Cessez-le-feu imposé par Donald Trump : en Israël, le goût amer d’une guerre « pour rien ». Par Stanislas Poyet

Le premier ministre Benyamin Netanyahou s’est vu imposer le cessez-le-feu par Donald Trump. Amir Cohen / REUTERS

DÉCRYPTAGE – Pris de court par la décision américaine de suspendre les combats avec l’Iran, responsables politiques et opinion israélienne dénoncent un arrêt prématuré du conflit.

« N’oubliez pas que vous êtes restés 40 jours dans un abri  pour ouvrir une voie maritime (le détroit d’Ormuz, NDLR) qui était ouverte depuis toujours ». Le commentaire tourne en boucle sur les réseaux sociaux israéliens, et de la droite à la gauche, de nombreux Israéliens partagent la frustration d’avoir tant sacrifié dans une guerre « pour rien ». En Israël, la décision américaine de suspendre pour deux semaines les combats est vécue comme un échec cuisant.

Officiellement, l’État hébreu soutient la décision américaine, mais en Israël, l’annonce a pris de court les responsables politiques et militaires. Selon la presse américaine, Donald Trump n’aurait pas consulté son allié israélien et lui a imposé un cessez-le-feu, dont il ne veut pas. Jusqu’à la veille encore, de hauts responsables israéliens excluaient publiquement toute perspective de trêve à court terme, alors même qu’Israël poussait pour intensifier les frappes contre les infrastructures énergétiques iraniennes.

«Un échec total qui met en danger la sécurité d’Israël»

« Jamais dans toute notre histoire nous n’avons connu un tel désastre politique », a réagi Yair Lapid, le chef de l’opposition. « C’est un échec total qui met en danger la sécurité d’Israël pour les années à venir », ajoute Yaïr Golan, figure de l’opposition et ancien chef d’état-major. « Pas à cause des combattants. À cause d’un gouvernement incompétent, extrémiste et dangereux qui ne sait pas transformer des succès militaires en sécurité nationale », ajoute-t-il.

Car Israël n’a atteint aucun des objectifs qu’elle s’était fixés au début de la guerre. Le régime des Mollah n’est pas tombé, les Israéliens ont seulement réussi à remplacer un Khamenei par un autre Khamenei. Les capacités balistiques, bien qu’entamées, restent opérationnelles – Israël a été encore massivement visé la nuit dernière. Quant au programme nucléaire, il n’a été que partiellement endommagé, et l’Iran détient toujours ses 440 kg d’uranium enrichi à 60 %.

Si les négociations finales maintiennent les capacités nucléaires de l’Iran intactes, alors la réalité stratégique qui suivra la guerre sera sans équivoque pire qu’à son commencement
Danny Citrinowicz, ancien officier du renseignement israélien, spécialiste de l’Iran à l’INSS.

Plus encore que le bilan militaire, ce sont désormais les termes du cessez-le-feu qui inquiètent. Pour l’heure, ses contours restent flous, notamment sur les concessions faites à l’Iran concernant son programme nucléaire, ses liens avec ses proxys – les groupes armés qui relaient son influence dans tout le Moyen-Orient, comme le Hezbollah ou les houthistes – ou le contrôle du très stratégique détroit d’Ormuz. Pour Israël, les premières informations sont toutefois inquiétantes. « Si l’Iran a effectivement obtenu des garanties fondées sur les « dix principes » évoqués par Trump, il ne s’agit pas d’un résultat marginal, mais d’une victoire stratégique pour Téhéran, renforçant son discours et son positionnement », analyse Danny Citrinowicz, ancien officier du renseignement israélien, aujourd’hui spécialiste de l’Iran à l’INSS. « Si les négociations finales maintiennent les capacités nucléaires de l’Iran intactes, alors la réalité stratégique qui suivra la guerre sera sans équivoque pire qu’à son commencement », ajoute le chercheur.

Une unité d’artillerie israélienne tire vers le Liban, au milieu de l’escalade entre le Hezbollah soutenu par l’Iran et Israël, et au milieu du conflit américano-israélien avec l’Iran, du côté israélien de la frontière Israël-Liban, dans le nord d’Israël, le 17 mars 2026. Ammar Awad / REUTERS

Israël entend continuer la guerre au Liban

Si Israël a consenti à mettre un terme à ses frappes en Iran, Tsahal continue de bombarder le Liban. Mardi matin, l’armée israélienne a mené plusieurs frappes dans le sud du pays et renouvelé ses ordres d’évacuation, précisant que le cessez-le-feu ne s’appliquait pas au Liban. Pourtant quelques heures plus tôt, le premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, médiateur dans le conflit, avait affirmé que le cessez-le-feu s’appliquait « partout, y compris au Liban et ailleurs ».

Depuis le 2 mars, Israël mène une opération terrestre d’ampleur au Liban pour éradiquer le Hezbollah, relais de l’Iran à sa frontière nord, et ses troupes occupent pour l’heure 8 à 10 % du territoire. Depuis les premiers jours de la guerre, Israël ne cache pas ses intentions de maintenir ses soldats sur le territoire libanais pour créer une zone tampon, le ministre des Finances Bezalel Smotrich appelant même à annexer le Liban du Sud. Seulement, et comme en Iran ou à Gaza, la liberté d’action israélienne a une limite claire : la bonne volonté de Donald Trump. Déjà en novembre 2024, Israël avait dû se plier à un cessez-le-feu avec le Hezbollah dont ses dirigeants ne voulaient pas.

« (Benyamin) Netanyahou utilisera le Liban pour torpiller l’accord », prévoit Mairav Zonszein chercheuse au Crisis Group. « Les responsables militaires ont clairement indiqué que le désarmement du Hezbollah n’était pas un objectif réaliste. Il n’y a qu’une raison pour vouloir continuer : la politique intérieure », ajoute-t-elle.

Car Benyamin Netanyahou entre dans une année électorale en position de faiblesse : tous les sondages donnent sa coalition actuelle perdante. Si le soutien israélien à la guerre fut élevé (bien que déclinant sur la dernière semaine), il ne s’est pas traduit dans un changement dans les intentions de vote. Lui qui s’est toujours présenté comme le candidat de la sécurité, et qui s’enorgueillissait d’avoir changé la face du Moyen-Orient au profit d’Israël en annihilant la menace que l’Iran faisait peser sur l’État hébreu depuis quarante-sept ans, va devoir vendre un cessez-le-feu qui ne satisfait ni les va-t-en-guerre, ni ceux que la guerre a épuisés.

© Stanislas Poyet Correspondant à Jérusalem

Source: Le Figaro

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1 Comment

  1. C’est un classique du Figaro trop heureux de citer Lapid pour taper sur Netanyahou …
    J’achète ce journal mais j’évite soigneusement de lire les pages internationales sur Israël et le Moyen-Orient, beaucoup trop clivantes. J’évite aussi de lire le responsable de la rubrique internationale, le mollah Phillipe Gélie, qui commet, de temps à autre, des éditoriaux que je ne qualiferai pas pour rester poli, sans oublier le bisounours Renaud Girard. C’est pratiquement la voix off du quai d’Orsay !
    Que me reste-t-il, les pages débats et culture mais plus pour très longtemps …

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