Courage.
C’est le mot qui me vient.
Dans un environnement où le mot juif ne circule plus qu’à charge.
Où il apparaît dans les phrases comme une faute, jamais comme une évidence.
Où il s’accompagne d’un regard, d’un soupçon, parfois d’une agressivité à peine voilée.
Où l’on vous explique, avec aplomb, que vous êtes « du mauvais côté de l’histoire ».
Où être juif, c’est devoir argumenter, contextualiser, nuancer… exister sous condition.
Où l’on vous suggère, gentiment bien sûr, d’être discret.
Invisible, si possible.
Où les phrases commencent par des « oui, mais… »
Où des amis d’hier deviennent silencieux — ou pire.
Où la solidarité avec la population israélienne devient suspecte par principe.
Où, pour condamner l’antisémitisme, il faudrait presque s’excuser de le faire.
Et pourtant.
Hier, à Cathédrale Saints-Michel-et-Gudule, il s’est passé quelque chose.
Un geste clair. Net. Sans « oui, mais ».
L’Église belge a posé un acte.
L’inauguration d’une plaque commémorative, sous un vitrail du XIXe siècle représentant des Juifs accusés de profanation d’hostie.
Voici ce qui y est gravé, en quatre langues :
Nous reconnaissons que dans plusieurs régions d’Europe, à la fin du Moyen-âge des accusations d’hosties furent portées contre les communautés juives. Ces calomnies infondées, souvent issues de la peur ou de l’ignorance religieuse, ont entraîné des persécutions, des massacres et des expulsions injustifiables.
Luc Terlinden, archevêque de Maline-Bruxelles
Ce fut le cas à Bruxelles en 1370, lorsque les Juifs furent exécutés et la communauté juive ensuite expulsée du Duché de Brabant. Plusieurs vitraux de la cathédrale se réfèrent à ces événements, ainsi qu’au culte eucharistique qui s’en est directement inspiré.
L’antijudaïsme théologique et social est en contradiction directe avec l’Evangile du Christ, qui appelle à la vérité, à la justice et à la fraternité.
Nous demandons pardon au peuple juif pour les souffrances que ces accusations ont engendrées. Nous réaffirmons, en fidélité à la déclaration « Nostra Aetate » promulguée en 1965, au 2e Concile du Vatican et « à la purification de la mémoire » voulue par le Pape Jean Paul II, notre engagement à combattre toute forme d’antisémitisme, à approfondir le dialogue entre juifs et chrétiens, et à transmettre aux générations futures une mémoire lucide, fondée sur la reconnaissance de la vérité sur le respect mutuel.
Le 22 avril 2026

Courage.
Oui, encore ce mot. Car ce geste est celui de Chrétiens.
Chrétiens qui ont accepté de se remettre en question.
De regarder leur passé en face, sans détour, sans échappatoire.
Dans un moment où ce passé semble ressurgir,
où l’antisémitisme fait à nouveau des ravages,
ils ont su dire : pas en notre nom.
Ils sont, aujourd’hui, du bon côté de l’histoire.
Hier, j’ai serré la main de Monseigneur Jean Kockerols, cheville ouvrière de ce projet.
Et je lui ai dit que les initiateurs de cette démarche sont, à mes yeux, les nouveaux Justes parmi les nations.
Oui. J’ose les mots.
Parce que le courage, aujourd’hui, mérite d’être nommé.
Amen.
© Jacques Frojmovics

Jacques Frojmovics (né en 1952) témoigne de ce qui est …
Pour aller plus loin:
Source : Fondation Auschwitz https://t.co/IeWc3L3SsP
— cattan (@sarahcattan_) April 16, 2026
Fondation Auschwitzhttps://auschwitz.be › images › _expertises ›

Merci pour vos Infos positives qui donnent du baume au cœur. Des petites lumières dans l’obscurité des mauvaises nouvelles.
Un signe d’espérance dans un ciel bien sombre…