L’IFOP a mené une étude sur le racisme et l’antisémitisme pour la LICRA. Elle a été réalisée par téléphone du 8 août au 2 septembre 2025 auprès d’un échantillon de 14 025 personnes représentatif de la population âgée de 15 ans et plus résidant en France métropolitaine.
On peut la lire ici
En ce qui concerne l’antisémitisme, voici les chiffres clés, suivis du commentaire de François Kraus, de l’IFOP :
1. Une surexposition structurelle qui singularise la condition juive
👉 80% des juifs déclarent avoir été victimes d’agressions ou de discriminations racistes au cours de leur vie, contre 46% pour la moyenne nationale – un niveau comparable à celui des personnes perçues comme « noires » ou « arabes ».
👉 51% des juifs ont fait l’objet d’un comportement raciste au cours des cinq dernières années et 37% d’une discrimination dans les douze derniers mois, signe d’une pression actuelle inscrite dans les interactions ordinaires de la vie sociale.
2. L’école et le travail : la méritocratie républicaine comme promesse trahie
👉 31% des juifs ont déjà été victimes de discriminations en milieu scolaire, et 31% de ces victimes ont changé d’établissement à cause des risques d’agressions ou de discriminations – le taux le plus élevé de toutes les confessions mesurées.
3. L’évitement comme mode d’existence : un répertoire sans équivalent
👉 81% des victimes juives ont adopté au moins un comportement d’évitement pour se protéger du racisme – un taux sans équivalent, loin devant les musulmans (58%) ou les personnes perçues comme « arabes » (61%).
👉 58% des victimes juives ont évité de fréquenter certaines rues ou zones à cause du risque de racisme, traduisant une véritable cartographie mentale de l’insécurité.
👉 23% des victimes juives ont déjà déménagé à cause du risque d’agressions ou de discriminations – soit près du double de la moyenne (12%) – ce qui prolonge la logique d’évitement dans l’espace résidentiel.
4. De l’évitement à l’exil : la rupture du contrat de confiance républicain
👉 55% des juifs victimes d’agressions ou de discriminations ont déjà envisagé de quitter la France, un taux qui culmine à 67% chez les victimes de violences physiques – aucun autre groupe n’atteint ce niveau.
👉 41% des victimes juives déclarent avoir ressenti un fort sentiment de défiance à l’égard des institutions publiques en raison du racisme subi, un niveau proche de celui des musulmans (37%) et plus du double de celui des catholiques (18%).
5. Une crise existentielle : les marqueurs d’une fragilisation psychique
👉 47% des victimes juives ont vécu des périodes d’anxiété ou des états dépressifs en lien avec le racisme subi, soit près du double de la moyenne des victimes (24%).
👉 15% des victimes juives ont eu des pensées suicidaires à cause du racisme subi – le taux le plus élevé de toutes les catégories mesurées, plus du double de la moyenne nationale (7%).
Le point de vue de François Kraus* de l’IFOP
« Ces données dessinent le portrait d’une minorité prise dans un paradoxe historique : les Français juifs, qui ont le plus anciennement et le plus profondément épousé le modèle républicain d’assimilation, sont aujourd’hui ceux qui manifestent les signaux les plus avancés de rupture avec ce modèle. L’évitement à 81%, l’exil envisagé à 55%, les pensées suicidaires à 15% sont les symptômes d’un retrait contraint, d’une sécession silencieuse qui ne dit pas son nom. La question que posent ces chiffres n’est pas celle, trop abstraite, de la « montée de l’antisémitisme », mais celle, bien plus concrète, de la viabilité d’une présence juive ordinaire dans l’espace public français : pouvoir scolariser ses enfants sans changer d’établissement, habiter un quartier sans déménager, marcher dans la rue sans calculer son itinéraire. Autant de libertés élémentaires dont cette enquête montre qu’elles ne sont plus, pour une majorité de Français juifs, des évidences ».
*Actuellement Directeur du pôle Politique/Actualités à l’Ifop

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