Peine de mort: à la guerre comme à la guerre. ( cf. Badinter ). Par Julien Brünn

À propos de la loi sur la peine de mort votée récemment en Israël.

Robert Badinter, dans son discours pour l’abolition de la peine de mort prononcé depuis la tribune de l’Assemblée nationale le 17 septembre 1981 (discours qui l’a conduit au Panthéon, sorte de paradis républicain), faisant l’histoire de l’abolition, ou plutôt de la non abolition, de 1791 (première abolition abolie par Napoléon) jusqu’à lui, et constatant que le Front populaire, pourtant de gauche, ne l’avait pas instituée, expliquait que la guerre qui menaçait à l’époque en était la raison. Car, disait-il, « il est vrai que la guerre et l’abolition ne cheminent pas ensemble. » Et plus loin encore, discutant du droit de grâce, il s’écriait (car il y mettait le ton) : « Dans une république, dans une démocratie, quels que soient ses mérites, quelle que soit sa conscience, aucun homme, aucun pouvoir, ne saurait disposer du droit de vie et de mort sur quiconque, en temps de paix. »

« En temps de paix », nuançait-il donc malgré ses envolées oratoires. C’est un des points centraux de la récente loi israélienne qui vient d’être votée : Israël, depuis le premier jour de sa création, n’est pas en paix. Quand ce n’était pas encore l’Iran, c’était les pays arabes voisins coalisés ; et quand ça ne sera plus ni l’Iran ni les pays arabes, la Turquie prendra sans doute le relais ; et après la Turquie viendra le Pakistan. Ensuite, on verra… quel sera l’État ou l’« entité », comme ses ennemis aiment à nommer Israël, qui proclamera haut et fort souhaiter sa destruction et cherchera à s’en donner les moyens. Pas de paix pour Israël. Jusqu’à la fin des temps ? On verra.

En attendant, Israël doit-il se résigner à prendre des coups comme à la guerre et à les rendre comme s’il était en paix ? D’abord, on dira sans doute que la remarque est un peu forte de café alors qu’Israël a bombardé à Gaza et bombarde en ce moment même – et bombarder, c’est bien faire la guerre avec les moyens de la guerre – en Iran et au Liban ; sur ce point, on peut répondre qu’il s’agit là de guerres externes. Or le terroriste, lui, mène une guerre interne. On dira ensuite au sujet de la guerre interne que la démocratie israélienne ne devrait pas s’abaisser à imiter ses ennemis, et que de toute façon la perspective d’une exécution ne dissuadera jamais un terroriste, islamiste ou autre. Badinter encore, déjà : « s’il est un crime qui n’a jamais reculé devant la menace de la mort, c’est le crime politique ». En particulier le crime terroriste, poursuivait-il. Et il déroulait tous les arguments que nous entendons aujourd’hui à l’occasion du vote de cette loi israélienne : essentiellement que la peine de mort est immorale au regard des principes démocratiques, et qu’à celui de la guerre aux terroristes, elle est inefficace. Tous les arguments, sauf un : l’exécution d’un terroriste fait un terroriste de moins. Un Yayah Sinwar de moins. Ça n’est pas rien. Badinter toujours : peut-être, mais ça en fait vingt de plus qui se lèvent pour honorer la mémoire du martyr par de nouveaux attentats. On peut cependant raisonner ainsi en termes d’efficacité guerrière : les premiers terroristes sont des âmes puissantes, les suivants seront plus faibles.

De toute façon, faire la guerre, externe ou interne, c’est se confronter à la mort : sur ce point, il n’y a pas d’échappatoire, contrairement à ce que prétendait Badinter hier et les âmes sensibles aujourd’hui, celles qui ont les mains propres car elles n’ont pas de mains. Parmi celles-ci, certaines se sont offusquées de ce que la loi nouvelle exclut de sa rigueur les citoyens israéliens. Preuve de l’affaissement démocratique. Mais c’est surtout la preuve que c’est une loi de guerre. Aux âmes sensibles qui n’ont ni mains ni mémoire, rappelons que l’OLP a été créée en 1964, et que ses premiers attentats ont été commis dès 1965. Il n’y avait pas encore de territoires occupés à libérer. Il s’agissait bien d’une guerre à Israël.

Car un point demeure : ce n’est pas Israël qui a choisi la guerre.

P.S.: De toutes façons Ce sera retoqué par la Cour suprême.

© Julien Brünn

Journaliste. Ancien correspondant de TF1 en Israël


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2 Comments

  1. Enfin , merci pour cette clarté. Un terroriste exécuté, c est un guerrier assassin de moins. Une occasion de moins pour le prochain terroriste de prendre des otages pour libérer le précédent. Cessons de philosopher pour revenir aux fondamentaux. Il s agit d une guerre

  2. J’ai toujours vu dans l’opposition à la peine de mort pour les pires criminels un héritage du christianisme. Des mauvais côtés du christianisme, plus exactement. Les discours abolitionnistes de Victor Hugo, Albert Camus (*) et Robert Badinter ont la profondeur de cours de catéchisme pour enfants. Bisounours à l’extrême : tout le monde il est beau il est gentil, on ira tous au paradis et vous n’aurez pas ma haine. Mais ces niaiseries se heurtent tôt ou tard à la réalité : l’enfer est pavé de bons sentiments.

    (*) qu’autrement j’admire

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