Mandelblit confirme : les fuites dans la presse visaient à faire pression pour ouvrir une enquête contre Netanyahou

Lors de son contre-interrogatoire au procès de Benjamin Netanyahou, l’ancien procureur général d’Israël, Avichaï Mandelblit, a reconnu que, selon lui, des informations confidentielles avaient été divulguées à la presse dans le but de faire pression sur lui pour qu’il autorise une enquête contre le Premier ministre.

Des révélations sur les fuites de janvier 2017

L’avocat de Netanyahou, Amit Hadad, a présenté au tribunal un article publié le 1er janvier 2017 dans le journal TheMarker, signé par le journaliste Gidi Weitz.

Cet article évoquait deux affaires concernant Netanyahou : la première portait sur des soupçons de cadeaux et d’avantages d’une valeur de plusieurs centaines de milliers de shekels. La seconde concernait une affaire encore secrète, présentée comme susceptible de provoquer un bouleversement politique majeur.

Or, à cette époque, l’enquête sur le dossier 2000 était censée être strictement confidentielle.
Interrogé par Hadad, Mandelblit a confirmé ce caractère secret.

L’ancien procureur général a également reconnu qu’il se souvenait d’articles de presse et qu’il estimait que certaines informations avaient effectivement fait l’objet de fuites.

Un échange particulièrement révélateur au tribunal

L’avocat Amit Hadad a cherché à déterminer l’objectif de ces divulgations.
L’échange rapporté par la chaîne 14 est particulièrement significatif :

Amit Hadad : « Dans le but d’exercer une pression sur vous ? »
Avichaï Mandelblit : « Évidemment, pour exercer une pression. »
Amit Hadad : « Pour enquêter sur le Premier ministre ? »
Avichaï Mandelblit : « Oui. »

Mandelblit a donc reconnu que, selon son appréciation, les fuites visaient à exercer une pression sur lui pour qu’il autorise l’enquête contre Netanyahou.

Il a toutefois fermement contesté l’idée que ces pressions aient effectivement déterminé sa décision.

Une chronologie qui soulève des questions

L’avocat de la défense a insisté sur la succession des événements de janvier 2017.

  1. 1er janvier 2017
 Publication dans TheMarker d’informations évoquant une affaire encore confidentielle concernant Netanyahou.
  2. 4 janvier 2017
 Interrogatoire d’Arnon « Noni » Mozes, propriétaire du quotidien Yediot Aharonot.
  3. 5 janvier 2017 
Autorisation officielle d’interroger Benjamin Netanyahou sous avertissement dans le cadre du dossier 2000.

Selon Hadad, les enquêteurs possédaient depuis plusieurs mois les enregistrements des conversations entre Netanyahou et Mozes, sans qu’aucun élément nouveau décisif ne justifie, à ses yeux, le changement intervenu début janvier.

L’avocat a suggéré que la décision avait pu être influencée par la pression médiatique, les manifestations et certains acteurs du système judiciaire.

Mandelblit : « C’est moi qui décide »

Face à ces accusations, Mandelblit a rejeté l’idée que ses décisions aient été dictées par des influences extérieures.

« C’est moi qui décide », a-t-il affirmé.

Il a expliqué qu’il disposait de la possibilité de refuser l’ouverture de l’enquête, mais qu’après avoir examiné les éléments du dossier et les considérations juridiques, il avait estimé qu’elle était justifiée.

La reconnaissance de pressions exercées sur lui ne constitue donc pas, à elle seule, la preuve que ces pressions ont influencé sa décision.

Le parquet s’oppose aux questions de la défense

Le ministère public s’est opposé à la tentative d’Amit Hadad d’établir un lien direct entre les publications médiatiques et la décision d’autoriser l’interrogatoire de Netanyahou.

Selon l’accusation, la défense ne pouvait pas se contenter d’articles de presse et de suppositions pour affirmer que le jugement professionnel de Mandelblit avait été influencé.

Les juges ont accepté cette objection et limité la poursuite des questions sur ce sujet.

L’absence d’autorisation documentée avant le 5 janvier

D’après la chaîne 14, Mandelblit a également reconnu devant le juge Moshe Bar-Am ne disposer d’aucune autorisation documentée, écrite ou orale, permettant d’établir qu’il avait approuvé l’interrogatoire sous avertissement de Netanyahou avant le 5 janvier 2017.

Cette question est importante puisque les enregistrements étaient déjà entre les mains de la police depuis longtemps.

L’article rapporte également que Mandelblit a admis que la formulation de l’avertissement adressé à Netanyahou ne correspondait pas aux soupçons du dossier 2000, et qu’il n’avait jamais personnellement vérifié ces avertissements.

Des conséquences juridiques potentiellement importantes

Dans son analyse, la chaîne 14 estime que l’accumulation de ces éléments pourrait renforcer la stratégie de la défense.

Elle met notamment en avant trois problèmes : les fuites d’informations confidentielles destinées à exercer une pression, l’absence d’autorisation documentée avant le 5 janvier 2017 et la formulation inadaptée de l’avertissement adressé au Premier ministre.

Selon cette analyse, ces éléments pourraient soutenir un argument juridique israélien appelé Hagana Min HaTzedek (הגנה מן הצדק), une défense fondée sur une atteinte à l’équité de la procédure.

Un tel argument peut, lorsqu’il est retenu par les juges, conduire à des mesures correctrices et, dans certains cas, à l’annulation de chefs d’accusation.

Il ne s’agit toutefois pas d’une décision du tribunal, mais d’une interprétation juridique avancée dans l’article.

La chaîne 14 considère également que la divulgation d’informations issues d’une enquête confidentielle pourrait soulever des questions de responsabilité pénale et de dysfonctionnement institutionnel.

Une nouvelle controverse autour du dossier 2000

Pour la défense de Benjamin Netanyahou, ces déclarations constituent un élément supplémentaire dans sa contestation des conditions d’ouverture de l’enquête.

Le point central reste la distinction entre deux questions : l’existence de fuites destinées à exercer une pression, reconnue par Mandelblit selon son appréciation, et l’influence réelle de cette pression sur sa décision, qu’il continue de nier.

L’affrontement judiciaire autour de cette question s’inscrit désormais dans le débat plus large sur la régularité de la procédure et les circonstances ayant conduit à l’interrogatoire de Netanyahou en janvier 2017.

Source : Efrat Briner, Chaîne 14, 26 octobre 2026. Adaptation française détaillée et mise en page de l’article original, avec les passages importants en gras. Les appréciations de la chaîne sont distinguées des déclarations rapportées au tribunal.

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