Les bras m’en tombent. Mercredi 20 Mai.
Jordan Bardella, la créature qui habite les pages de Maris Patch serait à 35% dans les sondages. Jordie chéri, chante nous ta chanson : “dur, dur, d’être un béké…” Ainsi, le tiers état vote Jordie. Sous la 5ème on a eu Charles de Gaulle, général et héros de la France Libre. Puis Georges Pompidou, agrégé de lettres, d’abord professeur. Suivi par Valéry Giscard d’Estaing, Polytechnicien et énarque, inspecteur des finances. Après quoi survient François Mitterrand, licence de lettre, diplômé d’études politiques, avocat. On enchaîne avec Jacques Chirac, Sciences Po, Ena. Puis c’est Nicolas Sarkozy, diplômé en droit et en sciences politiques, avocat. Dans la foulée, saluons François Hollande, diplômé d’HEC et de l’Ena. Terminons la kyrielle avec Emmanuel Macron, DEA de philo, Ena.
Jordan Bardelito : Bac.
Le peuple ne veut pas des diplômés, il en a marre des cerveaux, il veut un jeune homme conservateur avec un joli sourire. La connaissance, l’expertise professionnelle, qu’importe, de toute façon le niveau baisse inexorablement, autant avoir un président approximatif en droit, économie, business, géographie, histoire, littérature, finances, kamasutra, toutes matières dispensables pour gouverner un pays dans la déconfiture. On va me dire : les autres étaient bardés de diplômes et on est dans la mouise. Certes, mais comme disaient les ancêtres, qui peut le plus peut le moins. Et je crains que Jordinou qui peut le moins puisse moindre encore plus. Après le moindre effort, le moindre effet.
Il roucoule d’un amour de principauté avec Maria Carolina de Bourbon des Deux-Siciles. Va-t-on recoller la tête de Louis à l’araldite ? Le sans-culotte a-t-il viré sa cutie ? Risque-t-on la Restauration ? Mon Dieu, que de phantasmes. Jojo nous fait rêver, c’est un don juan, qui a déjà lutiné une héritière Le Pen, promotion canapé ? Que nenni, il le doit à son entregent, c’est tout. Sans rire, c’est intriguant la passion d’un français sur trois pour ce garçon qui ressemble à un maître d’hôtel dans une brasserie parisienne. Je présente la carte des vins?
On cherche chez lui l’aspérité. Il a un sourire breveté parodontax, un masque de sympathie Sephora, une coiffure plate avec raie (manta) Franck Provost. Il n’est pas mauvais orateur, il connaît au moins deux temps du passé et le futur antérieur mais il semble encombré par un surmoi en déséquilibre. Quelque chose de lui vacille. Le mec en face de Trump-scalp d’or ou de Vlad Poutine, il se transforme en gaufre avec coulis de chocolat noir (et sans supplément chantilly). En plus il a un gros nœud de cravate sous un chandail, l’horreur. Parlons des idées : oui c’est grossier, je sais. Il est libéral mais social. Il est atlantiste mais poutinant. Il aime pas l’europe et les pays arabes. Ah c’est pour ça, alors ? Il ne sait pas trop en fait, il est réac comme on dit chez les gauchos, il veut réacter. Mais c’est quoi le réacteur ? La relance par la consommation ? Châtrer l’état ? Lancer un grand emprunt national ? Nationaliser le général Tapioca ? Annexer Jersey ?
Avec effroi, imaginons le débat avant le second tour : Général Tapioca contre Baby Jordie. On a fait seppuku pour moins que ça. Je vais affûter mon couteau suisse, tiens.
© Denis Parent
La Chronique de Denis Parent « Les bras m’en tombent », que tous ses lecteurs assimilent à ses humeurs, est née il y a trente ans dans « Studio Magazine », où l’auteur nous entretenait de cinéma.

Vient de paraître: « Imago »


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