Le nouvel abandon de Samuel Paty. Par Gilles-William Goldnadel

L’islamo-gauchisme ne déçoit jamais. Le voilà qui s’en prend à « L’Abandon », film consacré à Samuel Paty et coupable d’exister. Égorgé au cri d’« Allah Akbar », le 16 octobre 2020 à Conflans-Sainte-Honorine pour avoir montré des caricatures de Mahomet dans un cours sur la liberté d’expression, le professeur d’histoire-géographie aurait dû incarner le martyr national. Il est devenu, six ans plus tard, l’objet d’un second abandon.

Le premier abandon, on s’en souvient : avant même sa mort, Samuel Paty avait été livré à l’ennemi. Livré par l’abaissement de sa hiérarchie, par le silence voire l’hostilité de certains collègues, par la campagne menée contre lui sur les réseaux sociaux après la plainte mensongère d’un parent d’élève relayé par un militant islamiste. Le 16 octobre 2020, l’islamisme a tué. Mais il n’a pas agi seul : il a profité d’un climat complice où dire la vérité sur l’islamisme devenait plus critiquable que l’islamisme lui-même.

Le second abandon vient de se dérouler sous nos yeux. 

Dès l’annonce du film, le HuffPost France a choisi son angle obtus pour ne pas dire mort : le film, quoique exclusif de toute critique, est présenté comme un objet politique, une récupération, un prétexte. 

L’assassinat passe au second plan, la polémique au premier. Même logique infernale à Libération. Les tribunes et éditoriaux ne parlent pas de Samuel Paty, mais de ceux qui parlent de lui. On y lit entre les lignes l’idée qu’un film sur un professeur assassiné par un islamiste serait en soi une stigmatisation des musulmans. La grille de lecture islamo-gauchiste est posée : dès qu’il s’agit d’islamisme, il faut parler d’islamophobie. Le mort assassiné doit avoir cette utilité.

Le premier abandon, il est l’œuvre de l’État qui n’a pas protégé un professeur. Le second c’est aujourd’hui cette gauche radicale politique et médiatique qui refuse de protéger la mémoire du professeur.

Le clou du spectacle écœurant a été planté à Cannes : un influenceur clownesque interroge des invités en smoking noir sur tapis rouge : le film est « infâme », « dangereux », « antimusulman », « une instrumentalisation par le RN ». Ce qui écœure, c’est la violence du mépris. Insulter un film sur un professeur décapité, c’est insulter la mémoire du professeur. C’est dire à ses élèves, à sa famille, à ses collègues : son histoire ne mérite pas d’être racontée, sauf si elle sert notre récit. Cette gauche très rouge en smoking noir résume à elle seule le divorce entre une prétendue élite culturelle et le pays réel.

Dans ce cadre, évidemment la France Insoumise a tenu la ligne rouge et verte. Même élément de langage : le film serait une « instrumentalisation », une « stigmatisation », une manœuvre de l’extrême droite. Pas un mot sur l’islamisme. Jamais une phrase pour dire que l’assassinat d’un enseignant pour un cours est inacceptable. À la place, on inverse la charge. La victime devient l’accusé, l’assassin disparaît derrière le contexte, le contexte disparaît derrière l’obsession de l’islamophobie.

Cela est parfaitement cohérent, depuis 2020, LFI refuse de nommer l’ennemi. Cela tombe bien ce n’est pas le sien. Combattre l’islamisme, ce serait rompre avec une partie de son électorat, ses alliances associatives et son idéologie. Alors, on sacrifie Paty.

Autour du parti gentil avec l’islamisme, les compagnons de route. Un écosystème médiatique et associatif qui prend le relais. C’est ainsi que Mediapart et Politis ont publié des tribunes dénonçant une « polémique » fabriquée. Des collectifs issus de l’islam politique ont relayé la charge. Sur X, des militants ont transformé la sortie du film en preuve d’un « climat raciste ».

Le premier abandon, il est l’œuvre de l’État qui n’a pas protégé un professeur. Le second c’est aujourd’hui cette gauche radicale politique et médiatique qui refuse de protéger la mémoire du professeur. Pourquoi ? Parce que défendre Samuel Paty jusqu’au bout et sans condition c’est reconnaître trois choses : que l’islamisme existe, qu’il tue, et qu’il ne se combat pas en parlant de « racisme systémique ».

Pire, il est alimenté par l’immigration invasive et irrésistible. Et reconnaître cela, c’est faire exploser l’alliance politique construite depuis 10 ans entre une partie de l’extrême gauche et les mouvances de l’islam politique. 

Alors on préfère attaquer le film. On préfère insulter le RN et la droite. Un pays qui ne peut plus faire un film sur un professeur assassiné pour avoir enseigné la liberté d’expression sans déclencher une tempête de haine et de mépris est un pays en péril de mort cérébrale puis physique.

Samuel Paty n’appartenait à aucun parti. Il appartenait à l’école de la république. Ou de ce qu’il en restait. 

En refusant de le défendre, l’islamo-gauchisme ne défend pas les musulmans. Il défend l’impunité de ceux qui veulent achever l’école républicaine et française.

© Gilles-William Goldnadel

Gilles-William Goldnadel est avocat et essayiste. Chaque semaine, il décrypte l’actualité pour FigaroVox. Il a publié récemment « Vol au-dessus d’un nid de cocus » (Fayard, 2025). Il est également président d’Avocats sans frontières.

Source: FigaroVox

https://www.lefigaro.fr/vox/societe/gilles-william-goldnadel-a-gauche-le-nouvel-abandon-de-samuel-paty-20260518

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2 Comments

  1. « En refusant de le défendre, l’islamo-gauchisme ne défend pas les musulmans. Il défend l’impunité de ceux qui veulent achever l’école républicaine et française. » c’est une analyse parfaite. On peut également remarquer que LFI et la pseudo-gauche wokiste et hautement démagogique qui veut se remplumer sur le dos des musulmans républicains et des Républicains toutes tendances confondues est en train de se faire hara-kiri ce qui nous fait bien plaisir.

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