Le positionnement d’Alain Finkielkraut envers Israël depuis le 7-octobre ne laisse pas de susciter l’incompréhension et l’indignation de la communauté juive et des amis d’Israël. Voilà un intellectuel français d’origine juive, qui a souvent pris dans le passé des positions courageuses contre l’antisémitisme et l’antisionisme (notamment dans les rangs de l’extrême gauche française) et qui clame aujourd’hui publiquement sa détestation du gouvernement israélien, allant jusqu’à proclamer ces dernières semaines avoir « honte d’Israël ! ». Analyse.
De manière paradoxale et scandaleuse, Alain Finkielkraut – figure reconnue de l’intelligentsia française – assume des positions proches de l’extrême gauche en Israël, tout en défendant des opinions conservatrices (souvent qualifiées de « réactionnaires ») en France. En bref, il s’agit comme l’a relevé un site internet, d’un « vieux Réac » qui se donne le luxe d’être de gauche en Israël… Ayant consacré de nombreux articles aux errements de Finkielkraut et ayant débattu avec lui il y a six mois au micro d’Antoine Mercier, je voudrais ici aborder ce sujet sous un angle nouveau, celui du « tropisme » chrétien (ou christianisant) d’Alain Finkielkraut.
Une ignorance abyssale du judaïsme
D’autres que moi l’ont relevé, le dernier en date étant le journaliste Nicolas Birnbaum, qui parle dans Le Monde des livres de son « faible pour le christianisme’’. Mais laissons parler l’intéressé lui-même. En 2022 déjà, Alain Finkielkraut, qui se présente comme un « Juif athée », expression en soi problématique, se disait « fasciné par la proposition chrétienne » et par « le fait que le Christ a dit sur la Croix, ‘mon Dieu mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné? » A l’époque j’avais raillé l’ignorance du philosophe, qui attribuait au génie du christianisme des paroles tirées des Psaumes du Roi David. Dans une lettre ouverte, je dénonçais l’étendue insondable de l’assimilation juive en France et son corollaire, l’ignorance.
Mais ce qui m’est apparu en lisant le dernier livre d’Alain Finkielkraut, c’est le lien étroit entre cette ignorance abyssale du judaïsme et ses positions concernant Israël. L’admiration de Finkielkraut pour la Pietà de Michel-Ange, pour le cardinal Lustiger et pour les « descentes de Croix » n’est pas anodine. On ne peut impunément être Juif en France, ignorer tout ou presque de la Tradition juive, tout en défendant une vision « enracinée » de la culture française et se permettre de critiquer la « guerre atroce » que mènerait soi-disant Israël à Gaza…
Un intellectuel juif fasciné par la Vierge Marie
L’étrange compassion de Finkielkraut pour les « civils innocents de Gaza » et son refus persistant d’entendre les témoignages des otages revenus de Gaza sur ce sujet se comprennent beaucoup mieux à la lecture des pages scandaleuses de son livre (pour un lecteur juif), dans lesquelles il évoque avec pathos les paroles bouleversantes du Christ ou « l’inconsolable Vierge Marie »… J’ajoute que plusieurs Juifs érudits se sont évertués à inculquer à Finkielkraut des notions de judaïsme, comme Benny Lévy, ou comme un ancien grand-rabbin de France. Mais leurs efforts furent vains.
En mai 2025, j’analysais la campagne de propagande du Hamas sur le thème des « enfants affamés de Gaza » comme une « nouvelle Passion » renvoyant à la Passion du Christ tout téléspectateur de culture chrétienne. Je comprends aujourd’hui que la propagande du Hamas touche un public encore plus large que le public occidental chrétien ou postchrétien. Elle fait également mouche dans l’esprit et le cœur alourdi d’un philosophe d’origine juive, ignorant tout de la tradition d’Israël.
J’ajoute qu’Alain Finkielkraut caricature le judaïsme de Benny Levy tout comme il caricature les propos du rabbin Oury Cherki ou les miens concernant Israël…[1] Et il ne s’agit pas là d’un simple défaut rhétorique dû à l’ardeur de la polémique, mais d’une véritable forme de malhonnêteté intellectuelle, devenue une seconde habitude chez l’intellectuel médiatique, habitué des plateaux de télévision.
Alain Finkielkraut a fait sienne la vision chrétienne d’Israël dans ce qu’elle a de plus réducteur et de plus déformant, notamment lorsqu’il dénonce le « messianisme » de certains ministres ou lorsqu’il se dit « sali » par la politique israélienne. Sa polémique contre l’Etat d’Israël, son gouvernement et son armée (accusée de mener une « guerre atroce »… sic !) n’est pas, comme il le prétend, un débat judéo-juif. Car sa vision caricaturale des « deux Israël » – d’un Israël entièrement innocent et d’un autre entièrement coupable – est fondamentalement « unjewish » (pour citer un adjectif qu’il aime utiliser). Oui, Finkielkraut est devenu (ou est resté) un intellectuel français ignorant du judaïsme, qui porte sur Israël le regard simplificateur et déformant de la polémique chrétienne.
© Pierre Lurçat
Note
[1] Voir ci-dessous
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Comment A. Finkielkraut déforme mes propos sur Israël, et ceux des autres…

Lors d’un débat sur la chaîne Mosaïque, je me suis opposé à Alain Finkielkraut sur la question des témoignages des otages revenus de Gaza, concernant la présence de « civils innocents » à Gaza. Mon propos consistait à prendre au sérieux les témoignages unanimes des survivants, affirmant ne pas avoir rencontré la moindre trace d’humanité à Gaza, et avoir été protégés par leurs geôliers du Hamas contre la foule gazaouie qui voulait les lyncher. Le sens de mon propos était donc de dire que nos otages n’ont pas rencontré un seul Juste à Gaza… De son côté, Alain Finkielkraut s’est dit scandalisé par le témoignage de l’ex-otage Mia Shem, qualifiant ses propos d’extrémistes et les comparant à ceux de Houra Bouteldja affirmant que tous les Israéliens sont coupables.
Depuis lors, de manière répétée et presque quotidienne depuis la parution de son dernier livre, M. Finkielkraut clame sur tous les médias que j’aurais affirmé qu’il n’y a pas de civils innocents à Gaza en me citant nommément et va jusqu’à reprendre cette accusation mensongère dans son dernier livre, en m’attribuant de manière calomnieuse la phrase : « Tapez dans le tas ce sera toujours dans le mille« . Je tiens à m’élever publiquement contre le procédé malhonnête consistant à caricaturer mon propos, pour mieux asseoir son argumentation. J’ajoute qu’il a utilisé le même procédé malhonnête à l’encontre du rabbin Oury Cherki de Jérusalem, lequel a usé de son droit de réponse sur la chaîne Mosaïque.
P.L.

Pour une fois, je suis d’accord avec Carras, comme quoi tout peut arriver. En outre, Finkielkraut a souvent été ambigu ou ambivalent dans ses prises de position puisqu’en fin de compte il soutient l’UE, a une émission à France Culture (dont on connaît les sympathies mélenchonistes)…
Pauvre Finkie, laissons le tranquille.
Il faut être indulgent envers les « juifs diasporiques ».
Il est difficile d’avoir 2 « identités » : juif et français par exemple, en psychiatrie cela s’appelle un trouble dissociatif de l’identité TDI. D’autant plus difficile que la vie dans un état laïque nécessitait une discrétion, qu’on baptisait assimilation.
Si l’on va au bout du raisonnement, évidemment la « thérapie » est l’alya.
Mais tous les juifs diasporiques n’ont pas la lucidité nécessaire au diagnostic, puis la force et le courage nécessaires au « traitement » : c ‘est banal et on ne peut pas les accabler, on doit au contraire les aider.
FINK a poussé l’assimilation au-delà du « nécessaire » et il est fier de critiquer ceux qui eux sont allés au bout de la démarche identitaire : les juifs israéliens sont des sionistes avec une forte connotation négative meurtrière ; en plus, pensez-donc, ils croient en Dieu ! Critiquer le choix qu’il n’a pas fait, cela l’aide : c ‘est SA thérapie. Il jouit ainsi en France d’un statut qui lui convient très bien : ego flatté, probablement revenus financiers conséquents, bref il fait partie des « élites ». Il n’a pas pour l’instant de « raison » de remettre en cause ce choix, il n ‘imagine même pas , que de toute façon si le pire arrive, il sera une cible de premier choix.