L’église ou le rayonnement de l’absence. Par Denis Parent

in « Les bras m’en tombent. Mercredi 29 Avril ».

Je regarde le match hier soir avec mon camarade Charles et, à l’entrée sur la pelouse, je vois un joueur qui se signe et prend l’air pénétré. Un autre invoque le ciel, j’ai pas vu de muslim faire un geste sacramentel mais ils l’ont pensé bien fort ou on profité que je ne regardais pas. A chaque fois que des footeux rentrent sur une pelouse ils rendent grâce dans l’espoir de gagner. Mais ils ne gagnent pas à tous les coups. Donc dieu ne comprend rien au foot ou il s’en fout. Ou Dieu a démissionné. Ou la matière noire et les pulsars ne sont pas des dieux mais des infinis du rien. 

On voit pas ces bondieuseries au tennis ou au rugby, que dieu nous en préserve (car Il a joué demi d’ouverture). Je ne saisis pas cette ostentation de la croyance, je n’ose dire de la crédulité, si ce n’est qu’elle est démonstrative. Regardez comme je suis un vertueux soumis à la Grosse Providence. C’est une manière de se renoncer, de faire preuve d’une pseudo humilité, donc un signe manifeste d’orgueil démesuré. Croire en l’Immanence à poils ras, c’est toujours, pour moi, un phénomène de grande inquiétude. On parle à un mur, comme on parle à son miroir, mais dans le cas du reflet, au moins, il est à l’envers. C’est donc un autre soi qui nous singe. 

Bien qu’étant un grand visiteur d’église, lieu de fraîcheur, d’échos et de parfums de mort, j’y ai toujours trouvé non pas dieu (qui est parti pisser à la sacristie) mais la cage thoracique d’une humanité dont le coeur bat sans qu’elle sache pourquoi. L’Eglise est un lieu où l’on erre, dans des travées désertes, un lieu où l’on s’arrête pour savoir si l’on est pas suivi par un christ en plâtre descendu de la croix et qui parle en calcaire. Ce que j’aime dans ces endroits c’est en définitive qu’ils sont des cathédrales du dépit, des endroits inutiles, si ce n’est pour s’y asseoir et méditer, à défaut d’y prier. Il n’y à rien à acheter dans une église, sauf un pauvre cierge qu’on peut allumer sans payer, rien à vendre, rien à faire sinon des cris aigus pour entendre les répercussions dans les voutes. On s’y réfugiait jadis pour fuir la maréchaussée, le mauvais suzerain où l’infâme sarrazin. Maintenant on s’y hasarde parce qu’il pleut, parce qu’on a des minutes à tuer, parce qu’on passait par là. J’ai filmé dans les églises, dans l’espoir un peu gamin d’y voir ensuite une apparition de la vierge en suaire transparent, mais mes pixels n’y croient pas non plus.

L’image est belle mais n’a aucun sens. C’est cela je pense qui est beau, le rayonnement de l’absence.‌‌

© Denis Parent

La Chronique de Denis Parent « Les bras m’en tombent », que tous ses lecteurs assimilent à ses humeurs, est née il y a trente ans dans « Studio Magazine », où l’auteur nous entretenait de cinéma.


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Vient de paraître: « Imago »

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