Deux systèmes voisins, une même logique totalitaire
Deux modèles théocratiques issus de l’islam politique qui n’ont que faire de la morale occidentale et des droits de l’homme.
Nombreux sont ceux qui évoquent à longueur d’émissions ; la morale, la diplomatie, les deux instruments bien connus pour régler les problèmes de ce monde en furie. Et de poursuivre avec Le respect du droit international, du rôle de l’Onu, en passant par les crimes contre l’humanité. Mais alors pourquoi n’a-t-on rien fait depuis des décennies pour s’opposer à ces régimes qui bafouent les droits de l’homme, qui massacrent ?
Comment certains peuvent-ils défendre un état qui ignore les libertés individuelles, qui prône la destruction d’un autre état, Israël, qui massacre ses propres citoyens par dizaines de milliers ou qui interdit au fillettes d’étudier ?
Une chose est certaine, ces deux destinations ne sont pas proposées par les agences de voyage à ceux qui rêvent de la douceur de vivre et d’une reproduction du paradis sur terre. Pour juger, critiquer, comparer, encore faut-il mieux connaître le sujet. Je vous propose un petit voyage épistolaire dans ces deux pays pour mieux mesurer où l’on trouve le bien être, le respect des droits de l’homme et de la femme, très souvent à géométrie très variable, pour cette dernière. Si vous aviez encore des doutes, ce qui suit vous les enlèvera.
Une convergence derrière des différences apparentes
Chiisme contre sunnisme, République contre Émirat : à première vue, l’Iran et l’Afghanistan taliban semblent profondément différents. Cette lecture est trompeuse.
Dans les deux cas, il s’agit de systèmes politiques de nature voisine, fondés sur un même principe :
un pouvoir absolu, légitimé par le religieux, organisé pour contrôler la société dans son ensemble.
Ces régimes ne relèvent ni d’une simple morale religieuse, ni d’une démocratie comparable aux standards occidentaux. Ils constituent des systèmes totalisants, où le religieux fonde et verrouille l’exercice du pouvoir.
Une rupture radicale avec le modèle occidental
Le contraste avec les démocraties occidentales est structurant :
| Modèle occidental | Iran / Talibans |
| Souveraineté du peuple | Souveraineté divine |
| Pluralisme politique | Idéologie unique |
| Séparation des pouvoirs | Concentration des pouvoirs |
| Libertés individuelles | Norme imposée |
| Droit protecteur | Droit prescriptif |
Dans ces systèmes, le droit ne limite pas le pouvoir :
il en est l’instrument.
Le cœur du système : un pouvoir religieux sans contre-pouvoir
Dans les deux régimes, une autorité religieuse suprême domine l’État.
- En Iran, le Guide suprême contrôle l’ensemble des institutions et fixe les orientations politiques majeures.
- Chez les talibans, le Guide suprême concentre tous les pouvoirs sans médiation institutionnelle.
Dans les deux cas :
- le pouvoir n’est pas réellement contestable,
- il ne repose pas sur un suffrage libre et ouvert,
- il n’existe pas de véritable séparation des pouvoirs.
La souveraineté populaire est neutralisée au profit d’une légitimité religieuse.
Le droit comme instrument de domination
Dans les systèmes occidentaux, le droit protège l’individu.
En Iran comme chez les talibans, il sert à organiser la société selon une norme imposée.
On retrouve :
- des juges dépendants du pouvoir,
- des peines discrétionnaires (Ta’zir),
- une criminalisation possible de l’opposition,
- une justice orientée vers la conformité.
Le droit devient un outil politique.
Une idéologie officielle exclusive
Les deux régimes imposent une lecture unique du religieux.
- Une seule interprétation est reconnue.
- Les autres sont marginalisées ou interdites.
- La critique devient une faute politique et religieuse.
La réinterprétation hanafite des talibans illustre cette logique : une école juridique historiquement souple devient une doctrine fermée au service du pouvoir.
Le contrôle de la société comme finalité
Le pouvoir vise à façonner la société dans toutes ses dimensions.
On retrouve :
- police religieuse,
- contrôle des comportements,
- surveillance de la parole publique,
- encadrement de la culture,
- restrictions de la vie privée.
Le politique, le religieux et le social sont fusionnés.
Droits de l’homme : une opposition structurelle
Dans ces systèmes :
- les droits ne sont pas universels,
- ils sont subordonnés à la norme religieuse,
- la liberté d’expression est limitée,
- l’opposition peut être réprimée.
La liberté individuelle n’est pas l’objectif du système.
Le statut des femmes : révélateur du modèle
La condition féminine illustre cette logique.
- En Afghanistan taliban : exclusion massive de l’éducation et du travail.
- En Iran : participation sociale possible mais encadrée et juridiquement inégalitaire.
Différence de degré, même principe :
la norme collective prime sur l’individu.
Une oligarchie de pouvoir et le recours à la violence d’État
Un autre point fondamental rapproche les deux régimes : la formation d’une oligarchie politico-religieuse fermée, dont la survie prime sur toute autre considération.
En Iran, le pouvoir réel est concentré entre :
- le Guide suprême,
- les Gardiens de la révolution,
- les appareils sécuritaires et judiciaires,
- un réseau politico-économique étroitement lié au régime.
Ce système fonctionne comme une oligarchie idéologique. Lorsque le pouvoir est contesté, la réponse est répressive. Les mouvements de 2009, 2019, 2022 et les vagues de contestation récentes ont été réprimés avec un recours massif à la force : morts, arrestations, condamnations à mort, exécutions.
Le principe implicite est clair :
le pouvoir peut recourir à la mort pour se maintenir.
En Afghanistan taliban, la structure est plus rudimentaire mais la logique est comparable. Le pouvoir est détenu par un cercle restreint de dirigeants religieux et militaires. L’absence de contre-pouvoirs et l’usage de la violence — exécutions publiques, châtiments corporels, répression — traduisent la même priorité : préserver le régime.
Dans les deux cas :
- le pouvoir est détenu par une élite fermée,
- la contestation est perçue comme une menace existentielle,
- la violence est un outil politique assumé.
Le maintien du pouvoir prévaut sur la protection des citoyens.
L’Iran : une dimension géopolitique et idéologique supplémentaire
L’Iran ajoute une dimension spécifique : la projection de puissance.
Le régime développe une stratégie d’influence régionale :
- soutien à des groupes armés,
- interventions indirectes,
- affirmation d’un rôle de puissance régionale.
Dans ce cadre, l’hostilité à Israël constitue un axe central du discours politique. Le régime ne reconnaît pas cet État et développe une rhétorique récurrente appelant à sa disparition.
Cette dimension distingue l’Iran, mais prolonge la même logique :
un pouvoir idéologique qui cherche à s’étendre au-delà de ses frontières.
Des différences réelles, mais secondaires
| Iran | Afghanistan taliban |
| État structuré | Émirat centralisé |
| Institutions politiques | Pouvoir direct |
| Élections encadrées | Absence d’élections |
| Influence régionale | Influence locale |
| Société partiellement ouverte | Société fermée |
Ces différences sont organisationnelles.
Elles ne remettent pas en cause la nature commune des systèmes.
Conclusion – Deux variantes d’un même modèle
L’Iran et l’Afghanistan taliban incarnent deux formes d’un même type de régime :
un système théocratique totalisant, centralisé et non démocratique.
Leur point commun essentiel :
- concentration du pouvoir,
- légitimité religieuse,
- absence de souveraineté populaire réelle,
- droit utilisé comme instrument de contrôle,
- société encadrée dans toutes ses dimensions.
Face au modèle occidental fondé sur la liberté individuelle, le pluralisme et la séparation des pouvoirs, ces régimes s’inscrivent dans une logique inverse :
un pouvoir qui ne se limite pas, mais qui impose, contrôle et organise l’ensemble de la vie sociale.
La différence entre eux tient au degré d’organisation. Leur nature, elle, demeure profondément comparable. Ce qui nous amène à soulever une dernière question : comment est-il possible qu’on trouve encore dans nos pays occidentaux des défenseurs de ces deux états et qu’on leur trouve des motifs liés au respect du droit international ? Ce cynisme n’a d’égal qu’une négation totale des libertés fondamentales.
© Francis Moritz
Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme « Bazak », en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion. Ancien cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine. Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps

Voilà une mise au point, claire et structurée, qui met les points sur les i. Le dernier paragraphe est à souligner, quand est-ce l’occident comprendra-t-il cette évidence ?