ce que ce tumulte charrie.

Le chanteur


Commençons par le chanteur, essayons de faire « parler » l’œuvre, le parcours exigeant du chanteur populaire ayant réussi à toucher le cœur des foules. Tout particulièrement lors de la pratique de son métier sur scène. Là où le contact avec le public est le plus direct, le plus vrai, voire intime ; amoureux dans le sens large, et dans le plus grand respect. Un lieu où sa sincérité ne peut qu’être absolue, comme la réponse instantanée des spectateurs en atteste. On le dit couramment : « le public ne se trompe pas » sur l’authenticité d’un artiste quand il lui accorde le succès. Dans ce contexte intense de représentation, se trouve une vérité qui a également valeur de témoignage sur les ressorts d’une personnalité.  

Par ailleurs, quel peut être également l’impact sur toute personne célèbre, de l’impératif de toujours veiller à son image publique, dont dépend sa carrière ?


Les plaignantes

Le parallèle avec ce que la personnalité artistique du chanteur révèle, pourrait aider à démêler ce qui questionne et surprend dans ces affaires qui le mettent en cause. Sans manquer de donner toute son importance à ce qui, tout aussi sincèrement, a pu être ressenti différemment par les plaignantes.


Le contexte ambiant

Précisons enfin, qu’il y a un facteur annexe qu’on ne peut ignorer, qui oriente la perception du public en brouillant les pistes. La plupart des médias (journaux et télés), avant tout verdict, usent de tout un vocabulaire accusateur. Les termes choisis constituent par avance des condamnations (« prédateur » ; « harceleur » ; « emprise » ; « proie » ; « victimes » plutôt que plaignantes, etc.).

C’est qu’il y a un air du temps, le wokisme. Ce mouvement de déstabilisation des valeurs occidentales démocratiques, suit son propre calendrier en instrumentalisant pour cela de grandes causes qu’il prétend défendre. Des personnalités réelles, les plaignantes tout comme l’accusé, ne peuvent, dans leur singularité inaliénable, être réduits à des clichés brandis de plus en plus automatiquement.


Les réseaux sociaux


Il reste le rôle des réseaux sociaux qui amplifient la clameur mais aussi, il faut le saluer, proposent des réflexions souvent nuancées, par divers intervenant(e)s faisant preuve d’un bon sens élémentaire.

 

Personnalité et ressorts artistiques d’un chanteur populaire sur scène

« L’œuvre parle » : Une relation au public sublimée, dans les règles de l’art 

L’œuvre de tout artiste témoigne de sa vérité profonde.

Tout d’abord, ses chansons. Elles reflètent ses pensées les plus intimes sur des thèmes éternels : l’amour, l’amitié, la vie en société. Elles sont adressées, dans un tutoiement parfois (c’est une des caractéristiques de son répertoire), à chacune, chacun, entre adultes, ou en « en grand frère » protecteur envers les plus jeunes. Qui a le droit ? dit la chanson sur l’abandon, ou, Maux d’enfants qui évoque le harcèlement scolaire et cybernétique menant parfois au suicide.

De refrains en refrains, on découvre une volonté de partage d’expériences personnelles et de valeurs à transmettre. Remarquons à propos de sa biographie, selon ce que rapportaient les journaux à ses débuts, que cet artiste a fait, très jeune, l’expérience de protéger et aider à élever ses plus jeunes frères. Cela indique un certain sens des responsabilités, et des réflexes chevillés au corps.
   
Quant à sa performance scénique, elle permet, dans une mise en scène savamment conçue, et menée rondement, d’établir le courant d’une amitié idyllique, pour qu’en ressortant quelque chose ait évolué chez chaque spectatrice et spectateur. À ce degré d’attention à l’autre, de considération (et cela vaut pour la plupart des grands interprètes sur scène), c’est une autre forme de l’amour.


On regarde et écoute, de bout en bout, le déploiement d’un spectacle instantanément entrainant ; tout un art de la connexion attentive au public (c’est-à-dire aux autres, plus largement). Il s’agit, pour le chanteur, de faire passer, dans une forme d’osmose, un grand moment fait d’émotions et d’idées partagées. Le but étant de parvenir à exalter les spectateurs, et peut-être les inspirer individuellement à leur tour. Cela requiert de prêter une attention continue aux réactions de la salle ; en s’ajustant constamment. Jamais brusquement, la magie serait rompue. Les spectateurs doivent en ressortir grandis et plus légers. À la fois par la catharsis du spectacle, et par le sens de ses chansons toujours tournées vers une compréhension du monde, des autres, et de soi-même. Cette démarche créative exigeante, précautionneuse, caractérise une personnalité ; c’est particulièrement manifeste ici.

Ce mélange d’émotions et de retenue, d’écoute de l’autre, et d’intelligence de chaque étape d’une situation au moment où elle est vécue, correspond à tout un savoir et un métier, acquis ou innés. À ce niveau de professionnalisme, ces qualités deviennent à la longue des automatismes.


Cette mécanique de la relation au public peut d’ailleurs, peut-être, développer chez l’artiste le sentiment d’être toujours un peu en représentation. En comparaison, dans des situations de la vie courante ou sentimentales, est-il psychologiquement concevable d’éprouver un quelconque intérêt, ou une satisfaction, pour un comportement plus fruste, sourd à l’autre, quand on est tellement imprégné de ce savoir-séduire si exaltant et abouti, qui implique un partage ?

À présent, poursuivons notre recherche d’éclaircissements plausibles, basés strictement sur des facteurs de sens commun, en tenant compte de certains cas de plaignantes tels qu’ils ont été médiatisés. Nous le faisons avec la distanciation que l’on peut avoir en tant que simple observateur n’ayant accès qu’aux journaux, à la télé, ou aux réseaux sociaux. En respectant, quelles que soient nos conclusions, ce qu’expriment les plaignantes, qui au moins en termes de ressenti, est réel aussi. D’autant plus que l’on sait bien que cela fait écho, plus largement, à de graves problèmes que rencontrent encore beaucoup de femmes, socialement et humainement, dans leur relation à un certain type d’hommes.

Les codes de séduction des années 80-90

Quand on lit la manière dont sont rapportées médiatiquement la plupart des accusations à l’encontre du chanteur, on en ressort surtout avec l’impression que le grand reproche qui lui est fait, est d’abord d’être un grand séducteur (ou « dragueur »). Il serait animé d’un désir de conquête. Ce qui n’est aucunement délictueux entre adultes consentants, dans le respect du refus exprimé, si c’est le cas.


Cela pouvait passer, jusqu’aux années 1980-90, pour valorisant chez un homme, et souvent flatteur pour les femmes sollicitées. Mais seulement si c’était fait avec charme, et dans l’approbation. Les succès répétés de ces personnalités attrayantes, indiquaient bien que leurs partenaires ne s’en plaignaient pas. C’était même une attitude masculine qui était plutôt admirée, tant par les hommes (et jalousée parfois), que les femmes. Selon les principes de séduction de ce temps-là, ce profil représentait pour beaucoup d’hommes, une forme d’idéal masculin (fantasmé) à atteindre.

 

On pourrait même souligner que dans des rapports de séduction, suivis d’une relation sexuelle, il peut y avoir, de manière tacite (jusqu’à tant que le refus soit clair) des jeux de rôle fantasmatiques. Chacun jouant à prétendre diverses attitudes, dans une mise en scène limitée à ce moment partagé. Ce qui peut avoir un effet cathartique, libérateur, permettant d’expérimenter des sensations sans pour autant s’y identifier. Aussitôt après, les rapports sociaux entre les partenaires reprennent le pas sur un mode courant. D’ailleurs, ce chanteur n’a jamais, durant toutes ces années, été mentionné pour défaut de courtoisie sociale ; c’est même l’image publique contraire qu’on en a.


Le « portrait-robot » masculin selon le militantisme Woke 
Un vaste projet politique de « déconstruction »    

Il nous reste à déterminer l’importance (ou pas) que prend dans la présentation médiatique de toutes ces accusions portées contre le chanteur (peut-être, aussi, dans la rédaction même de ces plaintes), un dernier facteur, sociétal ; l’idéologie Woke. Devenue de plus en plus omniprésente et influente à partir des années 2000, elle prétend façonner les esprits et les mentalités, pour créer un « homme nouveau » (un air connu lugubrement à travers l’histoire). De nombreux auteurs de qualité ont rigoureusement analysé cette tendance et l’impact de ce phénomène. Ils sont parvenus au constat suivant :  autoproclamée « éveillée », il s’agit d’une pensée indigente, et d’un racisme inversé fait d’indignations sélectives. Le but serait de déstabiliser les valeurs occidentales en culpabilisant systématiquement les sociétés modernes, démocratiques, en les accusant de tous les maux.

Ce mouvement politique et idéologique instrumentalise les différentes causes honorables qu’il prétend défendre.


Dans les parages, parallèlement à ce dessin de société sans destin, où les dés sont truqués, guette le monde de la réalité virtuelle, qui progressivement pourrait s’installer à domicile. Comme un refuge, une échappatoire ; avec les charmes puissants de ses « perfections » figeantes, anesthésiant à la longue, à force d’être pleinement satisfaisantes, tout désir de rencontre. Chacun dans sa bulle, face à un écran.


Une surimpression

« Prédateur », harceleur », « emprise », « une proie », etc… », c’est ce qui est asséné par avance au chanteur. En négligeant allégrement la présomption d’innocence, la singularité de chaque personnalité, les contextes spécifiques, et sa version qu’il n’a pas encore exprimée. Et surtout, sans chercher à y réfléchir un peu ; ce que nous tentons de faire ici, sans préjuger de la suite, ni de la réalité des faits.

Ces éléments de langage militant dessinent un « portrait-robot » idéologisé, qui se superpose à des réalités humaines qui, elles, n’ont rien d’un cliché.

Cependant, dans leur rhétorique, les néo-féministes (inféodées au wokisme), le dégaine indistinctement, surtout quand il s’agit de célébrités. Pour faire l’exemple et avancer leur cause, laquelle est d’une toute autre nature, politique. Quitte à forcer le trait et les faits. Cela s’est vu dans des cas similaires à celui que nous étudions ici, qui ont également fait la une des médias. Ils se sont finalement conclus par la relaxe, mais quelques années plus tard.

Peu leur importe ; pour ces propagandistes, l’effet d’annonce suffit presque.  « Il en restera toujours quelque chose » dit-on. Le mâle était fait.              

Quel impact sur les plaignantes ?

Sans invalider leurs plaintes, retrouve-t-on dans la rédaction même des accusations à l’encontre du chanteur, cette rhétorique et ce vocabulaire Woke que diffusent les médias ?  Si c’était le cas, cela n’indiquerait pas que les plaignantes se rattacheraient à cette idéologie, mais qu’elles auraient plaqué cette grille de lecture sur leur expérience, en étant imprégnées, comme une grande partie de la société, de toute cette vogue. Cela pourrait expliquer le nombre de plaintes ; comme un effet de cette influence ambiante.

Faire l’exemple

Pareillement le chanteur lui non plus n’est pas un cliché. On l’a constaté, son œuvre parle pour lui et le révèle en profondeur lors de ses spectacles, d’où ressort une grande attention aux autres, et même une forme de délicatesse. C’est sa part de vérité la plus établie, au vu et au su de tous. Pourtant, malgré tant d’éléments qui devraient, en attendant la suite juridique, nuancer l’interprétation des situations présentées par les plaignantes, on assiste à une battue médiatique. C’est qu’à travers lui, icône et parangon, ce sont plus largement les hommes occidentaux à « déconstruire » selon le prêchi-prêcha Woke, qui sont visés.

Toutes ces pistes que nous avons explorées, en nous en tenant à des critères précis, et en respectant les plaignantes tout comme l’accusé, donnent tout son relief à l’indispensable présomption d’innocence, pour raison garder en attendant un jugement serein.

Personne n’aurait tort dans la plupart de ces plaintes ? S’agit-il de situations de quiproquo, où chacun a raison ?

Tant de douleurs psychologiques, des deux côtés, auraient pu être évitées par une communication et une recherche d’explications, sur le moment ou peu de temps après.

Les médias ont rapporté en gros titre, que le chanteur serait « sidéré » par toutes ces attaques, et « affecté ». Auquel cas, une telle réaction parlerait en sa faveur. Si ses sentiments sont atteints, peut-être en particulier son orgueil, son égo (quand on est si habitué à plaire), cela pourrait bien signifier qu’il croyait vraiment, à chaque fois, avoir séduit ces femmes puisque la plupart, à notre connaissance, ne partaient pas, ni n’ont fait sur le champ un esclandre pour stopper ce qu’elles considèrent à présent comme une agression. Mais voilà qu’il découvre qu’il avait inspiré tant de ressentiment !

Respect de la parole des femmes qui portent plainte, autant que de la présomption d’innocence du chanteur !

En attendant un jugement impartial, la notion de quiproquo, si éclairante par son caractère plausible, nous semble déjà rendre justice aux deux parties ; loin des idées toutes faites et des clichés, ainsi que des instrumentalisations.

Quelle qu’en soit l’issue, il parait nécessaire qu’un dénouement, par-delà la froideur judiciaire, tienne compte de la blessure réelle des sentiments des plaignantes ainsi que du chanteur. On peut alors imaginer, par exemple, que des rencontres individuelles avec chacune d’entre elles, pourraient permettre qu’un dialogue explicatif s’établisse enfin entre eux.

Charles Lévy

 

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