Le plus grand secret du conflit moyen-oriental

L’observateur a constaté ces jours-ci, ce qui, en astronomie, se définirait comme un “alignement de planètes”, un fait rarissime.

Par “planètes” je fais ici référence à des thèmes idéologiques. La relaxe de Georges Bensoussan dans le procès intenté contre lui par le CCIF et, quasiment immédiatement, son renvoi du Mémorial de la Shoah constituent une conjonction très significative. On se rappelle que le Collectif Contre I’islamophobie en France l’accusait d’islamophobie pour avoir fait état, dans une émission de radio, de l’existence d’un antisémitisme ambiant dans le monde musulman.

Le fait que Georges Bensoussan ait été l’historien du Mémorial de la Shoah était avant tout la raison pour laquelle le CCIF l’avait ciblé dans la profération d’une telle opinion – qui n’est pas nouvelle quoiqu’elle ne soit pas agrée par la censure médiatique ambiante qui promeut depuis des années des “vérités” instituées.

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Le fait que le Mémorial se soit séparé de lui immédiatement après sa relaxe, quelle qu’en soit la raison, souligne l’articulation entre le rapport qui est fait dans l’idéologie dominante entre la mémoire de la Shoah et l’antisémitisme en terre d’islam dont la manifestation la plus évidente tient au fait que, dans plus de dix pays musulmans, il n’y a plus aucune communauté juive.

Le côté juif de cette histoire est extrêmement important. Il montre qu’un vrai syndrome psychique est à l’œuvre sur le plan collectif. C’est bien sûr le refoulement systématique et institutionnel du récit de la fin du monde sépharade dans le discours et la conscience collective qui le montre – si ce n’est, en Israël, un timide tournant depuis la loi votée par la Knesset instituant le 29 novembre comme jour de commémoration. Mais en diaspora aussi : une entreprise comme la Fondation Aladin, dont la vocation est d’enseigner et transmettre au monde arabe l’histoire de la Shoah, est significatif sur le plan de cette articulation symbolique. Si l’intention de transmettre le récit de la Shoah est louable, on ne comprend pas en effet pourquoi cette fondation s’est engagée dans la construction d’un discours – avec force publications- dont l’objectif est  de conter  la “symbiose” merveilleuse que fut la vie juive dans le monde arabo-musulman, en étouffant le récit de sa fin.

Un tel croisement d’objectifs donne à penser qu’en quelque sorte on exonère ce monde de sa responsabilité historique et mémorielle envers les Juifs qui en sont originaires,  pour lui faire accepter la mémoire de la Shoah. Il ne s’est donc rien passé dans le monde arabe, notamment durant le XX° siècle, si ce n’est le colonialisme et la violence d’Israël…

Or il y a là un double problème de vérité historique et d’atteinte à la mémoire du monde sépharade, toujours sous le coup, 40 ans après, du  traumatisme consécutif à l’éradication violente ou sournoise et à la spoliation d’une population d’environ 900 000 personnes, entre 1940 et 1970, sous les effets du nationalisme arabe et du panislamisme. Le fait que cette population, dans ses deux tiers, ait trouvé refuge dans l’Etat d’Israël au point de faire corps aujourd’hui avec lui et donc le sionisme est capital pour comprendre la carte idéologique.

Quand les islamistes accusent Israël  de “racisme”, de colonialisme, c’est aux Juifs réfugiés du monde arabe  qu’ils s’adressent. Quand les antisionistes occidentaux l’accusent très “vertueusement” d’avoir trahi l’héritage de la Shoah auquel il devrait sa légitimité et son existence, c’est la mémoire des Juifs originaires du monde arabe qu’ils salissent.

La mémoire européenne de la Shoah – j’entends la mémoire officielle de l’Union Européenne (qui n’est pas la mémoire juive) – converge ainsi avec l’antisionisme dans la même condamnation d’Israël, soit le moyen que les séfarades ont trouvé pour se refaire une vie. C’est leur dignité retrouvée de sujet politique qu’elle fustige.  Cette mémoire européenne n’assume une culpabilité qu’au prix de faire de l’Etat d’Israël une compensation de la Shoah, compensation coupable  car génératrice d’injustice envers un peuple innocent, les Palestiniens, si bien que l’Europe est coupable envers eux autant qu’Israël lui-même, marqué par un “péché originel” qui le rend infiniment redevable envers les Palestiniens et lui intime de rester dans les proportions que l’Europe lui a conférées: celles d’un refuge humanitaire et non d’un Etat souverain. C’est ce qui explique pourquoi dès qu’Israël sort de cette “proportion”, il devient monstrueux et l’Europe vertueuse.

Dans ce roman pleurnichard, on oublie tout simplement que la majeure partie d’Israël, soient les séfarades, ne s’est pas retrouvée en Israël du fait de la Shoah mais de l’expulsion due aux pouvoirs arabo-musulmans. La population majoritaire du pays qu’ils constituent est originaire du même monde que les Arabes du Moyen Orient (i-e: les “Palestiniens”) à l’époque où tout ce territoire était sous le pouvoir d’une succession d’empires, ottoman, français, anglais et où les Etats nationaux arabes ultérieurs n’avaient pas encore été inventés – à partir du néant. Il s’est produit un échange de populations – un fait courant et massif après guerre – sous l’effet de la violence des Etats arabes, qui furent alors inventés à ce moment même. Où est le “péché originel”?…

Il y a cependant une connivence secrète avec la mémoire de la Shoah: un épisode enfoui de l’histoire du nationalisme arabe et la connivence de nombre de ses leaders avec la nazisme qui, si elle était révélée au grand public mettrait à mal l’innocence christique supposée des “colonisés” (qui a pour revers la culpabilité de l’Europe et avant tout d’Israël). De ce point de vue est prépondérante la figure du Mufti de Jérusalem, Amine El Husseini, qui fut le chef du mouvement nationaliste arabe et devint dignitaire du régime nazi, chef d’un escadron de SS musulmans qui œuvra en Serbie et qui avait projeté de construire près de Schekhem, en Samarie, dans la vallée de Dotan, des  fours crématoires pour y liquider les Juifs du monde arabe lorsque Rommel aurait obtenu la victoire contre les alliés, ce qui risqua d’arriver. Les nationalistes arabes flirtèrent avec les nazis parce qu’ils étaient les ennemis des Alliés qui se trouvaient être les pouvoirs coloniaux qu’ils voulaient chasser.

En somme, au nom de la mémoire de la Shoah on accuse les Israéliens de nazisme, tandis qu’au nom de l’anticolonialisme et de l’anti-apartheid, on fustige ceux qu’on a chassés, spoliés après les avoir discriminés tout au long de l’histoire et dont on ne souffre même pas leur reconstruction (Israël) après avoir tout perdu.

J’irai  plus loin car cette situation a des prolongements directs en France. Nous y vivons peut être la suite de cette histoire quand les belles âmes  interprètent  le nouvel antisémitisme comme un conflit “inter-communautaire”, une formule qui rétrograde avec mépris la réalité en la “tribalisant”, ou quand certains y voient l’expression de l’animosité coloniale des Juifs devenus français envers les descendants des populations colonisées, justement jalouses, à moins qu’ils dénient simplement qu’il y ait là de l’antisémitisme dont la seule et unique forme ultime serait pour toujours le nazisme. Ainsi, au début des années 2000, la communauté juive officielle s’opposa-t-elle  à ce que l’on parle d’”antisémitisme” pour définir l’animosité des islamistes. Elle alla jusqu’à imaginer que ces Juifs étaient des “racistes”.

Le récit de l’expulsion des Juifs du monde arabe est ainsi la clef du récit du conflit arabo-israélien, la clef du discours sur l’état des choses en France.

La question ultime cependant, c’est que ce récit a été l’objet d’un refoulement, d’un dénigrement, d’une censure idéologique bien évidemment sur la scène internationale du conflit israélo-arabe mais aussi en Israël et dans le mouvement sioniste, comme dans le monde juif diasporique. Tout l’antisionisme actuel découle de de cette censure idéologique, alors qu’il constitue un récit majeur qui prend l’exact contre-pied du mensonge ambiant.  Alors qu’il aurait fallu en faire l’étendard de la revendication juive. Le refoulement du récit de la disparition des Juifs du monde arabo-musulman est en fait la pièce maîtresse de l’architecture idéologique contemporaine: il permet à l’extrême gauche d’élever les Palestiniens au même rang que le Prolétariat chez les marxistes d’antan, devenus la figure de la cause suprême de la gauche, et d’attaquer en retour leur propre pays au nom de ce qu’il infligerait aux “immigrants” pour le portraiturer dans les traits d’un pouvoir colonial. Il permet aux activistes du monde arabo-musulman en Europe de stigmatiser l’Occident en ciblant Israël et de cacher l’animosité envers les Juifs européens (cf. Merah et ce que démontrent bien des sondages), il permet à l’Europe, marchande d’armes, de faire la morale à Israël en le rappelant à son “devoir” envers la Shoah et la “proportion” [1] que doit conserver son existence. Il permet à l’extrême droite d’assouvir “moralement” sa vieille hostilité envers les Juifs. Il permet aux Juifs assimilés de se dédouaner au nom de l’”éthique” juive… S’il est évident que le symbole palestinien est le vecteur de l’”intersectionnalité”[2] des luttes de gauche,  on comprend moins bien que ce fait est sous-tendu par le refoulement du récit de la fin du monde sépharade.

Le fait que certains, notamment en Israël (et nombre d’”historiens”), aient pu penser que c’était la création de l’Etat d’Israël qui avait provoqué la disparition du monde séfarade, voire que le mouvement sioniste avait fomenté machiavéliquement le départ des Juifs, nous met sur la piste pour comprendre ce syndrome. Il montre très bien à quel point en Israël ou dans la tête d’universitaires, on tient l’existence politique juive pour coupable ou vide de légitimité intrinsèque. Le plus pathétique c’est que les Juifs ne savent y répondre qu’en se justifiant et en démontrant leur bonne foi. Ils auraient dû être les premiers à comprendre qu’ils sont dans l’ère du “fake”…

Il est clair que les Juifs n’ont pas de conscience politique de ce qu’ils sont en tant que “juifs”. La Shoah et la disparition du monde séfarade sont, du point de vue du destin collectif juif, des faits éminemment politiques dont il faut tirer les conséquences… politiques.

Ils  n’ont aucun besoin de s’excuser d’exister, de se justifier, aucun besoin d’être des héros de la “morale”. Il n’y a aucun “péché originel” de l’Etat d’Israël. Bien au contraire!

Sa légitimité à exister, sa souveraineté, doivent être entières et combattives.

par Shmuel Trigano

Source jforum

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Publié dans histoire
2 commentaires pour “Le plus grand secret du conflit moyen-oriental
  1. Ixiane dit :

    « Terre d’Islam » où elle était cette Terre d’islam il y a 2000 ans quand les juifs ont vécu sur la Terre Promise , devenue  » palestine sous les romains ? où était-elle , dans le ventre d’ALLAH ??

  2. OLIVIER COMTE dit :

    Le sionisme est le fondement d’Israël,le combat sioniste est sa raison d’exister. L’Histoire n’a pas besoin de justificatif.
    Shmuel Trigano a raison de rappeler que l’Holocauste et la disparition du monde sépharade sont des faits politiques et non des justifications a posteriori du combat sioniste. Ces faits doivent être rappelés et étudiés sans cesse car leur ignorance menace le génie républicain français et la survie d’Israël.

    M. Trigano devrait éviter des formules comme « innocence christique »; l’Europe n’est pas plus « marchande d’armes » qu’Israël ou les Etats Unis: l’industrie de défense est un attribut de la souveraineté. Le mufti de Jérusalem ne fut jamais le chef d’un nationalisme arabe qu’il servirait à déconsidérer, il ne fut que le chef religieux du nationalisme palestinien, rival du mouvement historique, avec l’appui de la France mandataire voisine, comme la Grande Bretagne favorisait le nationalisme en Syrie et au Liban. Les Etats arabes ne furent pas « inventés à partir du néant ». Ce mépris du fait national arabe est trop habituel et ne peut que desservir les querelleurs habituels.
    Je suis toujours curieux de savoir qui seraient les crétins profonds qui auraient inventé la figure des palestiniens comme prolétaires modernes, les prolétaires à l’ancienne n’ayant malheureusement pas disparu. Les combats entre peuples ne sont pas des rapports internationaux de classes. Le droit des vaincus ne peut remplacer, vicieusement, le droit des vainqueurs. Pour tous, l’ignorance de l’Histoire est toujours liberticide

    Les palestiniens sont un peuple vaincu qui subit le sort historique de tous les peuples vaincus. Ils devraient servir la mémoire de tous les arabes de leur trahison continue par tous les régimes arabes. Pour tous ceux qui croient à une identité vertueuse instantanée par les lithinés d’une pseudo gauche et pseudo extrême gauche qui ne semblent exister que pour la politique extérieure, ils peuvent disparaître. Cela permettra peut être le retour d’une gauche qui s’occupe des problèmes français.
    La mascarade antisioniste et les BDS affaiblissent le combat républicain mais ne sont pas un antisémitisme moderne, quoi qu’en disent les hurlements des poujadistes juifs modernes.

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