Thierry Seveyrat. Mes amis juifs, frères et sœurs en humanité

Marc Chagall. L’Oiseau bleu. 1960.

Je ne rendrai pas publiques ici les images abjectes des carnavals d’#Alost en Belgique, ou de #CampoDeCriptana en Espagne, représentant avec les pires caricatures des années 1930 et 40 des personnes désignées comme juives.

On y voit des rabbins assis sur de l’or, aux nez crochus et aux grandes oreilles avec barbes et papillotes, des soldats israéliens représentés en cafards, des allusions à la finance internationale et à la supposée domination d’un lobby juif sur le monde, des cheminées de fours crématoires, des individus dansant déguisés en nazis et en prisonniers des camps de concentration.

C’est une infàmie. Aucune excuse en dérision n’existe : ce ne sont que des appels à la haine, des essentialisations qui réarment les ressorts éculés de la haine des juifs chrétienne et européenne. Nulle invention, nulle bienveillance, et d’ailleurs nul humour : exhibition morbide de nos vieux charognards.

Non qu’il faille minorer la prédominance en Europe du déterminisme islamiste dans la régénérescence antisémite : la disparition dans les écoles publiques des élèves juifs à partir du 11 septembre 2001, les 15 morts parce que juifs en France et en Belgique depuis janvier 2006, le ciblage spécifique du Bataclan le 13 novembre 2015 au motif de la confession prêtée à son propriétaire, le centrage symbolique désormais de Daesh contre Israël, la hausse de 74% en France en 2018 des atteintes aux biens et aux personnes juifs… s’appuie d’abord sur cette pulsion morbide de l’islamisme.

Ce qui n’en rend que plus inexcusable la manipulation ici à l’œuvre : bastion de l’extrême-droite nationaliste flamande (N-VA), le carnaval belge fait écho à celui d’Espagne, où la municipalité n’a pas trouvé meilleure excuse que de parler “d’hommage” aux victimes de la Shoah ; il s’agit de la mairie d’un Parti Populaire qui n’a jamais rompu avec le franquisme.

On assiste donc ici à la réactivation du vieil antisémitisme européen contre le peuple prétendu déïcide. C’est dire l’ordurerie de ces gens qui relèvent la tête, l’air de rien, au bénéfice des attaques islamistes contre les juifs, contempteurs jaloux de la lèpre islamiste, dont ils se font les alliés en totale connaissance de cause.

Dans l’érection de ce nouveau décor de la guerre qui vient, je m’associe ce soir à la fatigue, à la peine, au dégoût, à la colère et à la sidération de mes amis juifs, frères et sœurs en humanité dont Delphine Horvilleur indique qu’on leur a toujours reproché une chose et son contraire, que (c’est moi qui complète) les salauds ordinaires ont toujours su relier pour justifier de leur désir d’extermination.

Thierry Seveyrat

Suivez-nous et partagez

RSS
Facebook
Facebook
Twitter
Visit Us

2 Comments

  1. Hélas, je n’ai pas entendu beaucoup de condamnation de ces 2 “spectacles” immondes, voire à vomir.
    Où est l’UE et son chef antisémite Borell,
    Où est l’ONU si prête à condamner Israël dès que l’on arrache un brin d’herbe de Gaza.
    ROSA

  2. Concernant l’ONU, l’UNESCO n’a pas tardé de condamner ce carnaval et l’UNESCO est un organisme lié aux Nations Unies.
    Cette contribution contient plusieurs éléments qui sont factuellement pas corrects. D’abord un lien est suggéré entre le carnaval d’Alost et celui en Espagne là où un lien pareil n’existe pas.
    Deuxièmement la N-VA est une partie nationaliste flamande mais pas extrême-droite. Le président de la N-VA, Bart De Wever, a d’ailleurs appelé ces caricatures “grossier”: https://www.hln.be/nieuws/binnenland/bart-de-wever-over-joodse-karikaturen-aalst-carnaval-het-is-lomp-punt-andere-lijn~af7972a7/
    En plus, sur base des photos apparues dans la presse la description des chars contestés n’est pas correcte. Aucun individu ou groupe a été représentés en cafards. Un char a montré des juifs orthodoxes comme des fourmis (donc pas comme de la “vermine” comme on pourrait lire dans certains articles) et ça c’était basé sur un jeu de mot (pour le comprendre il faut avoir une connaissance avancée du néerlandais et du patois d’Alost), et un montrant des agents israéliens qui se battent justement contre les carnavalistes (référence à la critique reçue entre autre de la part du Ministre israélien Katz). Pour rendre cet article plus objectif, on aurait peut-être dû ajouter les photos.
    Pour finir il me semble illogique de lier le carnaval d’Alost avec des attentats sur des juifs qui ont eu lieu AVANT le carnaval de 2019 et de 2020 comme les attaques de janvier et de novembre 2015. Le carnaval d’Alost a également absolument rien à faire avec l’islamisme parce qu’un tel évènement avec de la musique, de la danse, de l’humour souvent grossier et de
    l’alcool pourra difficilement être considéré comme “halal” à mon avis.
    Le concept “incitation à la haine” est un concept qu’il ne fallait pas utiliser dans un état de droit. Qui va déterminer ce que c’est la “haine” et quand a l’incitation lieu? En plus, est-ce que tous les individus n’ont pas la responsabilité de choisir eux-mêmes comment ils agissent, même s’ils seraient “incités” à faire quelque chose? Il y a sans doute des gens qui diraient que les propos de Mila sont également de “l’incitation de la haine”. Ce genre de concepts vagues et subjectives qui peuvent être définis de façon subjective nuisent à la sécurité juridique des citoyens. “Nul poena sin lege”, pas de peine sans loi, mais qu’est-ce qu’interdit exactement avec l’interdiction de “l’incitation à la haine”?
    J’apprécie la considération de l’auteur pour “ses frères et sœurs en humanité”, j’espère qu’il est capable d’étendre cette considération aux humains qui basent leur opinion moins sur le sentiment et le subjectif mais sur une analyse objective et intellectuel… On a le droit d’être plus militant qu’intellectuel mais il faut rester factuellement correct.

Poster un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*