J’ai lu hier le texte d’une femme qui relatait sa propre vieillesse et une peau que son miroir lui renvoyait fripée ainsi que la nécessité de « consentir » à accepter les transformations du temps. Ce qu’elle suggérait.
Aux premiers mots du texte, j’ai été émue par le courage de sa révélation, mais aussi troublée par une forme d’impudeur et d’autoritarisme, qui prenant le monde à témoin tendait à démontrer sa lucidité et son acceptation face aux ravages du temps, inéluctables.
Difficile en effet d’accepter les changements insidieux qui chaque jour transforment les peaux tendres et délicates en un ruissellement de plis, et sa façon de résister pour elle-même était éminemment respectable, mais était-ce réellement courageux et quel intérêt à prendre le monde à témoin de son acceptation personnelle en ironisant sur les « Barbie de 85 ans » qui persistaient à défiler sur les podiums ?
« Ces vieilles peaux rafistolées qu’elle voit poser encore et encore sur les images des réseaux sociaux ».
Dire en préambule sa pensée attristée pour ces femmes que ses mots stigmatisaient aussi méchamment, ne réduisait pas la stigmatisation, ne la rendait pas moins cruelle.
Sous l’ordonnancement de ses mots, pointait un diktat arbitraire sur la liberté d’être ou pas, un déficit de compassion pour les femmes fragiles face aux adversités, mais aussi un manque de reconnaissance des femmes qui en conscience de ce qu’elles sont, choisissent de ne rien abandonner de leur vie jusqu’à ce que celle-ci s’éteigne.
Jane Fonda qu’on entrevoyait dans les mots à charge, paraît être de ces femmes qui choisissent leur vie, idem pour Demi Moore, Sharon Stone, Jacqueline Bisset et tant d’autres qui nous ont fait rêver, pleurer et rire, et même si elles ne le sont pas, que la peur de vieillir les taraude, j’ai tant d’émotion et de tendresse à les voir déambuler sur les podiums, maquillées et coiffées, habillées pour plaire, pour nous plaire à nous à qui elles ont tant apporté, qu’en les regardant debout affronter les regards d’un monde acéré, je ne discerne en elles que du courage et de la résistance, de la volonté de vivre tout et encore et jusqu’au bout.
Jane Fonda restera à jamais Barbarella et Sharon Stone demeurera la sulfureuse tueuse de Basic Instinct qui croisait et décroisait ses jambes pour montrer sa culotte à un policier trop curieux. Pour notre bonheur à tous. Ou presque.
Le reste, les diktats, les conventions et le convenu autour de la beauté permise ou pas, c’est au mieux, de la poudre de perlimpinpin et au pire une forme d’envie, de frustration, de jalousie d’une société qui voudrait, mais n’ose pas.
© Louise Gaggini
Ecrivain, journaliste, mais aussi sculpteur et peintre, pianiste, bref une « artiste plurielle ». Diplômée de lettres, d’Histoire de l’Art et de Conservatoire de musique. Auteur de nombreux dossiers pour la presse et la télévision, dont certains ont été traduits par l’Unesco, des organismes humanitaires et des institutions étrangères à des fins d’éducation et de prévention et d’autres furent diffusés par l’EN, Louise Gaggini est l’auteure d’essais et de romans dont La résultante ou Claire d’Algérie et d’un livre d’art pour l’UNICEF: Les enfants sont la mémoire des hommes. Elle est aussi l’auteure d’essais de société, et expose régulièrement, récemment à New York.
elle a publié son premier roman pour littérature jeunesse en 2001, et son premier roman pour adultes en 2004.
Où la trouver :
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