L’étrange destin de Rabbi Jacob. Par Raphaël Nisand

Tout le monde a vu et aimé les aventures de Rabbi Jacob, un très célèbre film sorti en 1973 avec l’inoubliable Louis de Funès incarnant tour à tour et en même temps un aristocrate antisémite et un rabbin orthodoxe faisant mille pitreries.

Pas de film moins engagé et moins politique que celui-là.
Pas de film plus drôle non plus.

Cela tournait bien sûr autour d’une supposée rivalité entre juifs et arabes et d’un scénario échevelé mais pas de quoi fouetter un chat, c’était juste drôle et bon enfant.
Pourtant , tout récemment un livre et une pièce de théâtre ont rappelé le drame bien réel qui s’est noué autour du tournage puis de la sortie du film « Les aventures de Rabbi Jacob ».
Le producteur Georges Cravenne , le réalisateur Gérard Oury et l’acteur vedette du film Louis de Funes ont dû faire face à une hostilité de plus en plus affirmée de la part de Danielle Cravenne, épouse du producteur du film, Georges Cravenne.

Elle ne voulait pas que le film soit produit par son époux, puis lorsque la décision de production a été prise malgré elle, elle est intervenue en allant faire des scandales sur le tournage du film et en écrivant à diverses autorités pour éviter la sortie du film.

Mais aucune de ses pressions n’a fonctionné et les trois hommes, se doutant qu’ils tenaient là une pépite, ont programmé la sortie du film en salle.

Il est vrai que la sortie du film a été marquée bien involontairement par sa concomitance avec la guerre dite de Kippour. 

La guerre de Kippour endeuillait une fois de plus le Proche Orient.

Mais Madame Cravenne ne supportait pas qu’on plaisante ou qu’on rie suite à ces événements .

C’était une jeune femme semble-t-il fragile, mère de deux enfants en bas âge nés de son union avec Georges Cravenne.
Elle s’est munie d’une arme , factice ou pas, -les versions divergent-, et a détourné un avion d’Air France parti de Paris avec plus de 100 passagers à bord.

Elle a contraint l’équipage à atterrir à Marseille afin de faire le plein pour ensuite se rendre en Egypte et elle a fait donner à la presse une liste de revendications plus ou moins farfelues dont les deux essentielles étaient : l’abandon de la projection du film Rabbi Jacob en salles et que sa sortie n’intervienne qu’après résolution du conflit entre Israël et ses voisins.

Madame Cravenne a libéré les passagers otages à Marseille , elle a gardé avec elle deux membres d’équipage dont le pilote et a été abattue par la police à l’occasion du ravitaillement de l’avion.

Cet épisode incroyable de détournement d’avion par l’épouse du producteur avec la fin tragique de celle-ci avait été totalement oublié et le film reste aujourd’hui un des grands succès au box office du cinéma français avec plusieurs millions d’entrées ou de vues.

Le conflit entre Israël et ses voisins ainsi qu’avec les arabes vivant en Israël a polarisé l’attention de l’opinion et surtout déclenché des réactions à fleur de peau.

Au delà du cas de Madame Cravenne, la charge symbolique de ce conflit pousse à un engagement total des militants de part et d’autre.

On le voit encore aujourd’hui avec ces grandes manifestations parfois extrêmement virulentes contre Israël avec en miroir une jeunesse israélienne prête à donner sa vie pour défendre la terre d’Israël et ses habitants.

En ce sens le destin de Madame Cravenne, la pièce de théâtre et le livre paru sous le titre « La femme qui n’aimait pas Rabbi Jacob » font parfaitement  écho à la guerre qui a suivi le 07 octobre et qui enflamme l’opinion de la même manière.

Comme en 1973 ce conflit divise non seulement la société mais également les familles qui peuvent voir naître en elles une fracture séparatrice irréconciliable.

Il reste à formuler l’espoir que dans 50 ans on n’en soit plus là.

© Raphaël Nisand

Chroniqueur sur Radio Judaïca 

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2 Comments

  1. Les aventures de Rabbi Jacob, un chef-d’oeuvre d’humour juif et d’auto-dérision, de gaîté aussi, d’amour de la vie (cf cette incroyable et inoubliable danse de Rabbi Jacob).
    Rabbi Jacob, il va danser!
    Salomon vous êtes Juif ?
    🙂
    Il semblerait que la pauvre madame Cravenne avait quant à elle perdu la raison – ou ne l’avait jamais possédée. Triste histoire.

  2. Rabbi Jacob et Slimane, que la grand-mère un peu sourde appelle rabbi Seligmann, cousins « éloignés » mais complices dans l’adversité, une belle leçon à méditer.

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