« La Bataille de Gaulle », en rappelant l’histoire, parle d’un présent où de pseudo-héritiers se revendiquent de la France libre tout en capitulant devant les tyrannies contemporaines. L’avenir s’écrit avec le courage des héros, non avec le cri des meutes. Juste essentiel !

Le premier volet du diptyque « La Bataille de Gaulle », intitulé « L’Âge de fer », nous plonge dans les pages les plus sombres de l’histoire française : celle de la défaite, de la capitulation et de la collaboration. Au cœur de la débâcle, une idée surgit : Vichy n’est pas la France. La France n’a pas capitulé, elle continue à se battre. Un homme, le général de Gaulle, incarne d’abord seul cette flamme avant de rassembler des Français de toutes origines et de toutes convictions. Porté par une interprétation remarquable et une mise en scène ambitieuse, le film renoue avec la tradition du grand récit épique et nous invite dans les coulisses de l’Histoire. Mais au-delà, il agit comme un miroir troublant de notre présent. Un film salutaire.

Un blockbuster historique sans les écueils du genre
Le long métrage d’Antonin Baudry tient toutes ses promesses et évite la simplification excessive. S’y côtoient, la grande et la petite histoire, les scènes spectaculaires et l’intimité d’une immense solitude. Si des adaptations ont été opérées pour les besoins de la continuité dramatique, elles n’altèrent jamais la compréhension globale ni les enjeux. Rien n’est manichéen, rien n’est forcé. La complexité de la situation est magistralement restituée par un montage habile qui jongle avec les différents fronts militaires, les décisions politiques en intégrant avec fluidité des images d’archives.
Le jeu d’acteur est superlatif. Simon Abkarian n’incarne pas le général : il est de Gaulle, jusque dans ce phrasé et cette gestuelle si familiers à ceux qui ont en mémoire ses conférences de presse. Ce que certains pourraient prendre, à tort, pour de la théâtralité n’est que la restitution talentueuse d’une réalité historique. Les confrontations avec le Churchill de Simon Russell Beale sont impressionnantes de crédibilité. On saluera tout autant le reste de la distribution, remarquable malgré la brièveté de certaines apparitions : Benoit Magimel en Koenig, Mathieu Kassovitz en Darlan ou Florian Lesieur en jeune résistant. Deux heures quarante où l’on ne s’ennuie pas un instant.
La fabrique de l’homme et de l’histoire
Le film n’occulte pas le côté « fabrique de l’histoire » et ses nécessités pragmatiques : la recherche d’un symbole unificateur avec la Croix de Lorraine, la réappropriation territoriale via l’Afrique, et la constitution d’une force armée souveraine indispensable à la résurrection nationale – ce sera Bir Hakeim.
De même, de Gaulle ne s’est pas fait en un jour : on assiste, par petites touches, à la construction progressive du personnage historique, façonné par les épreuves, les échecs mais également ses intuitions décisives et l’absolue conviction qu’il n’existait aucune autre voie possible.
Un miroir troublant de l’actualité
Le plus saisissant réside dans les similitudes avec notre actualité. L’ordre et le droit international que l’on dit aujourd’hui bafoués, l’étaient plus encore hier. Les Etats demeurent ces « monstres froids » mus davantage par leurs intérêts immédiats que par les principes moraux. Le film montre des dirigeants gouvernés par la peur, incapables de combattre, prônant l’apaisement, face à des tyrans toujours plus avides, à mesure qu’on leur cède.
On y redécouvre également que l’Amérique de Roosevelt et Eisenhower n’est pas si éloignée de celle de Donald Trump, avec sa réticence à intervenir malgré le chaos du monde et son approche purement transactionnelle – préférant soutenir le Vichyste Darlan plutôt qu’un de Gaulle indomptable, pour un gain supposé à court terme. Mais c’est précisément « la passion » insufflée par de Gaulle à ses troupes qui a permis à la France de ne pas figurer dans le camp des vaincus.
Le détournement idéologique de la mémoire
« La victoire a cent pères, mais la défaite est orpheline », dit l’adage. Désormais, ils sont légions à se réclamer d’une filiation avec le général de Gaulle ou à se rêver en réincarnation de Jean Moulin, y compris aux deux extrêmes de l’échiquier politique. Cette inflation mémorielle traduit une confusion profonde entre posture et engagement.
Le film rappelle avec acuité que résister ne se limite pas à plaquer des cibles dans le dos de ses contradicteurs, à attaquer en meute ou à affecter une posture de « rebelle » avec des posts assassins sur les réseaux sociaux. La résistance fut d’abord une exigence éthique : défendre des valeurs – celles de la Liberté, de l’Egalité et de la Fraternité qui fondent notre République – et accepter d’en payer le prix, parfois ultime.
Une dette imprescriptible
Enfin, « La Bataille de Gaulle » agit comme un rappel. Rien de ce que nous considérons aujourd’hui comme acquis n’aurait été possible sans ces myriades de héros, le plus souvent anonymes qui, au prix de sacrifices immenses, ont cru en cette idée qu’est la France.
Cette mémoire n’est pas abstraite. Elle est aussi personnelle. Je pense ainsi à mon grand-père maternel et à ses enfants qui ont rejoint la résistance (FTP-MOI : Francs-Tireurs et Partisans – Main d’Œuvre Immigrée), le maquis de la Montagne Noire, puis la 2ème DB (Division Blindée) avec Leclerc, ou encore à l’oncle qui se trouvait à Londres…
Ils nous ont légué un monde imparfait mais libre. Dès lors, la question essentielle que pose le film est sans détour : que faisons-nous de cet héritage ?
La réponse est sans appel : nous ne pouvons aujourd’hui le dilapider – par indifférence, par calcul ou par renoncement – là où d’autres ont tout risqué !
Cette œuvre rappelle une vérité trop souvent oubliée : l’avenir appartient au courage des consciences, non au vacarme des meutes !
L’avenir appartient au courage des consciences, non au vacarme des meutes !

J’ai vu le film et je trouve que le De Gaulle campé par l’acteur st une caricature du chef de la France libre : gestes mécanisés et attitude théâtrale excessive. De Gaulle c’était aussi la gouaille et le geste ample !
Simon,
Pas certain qu’à cette époque là gouaille ait été la caractéristique principale du bien chef de kabFrance libre bien isolé…
De Gaulle n’a rien de différent de ce que l’on vit aujourd’hui ! Une hagiographie de plus pour faire oublier le De Gaulle antisemite( lettres à sa mère en 1919) , « fier de lui-même et dominateur », d’un ego surdimensionner, créateur du SAC et qui a mis au cœur de la République les pires acteurs de Vichy ( Couve de Murville) . Sans compter son antisémite à visage ouvert en 1967 !
De Gaulle symbole de l’arrogance et du fantasme français !
https://www.tribunejuive.info/2026/05/06/de-gaulle-le-droit-dinventaire-ou-la-fin-dune-imposture-par-richard-abitbol/?amp=1
Richard,
De Gaule est le produit de son époque et l’effacer au nom de certains choix revint à annuler Shakespear au nom de ce qui est dit dans le Marchand de Venise 🎭 à propos des juifs. Et pourtant on y trouve le plus beau plaidoyer sur l’hymne des juifs. Le de Gaulle d’après guerre ne gomme pas celui de 40 dont tous ceux épris de liberté sont redevables. Ne faites pas ce que vous reprochez aux autres, des amalgames et le canceling. Le droit à lacontradiction fait de nous des humains et la nuance fait de nous des des esprits éclairés
de gaulle grand absent mais
curieusement toujours présent
son esprit et ses réformes sont
partout présents parmi nous
que nous le voulions ou non il
est parmi nous
@ jeanninefrenk@gmail.com
De Gaulle comme chacun est le fruit de son éducation et de ses contradictions. Mais il a été le seul à incarner la France alors que les dirigeants livraient la France à l’occupant. Il reste donc une référence incontournable !
De Gaulle a un passif assez lourd, en réalité, et quand on regarde lucidement le bilan de son action après la Liberation, on se rend compte que sa légende de grand homme incarnant la « France éternelle » et la République tient largement de la fiction. Évidemment, si on le compare à ses successeurs, il en sort forcément grandi mais cette façon de le considérer sans voir ses zones d’ombre n’en reste pas moins biaisée.
Kinski Charles,
Sur la durée, peu de gens tiennent la distance (ce qui est relatif) ce qui n’est pas une raison pour ne pas leur rendre justice quand ils ont fait preuve de courage et de lucidité.
S’il n’avait pas été là à ce moment terrible de l’histoire, nous ne serions pas ici aujourd’hui pour pouvoir le critiquer.
Et à juste titre !
M.Sobol.
Votre récit sur le film « La Bataille De Gaulle » et votre ressenti me donne envie d’aller voir ce film. J’avais beaucoup apprécié Simon Abkarian dans « L’Armée du crime », un très bon film sur Missak Manouchian regroupant des résistants de toute origine. Simon Abkarian, un grand acteur, un sacré défi, interpréter De Gaulle. C’est une partie de l’histoire de France, que l’on aime ou pas De Gaulle, quel que soit nos origines ou nos opinions politiques, mais là n’est pas le sujet. J’apprécie votre objectivité. De Gaulle, c’était la fierté et la vision d’un pays. Je le cite : (source De Gaulle, livre Yves Gulna,1890-1970).
« Toute ma vie, je me suis fait une certaine idée de la France et de son Histoire sans éprouver d’affection envers les français ».
De Gaulle est un homme qui ne cède pas, surtout lorsqu’il s’agit de l’intérêt ou de la dignité de la France. Les Grands, alors qu’il est encore peu de choses durant la guerre, les Roosevelt, les Churchill ne le font jamais renoncer, s’il y va de l’honneur de notre pays. C’était surtout un élan rassembleur face à l’occupation allemande, à la lâcheté et la collaboration de Pétain. Ce sont surtout tous ces résistants, hommes et femmes qui se sont battus pour notre liberté, cet esprit de fraternité, des Justes ont sauvé des vies. Ne jamais transiger avec la souveraineté d’une puissance étrangère, l’Allemagne et les Etats-Unis. De Gaulle appelle Jean Moulin pour fédérer les divers mouvements de résistance. Evidemment, il y a eu des zones d’ombres, notamment avec Pétain mais Mitterrand également, la politique pro-arabe, l’abandon des harkis et des pieds-noirs, etc. En tant que fille d’une famille de pieds noirs italiens/maltais de Tunisie, l’arrivée en France n’a pas été facile. Mais nous avons de l’admiration pour cet homme qui n’a pas vendu la France aux allemands. Il ne faut aussi ne pas oublier que l’extrême droite de Jean Marie Le Pen détestait De Gaulle. Cette extrême droite qui a commandité des attentats contre lui (le lieutenant colonel Bastien Thiry, Armand belvisi (L’O.A.S.) Je suis entièrement d’accord avec votre conclusion, l’avenir appartient au courage des consciences, non au vacarme des meutes. C’est bien ce qui manque à notre époque, le courage transformé en résignation.
L’abandon des harkis et des pieds noirs, que de Gaulle a délibérément laissés se faire massacrer, est un crime inexpiable. Il s’est rendu comolice du massacre d’Oran qui fut un crime contre l’humanité comparable au 7 octobre 2023.
Le même de Gaulle qui avait offert l’asile politique au mufti de Jérusalem après la guerre puis a orienté la France vers une politique antisioniste et pro-islamiste.
Sans oublier ses lourdes responsabilités dans la guerre d’Indochine qu’il était possible d’éviter en 45, mais de Gaulle a mis des bâtons dans les roues aux négociations) et dans le désastre historique de l’UE.
Désolée de jouer les briseuses de mythes, mais le bilan de de gaulle après 1945 est absolument indéfendable. La classe dirigeante française n’a presque jamais cessé de collaborer avec l’ennemi, de trahir son pays et d’œuvrer partout pour le mal depuis mai 1940. Il m’a d’ailleurs fallu longtemps pour ouvrir les yeux, pour ne plus croire aux fables qu’on nous raconte à l’école.
Nathalie69,
Merci pour ce très intéressant commentaire. J’ai appris des choses et je vous en remercie.
Je souscrit à tout ce que vous dite. Il n’est pas besoin d’idéaliser un personnage historique ni de masquer ses faiblesses ou ses erreurs. Chaque individu est complexe et en ces temps troublés, il est très difficile de prendre une décision qui convienne à toutes et à tous. De Gaulle était comme chacun de nous le produit d’une éducation et d’une époque avec tout ce que cela implique.
Ma famille l’a suivi durant la guerre mais s’en est éloignée par la suite car plus sur la même ligne politique.
C’est ce luxe que nous avons et qu’il nous légué : la démocratie et la liberté !
Merci M.Sobol.
Même s’il y a plusieurs De Gaulle : le De Gaulle de 1940, celui de 1962 (pour les Juifs d’Algérie qui ont été trahis (référendum étendu à la France métropolitaine et pas seulement aux trois départements d’Algérie) et qui avaient tous bien compris sur la place du Forum d’Alger la promesse du Général), et évidemment le De Gaulle de 1967 dont la fameuse conférence de presse et l’embargo sur les armes achetées par Israël, qui ont durablement changé le paradigme des relations entre la France et l’Etat hébreu, il faut absolument voir le diptyque La Bataille de Gaulle.
Cela fait longtemps que je n’avais vu un film d’une telle qualité, film que l’on ne peut pas tout à fait regarder sans mettre en perspective les collabos d’hier (le et-en-même-temps de Darlan au début du régime de Vichy et son basculement vers le nazisme) avec les collabos d’aujourd’hui.
A noter aussi sur le terrain l’héroïsme du général Koenig à Bir-Hakeim (le film montre le kaddish lu pour l’enterrement d’un soldat, très probablement un des 400 volontaires de la Brigade Juive venue de Palestine mandataire pour se battre contre Rommel). Après la guerre, le général Koenig deviendra Président du comité Alliance France-Israël et ministre de la Défense sous la IVè République et sera directement le fer de lance de la coopération militaire forte entre la France et Israël.
Lire à ce propos le très beau de texte d’Olivier Ypsilantis : https://zakhor-online.com/un-grand-soldat-et-un-grand-ami-disrael-le-general-pierre-koenig/
En 1962, c’est l’ensemble des pieds noirs victimes d’un crime contre l’humanité qui ont été trahis par de Gaulle et l’Etat français. Existe-t-il beaucoup de pays dont le pouvoir est prêt à condamner des milliers de ses citoyens d’une manière aussi barbare ? C’est l’exception française !
Autrefois, j’ai naïvement cru à la fable républicaine. Mais la République est morte en mai 1940 et le régime de Vichy est au pouvoir depuis 86 ans.
Collabos un jour, collabos toujours.