
01 h 00.
La nuit était compacte.
Une nuit sans contour.
Puis la sirène.
Une déchirure dans le velours noir.
On descend.
Sans parler.
Le sol est froid sous les pieds nus.
Le miklat nous avale comme une bouche de béton.
Les enfants portent encore leurs rêves dans les yeux.
Retour.
Le lit est tiède mais le cœur ne l’est plus.
**
01 h 47.
La seconde sirène ne surprend plus.
Elle confirme.
Cette fois, personne ne cherche la dignité.
On descend tels quels.
Pyjamas froissés.
Cheveux en bataille.
Couvertures nouées comme des capes antiques.
Et soudain, dans cette cave éclairée au néon,
une phrase flotte :
« Ça y est…
On dirait que c’est Pourim. »
Un rire étouffé.
Presque coupable.
Mais nécessaire.
Parce que oui —
regardez-nous.
Un peuple en pantoufles.
Des reines en robe de chambre.
Des héros en short à carreaux.
Le carnaval a devancé la fête.
Le déguisement, cette année,
c’est la fragilité.
Pourim n’est pas un masque posé sur la peur.
C’est la peur elle-même
qui devient masque.
On remonte.
La rue est silencieuse.
Les étoiles semblent plus proches,
comme si elles aussi s’étaient penchées pour écouter.
Tout le monde ressort en tenue de sommeil.
Et personne ne dort vraiment.
Mais on est là.
Ensemble.
Vulnérables et debout.
Et peut-être que le miracle n’est pas l’absence de menace.
Peut-être que le miracle
c’est cette capacité étrange
à transformer une nuit d’alerte
en esquisse de carnaval.
© Paul Germon

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