Radu Portocala. “L’affaire Matzneff” et la longue inaction de la justice

Fresque de Luca Giordano représentant la justice

Il y a une chose que je n’arrive pas à comprendre dans la fameuse « affaire Matzneff »: c’est la longue inaction de la justice.

Voilà bien longtemps qu’il a commencé – avec une certaine sagacité, même – à s’auto-dénoncer. Le résultat de cette démarche, cependant, a été rigoureusement contraire à celui auquel on aurait pu s’attendre: au lieu d’être inquiété, on s’est mis à le louer. Nul besoin de lui porter des oranges en prison, il suffisait de l’inviter chez soi.

Les révoltés tardifs s’acharnent sur « le petit monde de Saint-German-des-Prés », coupable d’avoir, pendant des décennies, accordé son amitié à Matzneff. Ils oublient que la justice populaire n’existait pas encore, ni les tribunaux Twitter et Facebook.

Mais la Justice, la vraie, que faisait-elle? Ces pages à travers lesquelles Matzneff mettait sous ses yeux matière à inculpation, elle les a ignorées.

Le livre de Mme Springora – qui n’est pas une plainte, mais une vengeance – a eu l’effet que nous connaissons. La Justice s’est saisie de l’affaire, est devenue frénétique, cherche des victimes, exige des dénonciations, des réclamations, s’affole de ne pas en recevoir, ordonne des perquisitions… Elle veut faire comparaître Matzneff pour des faits prescrits – tout ça pour oublier que, pendant quarante ans, elle a été indifférente au dossier que le coupable constituait lui-même et l’offrait gracieusement à quiconque voulait le consulter et s’en servir.
Avec une célérité à retardement qui donne à penser, la Justice s’est auto-saisie plus de quarante ans après les premières révélations publiques des faits.

Que ne l’a-t-elle fait à temps? Faute de plaintes, elle exhorte les victimes, par des appels publics, à se montrer – ce qui, bien entendu, risque d’inciter des personnes qui n’ont jamais entendu le nom de Matzneff à dénoncer des faits imaginaires qui donneront lieu à la constitution de dossiers.

Imaginons le cas d’un homme qui écrirait un livre pour raconter comment il a tué sa femme. Un an plus tard, dans un autre livre, il donnerait le récit du meurtre de son voisin. Et ainsi de suite. Qui serait tenu pour responsable si, après tous ces aveux, il continuerait tranquillement dans cette voie?

La Justice veut juger Matzneff. Profitera-t-elle de cette occasion pour s’interroger sur son indifférence face aux preuves que le futur inculpé lui fournissait?

Radu Portocala

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