Le 17 octobre, l’État a totalement perdu le contrôle de l’ordre pays. Le pays est désormais en proie à une spirale de la peur et de la haine, comme on a pu le voir à Trappes.

Le 17 octobre, la France a basculé dans le chaos, avec la mise à sac de Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nice, Bordeaux, Rennes et Limoges. Par le bilan effroyable de cette journée tout d’abord : deux morts en marge des manifestations ; près de 1 000 policiers et gendarmes blessés dont 7 grièvement ; des destructions estimées à 1,2 milliard d’euros, dont 850 millions pour les commerces, 200 millions pour les équipements publics, 100 millions pour les biens privés. Ensuite par la fréquence et l’escalade des violences depuis 2017 : « gilets jaunes », manifestations contre les retraites, émeutes urbaines consécutives à la mort de Nahel Merzouk ; dévastation de la Nouvelle-Calédonie (2,5 milliards d’euros de dommages sur un PIB de 8 milliards) ; mouvement lycéen et protestation contre la vie chère. Enfin et surtout par un changement de paradigme dans la violence : le 17 octobre a été marqué par une véritable guérilla urbaine dominée par des émeutiers mieux organisés et mieux équipés que les forces de l’ordre, la systématisation de la destruction des commerces et des biens publics mais aussi la multiplication des agressions contre les personnes et des intrusions dans les domiciles. L’État a totalement perdu le contrôle de l’ordre public avec un déficit d’anticipation, d’effectifs, de matériels et de munitions. La France se distingue aussi par le vide politique et l’effondrement de l’autorité publique. À la suite du saccage de la place du Duomo à Milan, Giorgia Meloni a mobilisé l’armée, décision contestable mais qui témoigne de la gravité de la situation et de la volonté de la reprendre en mains. Dans notre pays s’est installé un vide politique béant, avec des dirigeants oscillant entre le déni et la dérobade, le silence et l’absence.
L’ultraviolence qui s’est déchaînée et affichée en toute impunité a pour premier effet d’accélérer les crises qui se renforcent mutuellement et sont en passe de faire imploser la France.
La crise sociale. La France n’est pas encore en guerre civile mais elle n’est plus en état de paix civile. Les émeutes se croisent et s’hybrident avec la criminalité, le narcotrafic, le terrorisme djihadiste, les cyberattaques et la guerre de l’information poursuivie par les empires autoritaires. La violence entraîne la violence, avec la spirale de la peur et de la haine que l’on voit à l’œuvre de Crépol à Trappes. L’État, en abdiquant sa mission première qui consiste à maintenir l’ordre public, ne laisse pas d’autre choix aux individus et aux entreprises que d’assurer eux-mêmes leur sécurité par des moyens privés – à l’image de ce qui s’est passé lors du ravage de la Nouvelle-Calédonie qui aura servi de laboratoire. La France qui inventa l’État moderne pour sortir des horreurs des guerres de Religion retourne ainsi de l’État de droit à l’état de nature. Or le règne de la force s’exerce toujours au détriment des plus faibles.
La crise économique. L’activité qui était à l’arrêt se dirige droit vers la récession, indissociable d’une vive remontée du chômage. La consommation est touchée de plein fouet à la veille des fêtes de Noël, ce qui va porter le coup de grâce au commerce. Le tourisme, qui représente 8 % du PIB, sera durablement affecté par la dégradation dramatique de l’image de la France. La fuite des capitaux et des investisseurs s’emballe, les images de Burn France étant autrement puissantes et réelles que les coups de communication de Choose France.
La crise financière. Les taux des obligations à 10 ans ont dépassé 5 %, ce qui est sans précédent depuis 2002. L’écart de taux avec l’Allemagne se creuse à près de 160 points de base. Alors que la discussion budgétaire se réduit à l’annulation des rares économies et une avalanche de nouveaux impôts meurtriers pour la production, l’emploi et l’investissement, le déficit s’installe entre 5,4 % et 6 % du PIB. La France se trouve désormais dans la situation de l’Italie en 2011, à la merci d’une hausse des taux qui imposerait son sauvetage par la BCE et par nos partenaires au prix d’un plan de restructuration drastique.
La crise politique. Le traumatisme profond des Français et la liquéfaction des pouvoirs publics accentuent la polarisation, confortant la dynamique du RN et de LFI, tandis que les candidats et les forces modérés sont délégitimés et tétanisés. La guérilla est le visage d’une nation éclatée où les communautés, les militants et les bandes sont face à face, comme l’avait prédit Gérard Collomb.
De cette débâcle, Emmanuel Macron porte la responsabilité intégrale. L’incendie des principales villes de France, le 17 octobre, constitue le symbole et le résumé de ses deux quinquennats et de l’état dans lequel il laisse notre pays. Le déclin de la France lui est certes antérieur, puisque le décrochage d’avec les pays développés date du début des années 1980. Mais la transformation du lent déclin en naufrage lui est entièrement imputable. Le problème, au reste, n’est plus Emmanuel Macron, ses échecs et ses revers en chaîne. Il est une large partie du problème mais ce verrou qui bloque tout redressement disparaîtra, plus tardivement malheureusement qu’il n’eût été souhaitable, en mai 2027. Nous disposons de tous les atouts pour refaire une nation, reconstruire l’État, réinventer la France comme puissance, rendre l’espoir aux citoyens. Il ne manque que l’essentiel, à savoir la stratégie pour rassembler les Français.
L’Europe du Nord nous montre comment reconfigurer la protection sociale pour concilier solidarité et compétitivité. Le démantèlement de l’économie administrée permet de recentrer l’État sur ses fonctions régaliennes, tout en libérant la croissance, l’emploi et l’investissement et en rendant aux Français une partie de leur argent.
Appliquer une thérapie de choc. Comme en 1958, la France est confrontée à la nécessité de se réinventer. Elle ne peut le faire qu’à travers une thérapie de choc qui, seule, peut permettre de faire émerger un nouveau contrat politique et social entre les générations comme entre l’État, les entreprises et les citoyens, tout en endiguant l’escalade de la violence. Alexis de Tocqueville, le 27 janvier 1848, prit la parole pour répondre au discours de la Couronne. Son discours, accueilli avec condescendance par Louis-Philippe et Guizot quelques semaines avant la révolution de février 1848, après avoir souligné que la France se trouvait sur un volcan, concluait par ces mots : « Gardez les lois, si vous voulez, quoique je pense que vous ayez grand tort de le faire ; gardez même les hommes si cela vous fait plaisir ; mais pour Dieu, changez l’esprit du gouvernement car cet esprit-là nous conduit à l’abîme. » Il est plus que temps de changer radicalement l’esprit du gouvernement pour interrompre la course à l’abîme dans laquelle Emmanuel Macron a enfermé la France.
Nicolas Baverez.

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