Sélection, silence et protection : le dossier Ehud Barak. Par David Germon

Enquête – Israël, février 2026


Prologue — Une phrase qui ne devait pas sortir

Quarante-six secondes.
Pas une de plus.

Une séquence diffusée le 4 février 2026 par Melukadim News.
Un homme, une caméra, une déclaration.

Ehud Barak — ancien chef d’état-major, ancien Premier ministre d’Israël — parle calmement. Posément. Sans colère. Sans ironie.

« Nous devons briser le monopole du rabbinat orthodoxe sur le mariage, les enterrements, et la définition de qui est juif.
Ouvrir, de manière sophistiquée et subtile, les portes à des conversions massives au judaïsme.
Aujourd’hui, nous pouvons contrôler la qualité beaucoup mieux que nos ancêtres ou que les fondateurs de l’État.
Eux ont pris tout ce qui venait — d’Afrique du Nord, des Arabes, ou d’ailleurs — simplement pour sauver des gens.
Aujourd’hui, nous pouvons être sélectifs. »

La phrase tombe.
Elle est enregistrée.
Elle est diffusée.
Elle est irréversible.


Chapitre I — Quand l’identité devient un outil

Les mots sont précis.
Ils ne parlent pas seulement de religion.

Ils parlent de sélection, de qualité, de tri a posteriori de l’Histoire.

Dans la bouche d’un ancien Premier ministre, la portée est immense :

  • qui définit le peuple juif
  • qui décide de ses frontières identitaires
  • qui juge, rétrospectivement, les vagues d’aliyah fondatrices de l’État

La comparaison est frontale :
les Juifs d’Afrique du Nord, arrivés dans les années 1950, sont décrits comme une nécessité de sauvetage, là où l’avenir serait désormais choisi, filtré, maîtrisé.


Chapitre II — La chaîne 14 brise le silence

Le 5 février 2026, la séquence explose sur Maintenant 14 (עכשיו 14).

À l’écran : Yaara Zered.

Le ton est dur.
Assumé.
Sans précaution lexicale.

Les propos de Barak sont qualifiés à l’antenne de :

  • racistes
  • élitistes
  • méprisants envers les fondateurs séfarades de l’État

Yaara Zered rappelle l’histoire personnelle de milliers de familles :

« Mes grands-parents sont arrivés du Maroc à Dimona.
Ils ont vécu dans des maabarot.
Ils ont accepté la pauvreté avec amour, après deux mille ans d’exil.
Et aujourd’hui, j’entends un ancien Premier ministre parler de “qualité” et de “sélection”. »

La charge n’est pas juridique.
Elle est morale et historique.


Chapitre III — L’autre dossier qui ressurgit

Mais l’émission ne s’arrête pas là.

Très vite, la discussion glisse vers un nom qui, depuis des années, hante les élites occidentales :

Jeffrey Epstein.

À l’antenne, les journalistes de la chaîne 14 déroulent une série d’éléments issus de documents judiciaires américains rendus publics.

Ils affirment :

  • qu’Ehud Barak a reconnu avoir visité l’île d’Epstein
  • que des emails publics montrent une relation cordiale
  • que Barak écrit notamment :
    • « Merci pour l’hospitalité, l’île est magnifique »
    • « Je suis fier de t’appeler mon ami »
  • que les bases de données judiciaires font apparaître plus de 4 000 occurrences de correspondances entre les deux hommes

À l’antenne, les intervenants insistent :
Barak a déclaré qu’il s’agissait de relations d’affaires.
Mais les journalistes lisent les messages.
Un à un.
Et parlent de dizaines, voire centaines de rencontres : déjeuners, dîners, rendez-vous, échanges réguliers.

Aucune condamnation pénale n’est affirmée.
Mais la proximité est présentée comme un fait documenté.


Chapitre IV — Le silence médiatique comme système

C’est ici que le ton devient politique.

Sur la chaîne 14, une accusation centrale est formulée :

« Pourquoi personne ne pose ces questions à Ehud Barak sur les grandes chaînes ? »

Les intervenants affirment que :

  • Barak est régulièrement invité comme figure respectable
  • il impose parfois des conditions éditoriales
  • tant qu’il attaque Benjamin Netanyahu, il bénéficie d’une immunité médiatique

La comparaison est brutale :

« Si un homme politique de droite avait dit la moitié de ces choses,
ou avait été vu sur l’île d’Epstein,
il aurait été détruit en vingt-quatre heures. »

Il s’agit ici d’un constat journalistique, pas d’un jugement judiciaire.


Chapitre V — Deux poids, deux mesures

La fin de l’émission établit un parallèle avec une autre affaire récente, elle aussi traitée sur la chaîne 14.

Un proche parent du chef du Shin Bet, David Zini, est soupçonné d’avoir fait passer un carton de cigarettes vers Gaza.

À l’antenne, il est rappelé que :

  • l’affaire est qualifiée d’incident sécuritaire
  • certains parlent d’aide à l’ennemi en temps de guerre

La journaliste pose alors une question simple :

« Quand des fuites médiatiques ont nui à Tsahal et servi la propagande ennemie,
pourquoi n’a-t-on pas parlé d’aide à l’ennemi ? »

Le message est clair :
la gravité d’un acte dépendrait moins de ses conséquences que de l’identité de celui qui le commet.


Épilogue — Ce que révèle ce dossier

Ce récit ne repose pas sur des rumeurs.
Il repose sur :

  • des enregistrements vidéo diffusés
  • des émissions télévisées identifiées
  • des documents judiciaires américains cités à l’antenne
  • des prises de position journalistiques assumées

Il ne juge pas un homme.
Il expose un système :

  • une élite politique qui parle de sélection
  • des relations jamais interrogées jusqu’au bout
  • un paysage médiatique accusé de verrouillage
  • une fracture mémorielle entre Israël officiel et Israël fondateur

Rien n’est inventé.
Rien n’est édulcoré.
Tout est attribué.


Sources

Sources primaires

  • Melukadim News — extrait vidéo du 4 février 2026
    Déclaration filmée d’Ehud Barak (conversions, rabbinat, immigration).
  • Maintenant 14 (עכשיו 14) — émission du 5 février 2026
    Présentation et commentaires de Yaara Zered et intervenants.

Sources documentaires citées à l’antenne

  • Archives judiciaires américaines liées à Jeffrey Epstein
    Documents rendus publics par le U.S. Department of Justice, accessibles en ligne.

© David Germon

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