Deux poids, deux mesures : quand la justice française devient le proxy d’une indignité politique. Par Richard Abitbol


« Le moment où les Juifs sont poursuivis parce qu’ils osent se défendre est toujours celui où la justice cesse d’être l’expression de la loi pour devenir un signal. »

Il est des moments où le vernis de l’État de droit se fissure, laissant apparaître non pas une justice impartiale, mais une mécanique idéologique, froide et sélective. Les mandats d’amener émis par des juges français contre deux militantes franco-israéliennes accusées de « complicité de génocide » marquent un de ces moments de bascule.


Car enfin, de quoi parle-t-on ? De citoyennes françaises vivant en Israël, poursuivies pour avoir, selon des associations militantes, entravé l’acheminement d’une aide humanitaire à Gaza. Une qualification pénale d’une gravité extrême — le crime des crimes — brandie avec une désinvolture glaçante, sur la base d’engagements militants, politiques, idéologiques, fussent-ils contestables.

Dans le même temps, en France, l’antisémitisme le plus cru, le plus violent, le plus obscène prospère à visage découvert. Des propos explicitement antisémites sont tenus publiquement. Des appels à la haine sont relayés. Des mises en scène de la violence symbolique — flotilles, happenings, intimidations — se multiplient. Et pourtant… rien. Ou presque rien. Des classements sans suite. Des lenteurs. Des silences. Une indulgence devenue structurelle.

Ce contraste n’est pas une bavure. Il n’est pas une maladresse. Il est un système. Une justice asymétrique n’est plus une justice
Quand la justice se montre intraitable avec certaines cibles et étonnamment aveugle avec d’autres, elle cesse d’être un pilier démocratique pour devenir un instrument politique indirect. Hier, l’État agissait frontalement. Aujourd’hui, il délègue. Il se retranche derrière des juges, des procédures, des associations « respectables ». Les mains restent propres, pendant que la mécanique fait son œuvre.

Nous avons déjà vu cela.
Dans les années 30, l’exclusion se faisait au nom de la loi. Dans les années 40, elle se faisait au nom de l’ordre.
Aujourd’hui, elle se fait au nom du droit international, de la morale humanitaire et d’un antisionisme prétendument vertueux.
Le résultat, lui, est identique : les Juifs sont désignés comme exception pénale, comme anomalie morale, comme coupables par essence.

La criminalisation sélective des Juifs : Il faut avoir le courage de le dire clairement : on n’assiste pas à une judiciarisation impartiale du conflit israélo-palestinien, mais à une criminalisation ciblée de Juifs, y compris français, sur la base de leur engagement, réel ou supposé, en faveur d’Israël.
Pendant ce temps, ceux qui propagent une haine explicitement antisémite sur le sol français bénéficient d’une indulgence que plus personne n’ose encore qualifier d’« équilibre ».
Ce n’est plus de la prudence. Ce n’est plus de la complexité.
C’est une lâcheté morale institutionnalisée.

Le précédent est mortel pour la démocratie : Car si l’on peut, aujourd’hui, poursuivre des citoyennes françaises pour « complicité de génocide » sur la base d’actions militantes à l’étranger, qu’est-ce qui empêchera demain d’appliquer cette logique à n’importe quel engagement jugé idéologiquement incorrect ?
Quand le droit devient une arme morale à géométrie variable, il ne protège plus personne. Il intimide.
Il sélectionne. Il désigne.
Et l’histoire nous a appris une chose : quand les Juifs deviennent un laboratoire juridique, c’est que la démocratie est déjà gravement malade.

Assez de faux-semblants
Il est temps de cesser les discours lénifiants sur la « lutte contre la haine » quand les faits démontrent l’exact inverse. Il est temps de nommer ce qui se joue : un deux poids, deux mesures assumé, maquillé sous les oripeaux du droit, mais profondément politique.
Ce n’est pas une dérive. C’est une orientation.
Et ceux qui, par leur silence, leur prudence calculée ou leur indignation sélective, laissent faire, porteront demain la responsabilité d’avoir regardé ailleurs — comme tant l’ont fait avant eux.
« Le moment où les Juifs sont poursuivis parce qu’ils osent se défendre est toujours celui où la justice cesse d’être l’expression de la loi pour devenir un signal ».

© Richard Abitbol

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6 Comments

  1. La police du Tsar emprisonnait les juifs qui tentaient de se defendre , macron le genie français suit la meme route , il n est pas seul , l occident entier ploie sous le poids de la lachetė et de la compromission .

  2. Il me semble que l’on retombe en fait toujours sur le même problème, y a-t-il eu ou non génocide ?
    Si oui l’ attitude de la justice française ne semble pas être aberrante. Si non on ne peut que constater que la justice a gobé le mensonge du génocide et c’ est grave.

    Il n’ y a pas eu génocide car nous avions affaire à une guerre se déroulant en milieu urbain, très densément peuplé, et où est difficile pour les attaquants, en l’ occurrence les Israéliens, de ne pas toucher par erreur des cibles civiles, cela d’ autant plus que les cibles militaires du Hamas, étaient souvent camouflés dans des bâtiments civils. De plus le Hamas qui a accès à les milliers de kilomètres de souterrains n’ a pas autorisé leurs accès aux civils. Le mépris de la vie des civils vient surtout du Hamas et non d’ Israël.
    Par rapport aux circonstances il y a eu, relativement, peu de tués civils. On peut prendre pour point de comparaison les batailles de la deuxième guerre mondiale qui se sont déroulées en milieu urbain.
    Israël n’ a pas de volonté génocidaire. Si tel était le cas, avec son aviation , son artillerie et sa marine, elle aurait pu tuer tout le monde à Gaza en moins d’ une semaine.
    Le problème est : par qui et comment cette histoire de génocide s’ est elle diffusée à une si grande échelle jusqu’à atteindre la justice.

  3. Bonjour,
    Et toujours la peur de heurter l’islamisme l’emporte sur le droit.
    Macron prend des décisions qui font froid dans le dos si elles se déclaraient en France, en juillet 1942.
    Je suis Chrétien mais je me rends compte des regards « méchants » à l’encontre de personnes de confession du Judaïsme. J’en ai marre de ce pays où la peur d’une religion — pas dominante — empêche le Droit de se dérouler objectivement.

    • Moi aussi j’en ai marre de toute cette injustice, cette mauvaise foi, à l’encontre du peuple juif. Je lis depuis un certain temps TJ et je me demande où tous les intervenants trouvent la force d’analyser, de décortiquer, d’expliquer. Je souhaite tout le mal possible aux antisémites, qu’ils se retrouvent un jour face aux islamistes et qu’ils soient massacres comme les martyrs des kibboutz le 7 octobre. Et je leur dirais que c’est de leur faute et qu’ils l’ont bien cherché.C’est pas très chrétien de ma part, mais je m’en fous depuis longtemps. Bon, c’ est respectable héroïque et salutaire aussi de pouvoir conserver son intelligence pour la retourner contre ses ennemis. Bravo à vous tous et bonne chance.Helene.

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