Il est trop tard. Par Sarah Cattan

Il est donc bien tard.

À force de n’avoir pas voulu nommer la fièvre, nous voici sommés d’organiser la quarantaine, aujourd’hui où on découvre, avec une gravité tardive, que certaines villes ont basculé, que des territoires entiers échappent à l’esprit commun, que le logiciel républicain, patiemment vidé de sa substance, produit désormais ses propres sécessions.

Et que propose-t-on ? Un observatoire, nous rapporte LCP. Bruno Retailleau veut en effet « surveiller » les maires La France insoumise, recenser leurs mots, scruter leurs pratiques, documenter leurs dérives. Bref : regarder, enfin. Regarder ce que tout le monde voyait déjà et que nos dirigeants et nos media refusaient obstinément de voir.

Il y a dans cette initiative quelque chose d’éminemment indécent, non pas parce qu’elle serait injustifiée, mais parce qu’elle arrive après tout.

Car enfin : qui a laissé faire ? Qui a toléré, pendant des années, que le discours communautariste s’installe dans le langage public ? Qui a fermé les yeux lorsque la violence devenait rhétorique politique ?
Qui a relativisé, excusé, théorisé ce qui aujourd’hui est soudain qualifié de « séditieux » ?

À qui faudra-t-il redire que e problème n’est pas que l’on surveille aujourd’hui, mais bien ce que l’on n’a pas su, pu, voulu empêcher hier.

Gouverner, disait-on, c’est prévoir. Mais en France, gouverner consiste désormais à constater puis à commenter.

On découvre que certaines municipalités pourraient devenir des laboratoires idéologiques, on s’étonne que des élus portent une vision du monde fondée sur le conflit des appartenances, on feint de découvrir que la République n’est plus, pour certains, qu’un cadre à subvertir.

Mais cela fait des années que tout cela est là. Simplement, cela ne dérangeait pas assez. Ou, plus exactement, cela dérangeait, mais pas au bon endroit.

Ce qui s’est installé, ce n’est pas seulement une dérive politique, c’est une lâcheté collective, préférant éviter le conflit plutôt que d’affronter le réel, privilégiant l’équilibre des alliances à la clarté des principes, allant jusqu’à diaboliser ses adversaires plutôt que nommer ses dangers.

Aujourd’hui, ceux-là créent un Observatoire. Comme si l’on pouvait réparer par la surveillance ce que l’on a laissé pourrir par faiblesse, alors que le problème n’est pas seulement ce que feront ces maires, mais ce que nous avons cessé d’être : une nation qui n’ose plus affirmer ses principes finit toujours par devoir surveiller ses marges et une République qui ne se défend plus devient une mosaïque de territoires perdus à jamais.

Ainsi, pendant qu’ils installeront des Observatoires, le pays, lui, continuera de se fragmenter. Irréversiblement.

Il est bien tard. J’ignore s’ils ont gagné, mais nous avons perdu.

© Sarah Cattan

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8 Comments

  1. Terrible constat, d’une justesse qui lausse mal augurer de l’avenir. Il était impossible, même avec des « français de souche » de faire la moindre observation sans se voir répliquer d’un ton péremptoire : « padamalgam » ! ou « il ne faut pas faire de vagues ! » Les ecrivains lanceurs d’alerte étaient honnis, mis à l’index. Mais les Cassandre ne tirent aucune satisfaction d’avoir eu raison trop tôt…

  2. Quelle différence de fond faites vous entre LFI et la Macronie ? La France islamonazie, tout s’est joué en 2017 ou au plus tard en 2022. Maintenant les Français qui ne sont pas des collabos ou atteints du syndrome de Stockolm ont le choix entre la valise ou le cercueil. Mais partir est souvent matériellement impossible, alors ceux qui restent doivent se préparer à vivre un scénario aussi abominable que le fut l’occupation de 1940-44, mais sans bout du tunnel et sans espoir de libération. Idem dans nos pays voisins, évidemment.

  3. Effectivement il est trop tard ! 24 ans après la parution des Territoires perdus de la République, il est désormais vraiment trop tard pour « observer » les conséquences de la lâcheté du padamalgame, du pseudo vivre ensemble, etc.
    Tout est sous yeux depuis très longtemps, car comme le disait Péguy, «Il faut toujours dire ce que l’on voit. Surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit.»

  4. Constat implacable, chère Sarah, et triste à la fois ; triste pour l’idée magnifique que l’on nous apprenait encore, tout petit, qu’était cette promesse républicaine, triste pour les décombres que nous laisserons à nos enfants et petits enfants, mais triste aussi de voir que ce constat n’est malheureusement pas encore partagé par beaucoup de gens ; il suffit de lire le résultat des élections dans les grandes villes pour voir…

  5. Comme ça fait plaisir de lire des commentaires réalistes sur la situation de la « Francislamique »…
    J’ai du quitter ce pays il y a 11 ans, car il devenait méconnaissable.
    Maintenant, il m’est très difficile d’y remettre les pieds, et d’y constater le changement flagrant de population.
    C’est terrible pour les expatriés de vivre ce sentiment, de voir notre pays disparaitre, mourir…

    • @Chris C’est encore plus terrible pour ceux, et ils sont nombreux, qui souhaiteraient partir mais sont obligés de rester vivre dans ce cauchemar hexagonal.

  6. Je témoigne que l’Education nationale n’a pas fait son travail de deconstruction des stéréotypes antisémites à l’école, au collège et au lycée. Quand nous avons mis en œuvre l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque pour les enseignants du premier degré après le 11 septembre 2001, sur recommandation de Jack Lang, alors ministre de l’Education, les instits en formation continue que j’ai eu devant moi pour la formation sur le judaïsme m’ont demandé, à la première séance : « Madame, est-ce que tout ce qu’on dit sur les Juifs est vrai ou non? » J’ai répondu : « D’accord je vais vous faire un polycopié sur la deconstruction des stéréotypes antisémites. » Ils l’ont eu le lendemain et la formation s’est remarquablement déroulée. Mais en règle général sur ce sujet c’est le vide total et la nature – y compris humaine – a horreur du vide …

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