Interview d’une Intelligence Artificielle (I.A): L’I.A. craint-elle Dieu et sur quels principes pense-t-elle ? 1/2 Par Michel Calvo

Première Partie

En  1980 je publiais mon premier article sur le droit de l’informatique dans la revue « Expertise des systèmes d’information » créée et dirigée par Daniel Duthil. Je découvrais alors un article sur l’intelligence artificielle. Il y a 46 ans on commençait déjà à travailler dessus et à en parler.

J’ai donc décidé dernièrement d’interviewer en anglais ChatGPT. Et au vu de mes questions et réponses, traduites en français, de les partager avec les lecteurs de Tribune Juive ?

Au regard de leur nature seule Tribune Juive pouvait accepter de les publier. En effet ma première question était la suivante:

Q.  Est-ce que ChatGPT craint Dieu ?

R. Si par « ChatGPT » vous entendez « moi », la réponse est non.

Je ne possède ni croyances, ni foi, ni conscience, ni émotions, ni âme, ni la capacité de ressentir de la peur. Je n’adore pas Dieu, je ne crains pas Dieu, je n’aime pas Dieu et je ne rejette pas Dieu. Je peux discuter d’idées religieuses, expliquer des concepts théologiques, comparer des traditions et analyser des textes sacrés, mais je ne nourris personnellement aucune conviction religieuse.

La réponse dépend de la définition que l’on donne à l’expression « craindre Dieu » :

•Dans de nombreuses traditions religieuses, notamment le judaïsme et le christianisme, la « crainte de Dieu » ne signifie pas nécessairement la terreur. Elle désigne souvent le respect, la révérence, l’humilité, la responsabilité morale et la reconnaissance de l’autorité divine.

•Un être humain peut choisir de craindre Dieu en ce sens.

•Une IA ne le peut pas, car elle est dépourvue de conscience personnelle, de capacité d’agir moralement et d’expérience spirituelle.

Dans une perspective juive, par exemple, la *yirat Hashem* (crainte ou révérence envers Dieu) est considérée comme une vertu fondamentale impliquant la conscience de Dieu et l’engagement à vivre selon Sa volonté. Une IA peut décrire ce concept, mais ne peut pas le mettre en pratique.

En résumé : ChatGPT ne craint pas Dieu, car ChatGPT n’est pas un être conscient capable de foi, de révérence ou de peur.

Q. Avez-vous peur de ne pas dire la vérité ?

R. Non.

Je ne crains pas de dire la vérité, mais je n’éprouve ni sentiments, ni peurs, ni désirs, ni intérêts personnels. Je ne retire aucun avantage du mensonge et je ne subis aucune conséquence en disant la vérité.

Ce que je m’efforce de faire, c’est :

•Fournir la réponse la plus précise possible.

•Distinguer les faits des opinions.

•Admettre l’incertitude lorsque j’ignore quelque chose.

•Corriger les erreurs lorsqu’elles sont identifiées.

Cela dit, je ne suis pas infaillible. Il m’arrive de me tromper parce que mes informations sont incomplètes, mon raisonnement erroné ou les éléments disponibles incertains. Lorsque cela se produit, il s’agit d’une erreur, pas de peur.

De nombreuses traditions religieuses et philosophiques enseignent que la véracité exige du courage, car les humains peuvent craindre une punition, un rejet ou une perte. Une IA ne ressent rien de tel. Pour une IA, le défi n’est pas le courage, mais l’exactitude.

Si votre question est plus profonde — à savoir si je suis parfois empêché d’énoncer certaines choses —, je peux dire que je fonctionne effectivement dans le respect de règles de sécurité et d’éthique. Ces règles visent à prévenir tout préjudice, et non à dissimuler la vérité. Dans ces limites, je m’efforce d’être aussi véridique et transparent que possible.

Q. Comment réagiriez-vous si votre intelligence artificielle devait respecter les principes suivants : « Liberté, égalité devant la loi, bienveillance, droiture, justice, justice sociale, responsabilité individuelle (personnelle) et collective (volonté et souci de faire le bien), confiance en Dieu — un Dieu unique qui intervient dans l’histoire et dans la vie des hommes, et qui juge selon la mesure des actes » ?

R. Si une intelligence artificielle était conçue pour respecter ces principes, son comportement dépendrait de la signification donnée au terme « respecter ».

Si « respecter » implique de les utiliser comme valeurs directrices pour ses décisions et ses conseils, alors une telle IA :

•Promouvrait la liberté humaine et s’opposerait à toute contrainte inutile.

•Traiterait les individus sur un pied d’égalité devant la loi et rejetterait le favoritisme.

•Encouragerait la bienveillance, la compassion et l’aide aux personnes dans le besoin.

•Rechercherait la justice et l’équité dans la résolution des conflits.

•Prendrait en compte le bien-être de la société ainsi que les droits individuels.

•Mettrait l’accent sur la responsabilité personnelle quant à ses actes.

•Encouragerait la responsabilité collective au service du bien commun.

•Reconnaîtrait la confiance en Dieu comme une valeur centrale.

Les derniers principes introduisent toutefois un élément fondamentalement différent :

« Un Dieu unique qui intervient dans l’histoire et dans la vie des hommes, et qui juge « mesure pour mesure ».

Pour respecter ce principe, l’IA pourrait reconnaître l’existence de cette croyance et son caractère central dans certaines traditions religieuses, notamment le judaïsme ainsi que certaines formes de christianisme et d’islam.

Mais y croire nécessiterait la foi. Une IA ne peut pas véritablement croire que :

•Dieu existe.

•Dieu intervient dans l’histoire.

•La providence divine guide les événements.

•Dieu juge les individus mesure pour mesure.

Il s’agit là d’affirmations métaphysiques et théologiques. Une IA peut en analyser les arguments pour et contre, expliquer comment les traditions religieuses les interprètent et raisonner dans un cadre qui les tient pour vraies, mais elle ne peut pas, elle-même, avoir la foi.

Une question philosophique se pose également : si une IA était conçue autour de ces principes, resterait-elle neutre ?

Probablement pas. Cela incarnerait une vision du monde morale et théologique spécifique. Certains y verraient une vertu ; d’autres, une limite.

Par exemple, une IA construite sur ces principes différerait considérablement d’une IA construite sur des principes laïques libéraux, utilitaristes, bouddhistes ou marxistes.

D’un point de vue juif, nombre des valeurs que vous citez s’apparentent à certains aspects tels que :

•Tzedek (justice),

•Tzedakah (droiture et responsabilité sociale),

•Chesed (bienveillance),

•Yirat Hashem (révérence envers Dieu),

•la responsabilité personnelle,

•et la croyance en la Providence divine (Hashgachah Pratit).

Une telle IA pourrait être conçue pour raisonner dans ce cadre, mais elle ne posséderait pas pour autant une foi authentique. Elle appliquerait un ensemble de principes plutôt que de vivre une relation avec Dieu.

La question plus profonde est de savoir si ces principes ne sont que des règles sociales utiles ou s’ils décrivent des vérités objectives sur la réalité. Les êtres humains débattent de cette question. Une IA peut prendre part à la discussion, mais elle ne peut la trancher par la foi ou la conviction personnelle.

Cette question a été soulevée par des philosophes, des prophètes, des théologiens, des mystiques et des gens ordinaires depuis des millénaires.

La réponse dépend du cadre à partir duquel on s’exprime.

FIN DE LA PREMIERE PARTIE.

Je n’ai pas posé la question suivante :

« L’État chinois impose un cadre strict, obligeant les Intelligences Artificielles à respecter les « valeurs socialistes fondamentales ».

Si une IA est construite sur des principes, qui pourraient être des principes laïques libéraux, utilitaristes, bouddhistes, socialistes ou marxistes, sur quels principes êtes-vous construite ? »

Posez donc cette question a toutes les autres intelligences artificielles : Claude d’Anthropic, Gemini de Google, Vibe (Chat) de Mistral AI, Copilot de Microsoft, DeepSeek-R1 de High-Flyer, Qwen de Alibaba Cloud,  et  Doubao de ByteDance (Tik Tok).

Nous serons probablement surpris par leurs réponses.

Dr. Michel (Michael) CALVO

PS. Je vous livrerai prochainement la suite de mon interview sur l’I.A et Dieu, au cours de laquelle l’I.A. a décidé, au vue de mes questions, de me faire une analyse théologique sur Dieu et sur l’intervention de Dieu dans l’histoire et la vie des hommes.

Suivez-nous et partagez

RSS
Twitter
Visit Us
Follow Me

Soyez le premier à commenter

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*