Lorsquâon tombe en chute libre, on nâa plus le sentiment dâĂȘtre soumis Ă la pesanteur, rien ne nous retient, on flotte librement, comme ces parachutistes en vol libre. Lorsque lâun dâentre eux ouvre son parachute les autres prennent brusquement conscience du fait quâils tombent et que le sol se rapproche Ă grande vitesse.
La gauche contemporaine vit dans une sorte dâĂ©tat dâapesanteur morale. Ivre de son moralisme â Ă©galitĂ©, diversitĂ©, inclusion â, elle dicte aux autres une morale quâelle sâabstient souvent dâappliquer. Postures morales vertueuses, idĂ©ologie, dĂ©ni de la rĂ©alitĂ©… La morale post-moderne ignore les faits puisque pour elle la vĂ©ritĂ© nâexiste plus. Elle se vante de dĂ©fendre des idĂ©es aux dĂ©pens de la rĂ©alitĂ©, ce qui lui permet de vivre en dĂ©saccord avec ses idĂ©aux : il sera toujours temps de les appliquer quand lâutopie sera rĂ©alisĂ©e.
Comme dans les annĂ©es 1930-1940, cette gauche vertueuse glisse, sans sâen rendre compte, vers une forme de collaboration avec le Mal. Hier le nazisme, aujourdâhui lâislamisme radical, lâantisĂ©mitisme recyclĂ© et les rĂ©gimes totalitaires qui flattent son anti-impĂ©rialisme de pacotille. Rappel historique : avant que la Collaboration ne devienne lâapanage de Vichy et de lâextrĂȘme droite, des figures de gauche ont basculĂ© dans le collaborationnisme par pacifisme, anticommunisme ou fascination pour lâordre nouveau. Le pacte germano-soviĂ©tique de 1939 a fait du Parti Communiste Français lâalliĂ© objectif dâHitler.
Dans son essai LâAutre Collaboration, Michel Onfray, met au jour les racines françaises de ce qui nâest pas une simple erreur tactique mais une nouvelle forme de collaboration morale : lâislamo-gauchisme. Comme jadis, une gauche intellectuelle rongĂ©e par la haine de soi civilisationnelle, sâallie objectivement avec une idĂ©ologie totalitaire qui mĂ©prise tout ce quâelle prĂ©tend dĂ©fendre : la libertĂ© des femmes, la laĂŻcitĂ©, les droits des minoritĂ©s sexuelles, la raison critique.
Le moralisme de façade permet tous les abandons. La gauche dĂ©fend le rĂ©gime iranien â bourreau des femmes, des homosexuels, des minoritĂ©s â dĂšs lors quâil sâoppose à « lâOccident » et Ă IsraĂ«l. Elle ne dĂ©nonce pas, ou du bout des lĂšvres, les viols collectifs commis en IsraĂ«l le 7 octobre 2023, par les commandos du Hamas, ou chez nous par des immigrĂ©s. Silence assourdissant sur les « tournantes » dans les citĂ©s, sur le scandale de Rotherham en Angleterre, oĂč plus de 1 400 jeunes filles Ă©taient violĂ©es et exploitĂ©es par des gangs pakistanais, tandis que les autoritĂ©s locales â police et services sociaux â fermaient les yeux par peur dâĂȘtre accusĂ©es de racisme.
La dĂ©rive morale de la gauche se traduit aussi par son empressement Ă accuser IsraĂ«l de tous les crimes â famine, gĂ©nocide â alimentant mĂ©thodiquement lâantijudaĂŻsme musulman des banlieues. MĂ©lenchon, figure de proue de cette dĂ©rive, en offre lâillustration en jouant sur la prononciation du nom dâEpstein : « Epstine, ça fait plus russe », avant dâenchaĂźner sur Einstein et Frankenstein. Rires dans la salle. Jeu de mots sur la consonance juive dâun nom. AntisĂ©mite ? « Ironie », rĂ©pond-il. Mais le public comprend le dog-whistle.
Coucher avec lâennemi
De maniĂšre indĂ©cente, une multitude dâassociations de gauche accusent les Juifs de gĂ©nocide sans quâaucun tribunal international nâait prononcĂ© un tel jugement. Quant au Hamas, qui appelle explicitement Ă lâextermination des Juifs, il est qualifiĂ© de mouvement de RĂ©sistance. Des universitĂ©s â y compris Anvers, Gand et la VUB â dĂ©cernent des doctorats honoris causa Ă Francesca Albanese, rapporteuse de lâONU, qui qualifie IsraĂ«l « dâennemi de lâhumanitĂ© ». Une promotion de Droit de lâULB porte le nom de Rima Hassan. LâUniversitĂ© qui, hier, se gargarisait de valeurs wĂ©bĂ©riennes â science, progrĂšs, rationalitĂ© â couronne aujourdâhui la propagande.
Autre victime emblĂ©matique : Boualem Sansal, pourfendeur de lâislamisme, emprisonnĂ© pendant un an en AlgĂ©rie pour « atteinte Ă lâunitĂ© nationale ». Victime dâun rĂ©gime autoritaire et islamiste, il nâa suscitĂ© aucune mobilisation massive de la gauche française. Pire : diabolisĂ©, boycottĂ©, traitĂ© « dâArabe de service » par ceux qui, hier, se disaient solidaires des dissidents. Parce quâil refuse le narratif victimaire et dĂ©nonce la rĂ©alitĂ© islamiste, il devient infrĂ©quentable. La gauche prĂ©fĂšre les bourreaux aux victimes qui dĂ©rangent.
Le nouvel antiracisme achĂšve le tableau. La race placĂ©e au centre de tout : culte des « racisĂ©s », tris ethniques dans les manifestations, ateliers « non-mixtes ». On combat le racisme⊠en racialisant la sociĂ©tĂ©. Aux Ătats-Unis, exiger une piĂšce dâidentitĂ© pour voter â condition sine qua non dâĂ©lections dĂ©mocratiques â est qualifiĂ© de « discrimination raciale ».
La gauche vit en apesanteur morale, elle a coupĂ© les amarres avec la rĂ©alitĂ©. Elle dĂ©fend des idĂ©es aux dĂ©pens des faits, ce qui lui permet de se sentir moralement supĂ©rieure tout en pactisant avec les pires ennemis de ses propres valeurs : la libertĂ© des femmes, la laĂŻcitĂ©, la protection des minoritĂ©s sexuelles, la dĂ©mocratie. Le moralisme nâest plus une exigence personnelle ; câest une arme contre lâautre.
Comme les parachutistes en formation, une partie de la gauche continue sa chorégraphie aérienne, persuadée de voler. Mais certains ont ouvert leur parachute : intellectuels lucides, dissidents musulmans, citoyens ordinaires qui constatent le réel. Ils tombent moins vite. Ils voient le sol arriver. Ils crient : « Attention ! »
Il est temps que la gauche tire sur la poignĂ©e. Sinon, lâatterrissage sera brutal. Et ce ne sera pas la faute du vent, ni des « fachos », ni des « complotistes ». Ce sera la sienne. La chute libre nâest pas une sensation ; câest une rĂ©alitĂ©. Et la rĂ©alitĂ©, tĂŽt ou tard, rattrape ceux qui la nient.

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