Un candide qui ne comprend pas grand-chose à la politique israélienne lit les résultats et se pose des questions simples. Pourquoi deux hommes d’accord sur la guerre ne peuvent-ils pas gouverner ensemble ? Pourquoi un pays menacé de toutes parts s’offre-t-il le luxe d’une crise de plus ? Les spécialistes ont sans doute des réponses savantes, mais le candide n’en a que faire.

Le 27 octobre, près de 78 % des Israéliens sont allés voter, un record depuis 1999, et des dizaines de milliers d’expatriés ont pris l’avion pour le faire. Les sondages de sortie donnent cinquante et un sièges au bloc de Benyamin Netanyahou et autant à celui de Gadi Eisenkot. La majorité est à soixante et un.
Au lendemain du scrutin, Netanyahou a réclamé un « gouvernement de droite fort ». Eisenkot lui a conseillé de prendre sa retraite et répète qu’il ne servira jamais sous ses ordres. Ben Gvir, déçu par son score, a trouvé le temps de mettre en garde contre une union nationale où il n’aurait plus guère de rôle à jouer.
Les deux prétendants s’accordent pourtant sur la sécurité, sur Gaza et sur l’Iran. Eisenkot a siégé au cabinet de guerre avant d’en claquer la porte huit mois plus tard, il a perdu son fils Gal à Gaza, et son programme ne touche pas à la fermeté imposée depuis le 7 octobre. Le candide en conclut que leur différend porte surtout sur le nom inscrit à la porte du bureau du Premier ministre.
Le seul vrai sujet de fond s’appelle la conscription des ultra-orthodoxes. C’est sur lui que la coalition sortante, montée jusqu’à 68 sièges, s’est défaite. Les réservistes enchaînent les rotations depuis trois ans pendant qu’une partie de la jeunesse reste exemptée au nom de l’étude, et Netanyahou est le seul à avoir l’autorité nécessaire pour l’expliquer à ses partenaires religieux. Il ne l’a pas fait.
Yaïr Lapid, qui a déjà occupé le poste six mois en 2022, se présente encore. On cherche ce que sa candidature apporte au camp d’Eisenkot, à part une liste de plus.
Les partis arabes obtiendraient environ dix-huit sièges. Eisenkot a juré qu’il ne gouvernerait pas avec eux, mais on évoque déjà un gouvernement minoritaire qui tiendrait grâce à leur soutien extérieur. Certains de ces députés militent pour un « État de tous ses citoyens », formule polie pour désigner la fin de l’État juif.
Israël n’a jamais eu autant de raisons d’exister, alors que les Juifs sont menacés à Paris comme à Sdérot. Entre avril 2019 et novembre 2022, le pays a voté cinq fois sans parvenir à se donner un gouvernement durable. Pendant ce temps, à Téhéran, personne n’a eu besoin de former une coalition.
Paul Germon


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