Michèle Chabelski. Souvenirs, Souvenirs ( XXI)

Bon

 Dimanche

   Résumé des épisodes précédents

     Michel et Paul avancent sur un chemin conjugal accidenté…

    Paul travaille d’arrache-pied pour mettre en accord ses rêves et une réalité parfois rétive.

   Réunions, voyages, les affaires le conduisent loin du nid conjugal et même parfois si loin qu’il en oublie l’itinéraire de retour.

    Retards, absences injustifiées, sa chance c’est que le portable est encore le fantasme d’un savant fou, il n’est donc pas localisable.

   Et quand s’éloigne l’alibi un peu râpé du voyage d’affaires, il crée les conditions idéales d’une dispute, j’en ai marre de tes reproches injustifiés, t’es jamais contente, la porte claque, il est parti.

   Le conjugo se porte houleux.

    Il revient, souriant, parfois, porté par le vent des succès professionnels, contrats juteux arrachés de haute lutte, et des gains de jeu, fatigué mais heureux…

    La suite

      Une femme amoureuse est heureuse du bonheur de l’autre.

   D’autant qu’il est généreux, d’une prodigalité anarchique propre à épater la galerie…

   Il te manque quelque chose ?

   Non. Rien.

    Enfin, si.

     L’amour calme, serein, confiant…

    Mais quand il rentre renfrogné et revêche, qu’il me cherche noise ou me fuit et que mes grondements lui irritent les oreilles, je me vois dans ses yeux comme une insupportable harpie …

   Mes cris finissent par me lasser moi- même…

Même s’ils alternent avec des rires pailletés…


   Je me convoque pour une sévère introspection.

    Je me rends au rendez-vous imposé en traînant les pieds.

  Que vais-je me dire ?

  Que vais-je me répondre ?

    Question :

       As-tu envie de le quitter ?

    Réponse :

      Euh… non. Quelquefois seulement …

  Question :

   Es-tu heureuse avec lui ?

   Euh … je pourrais l’être.

  Question :

   As-tu envie d’avoir des enfants avec lui ?

  Réponse :

   Oui.

   Question :

    L’aimes-tu assez pour faire des efforts et brider une inutile colère quand se profilent de délicieux espoirs de réconciliation ?

   Réponse :

    Oui.


  Diagnostic :

    Alors une tentative de vie commune apaisée paraît une solution réfléchie, quand l’amour est encore au rendez-vous, et que si on série les solutions par ordre d’urgence, la séparation se traîne en queue de cortège…

   Donc plus de jérémiades qui reviennent en boomerang, de soupirs d’exaspération, de questionnements intempestifs… une attitude toute sucrée de geisha, la théière à la main…

    Un vrai boulot d’art lyrique…

   Et…

    Un petit garçon chez toi, mon fils !

 Comme dit sa mère…

    J’espère que ce sera une fille.

  Pour la faire ch…

   Je me tape dans la main, et me quitte, satisfaite de cette sage décision…

  Qui m’évite les regards douloureusement empathiques des copains, et incrédules de ma mère qui verrait réapparaître le spectre de la vieille fille squattant le foyer familial, enfin en l’occurrence de la fille divorcée, c’est encore pire, nan ?

    Bien sûr, plier l’échine, faire le gros dos, museler les cris de rage, laisser les questions indiscrètes sécher sur ses lèvres closes, sourire, encore et encore, partager les succès dans une allégresse commune, apaiser les doutes, tonifier les flottements, compenser les déconvenues, glorifier l’ego, enfin un boulot d’épouse, quoi…

  Pardon ?

  Vous dites ?

     De mère plutôt ?

   Dans un auto apprentissage qui requiert détermination, discipline, effort quotidien, comme celui d’une danseuse qui n’interrompt jamais l’entraînement de peur d’un claquage…

   Et en face que trouve-t-on ?

    Un garçon fantasque, imprévisible, bosseur et joueur dans une galopade chronophage, mais heureux du silence qui laque maintenant ses approximations…

   Une sorte de maternage mâtiné des effets secondaires d’un conjugo assez classique…

   Mais…

    Un petit garçon chez toi, mon fils !!

   Répète inlassablement belle-maman le chabbat en regardant d’un œil critique mon ventre plat…

  Ben chez moi, ce sera un chien, plutôt…

   Elle flaire la pique, son œil bleu vire au marine, elle guette la réponse du fiston qui n’a pas le goût des arbitrages compliqués, et file chercher le couscous à la cuisine…

    Mais il pose sa main tiède sur la mienne, elle hume l’odeur de la réconciliation et tangue entre soulagement et jalousie…

   Ce sera provisoirement le soulagement…

    Mes parents flirtent aussi avec l’optimisme, bien que le regard de Papa se pose parfois sur moi interrogateur, sondant cette paix inespérée…

   Eh ! Papa ! C’est du boulot !

   Mais échange de bons procédés, ce mari a été biberonné aux secrets d’une bonne négociation où aucune partie ne doit se sentir lésée…

   Dîners, vie sociale joyeuse, une ombre de complicité – pas plus, hein- et ce couvercle posé un peu de guingois sur un bouillonnement maintes fois écumé qui tiendra …

   Ben qui tiendra…

     Entre temps j’ai changé de boulot, je vends des fringues sur la Rive Gauche, cette activité est supposée me faire oublier ce qui est avouons-le, devenu une déception mensuelle récurrente, un beau petit garçon chez toi mon fils !!

Je partagerais bien finalement ce petit garçon avec lui….

    Comme je me tiens tranquille en pratiquant de réguliers assouplissements à la barre de la diplomatie conjugale, il m’intègre un peu à sa vie professionnelle pour cause d’anglais fluide, et je me tape d’inutiles pensums comme apprendre le nom des principaux dirigeants de pays issus de l’ancienne URSS…

 Ce que personne ne me demandera…

   Et heureusement, car à l’heure du dîner, je les aurai presque tous oubliés…

   Un beau petit garçon…

     Je l’ai déjà dit, non ?

    Vous voulez savoir …

      Peut-être pas au fond…

         Si ????

    Que cette journée signe un repos dominical mérité pour ceux qui ont piétiné hier devant des boutiques qui comptaient les clients dans un souci de barrière sanitaire…

    Je vous embrasse

© Michèle Chabelski

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