Vous connaissez la chanson : l’extrême-droite est archi complotiste ! Quand on dit, à gauche, complotiste, on veut dire « extrême-droite » ou plus simplement « droite » (sous-entendu : « bas de plafond ») : ils voient des complots partout, ces idiots de « droite et d’extrême-droite ». Alors, peut-on imaginer un complot de comploteurs anti-complotistes contre les complotistes (vous suivez ?) ? Ce serait amusant, et même extravagant, mais a priori, non, nous ne sommes pas obsessionnels, nous : pas de complot à gauche. Quoique…
Quoique vous allez voir ce que vous allez voir : une info renversante ! D’abord, nous avions décidé de ne pas écrire dessus, car l’« l’info » n’est pas définitivement prouvée, loin de là. Il s’agit, aux États-Unis, de l’inculpation par un grand jury – l’inculpation, pas la condamnation – de l’une des plus grosses associations de lutte contre la pauvreté et (car apparemment les deux choses iraient ensemble) de lutte contre les mouvements d’extrême-droite, suprémacistes, néo-nazis, racistes, etc., le Southern Poverty Law Center (SPLC), une espèce de SOS Racisme à l’échelle américaine, c’est-à-dire énorme. Depuis sa création en 1971, le SPLC brasse des centaines de millions de dollars en provenance de ses donateurs. Or il est accusé par le FBI d’en avoir utilisé quelques-uns pour arroser… ces mêmes groupes extrémistes.
Et même arroser assez copieusement. Le Ku Klux Klan aurait ainsi reçu plus de 3 millions de dollars du SPLC entre 2014 et 2023. Plus récemment et plus significativement, un organisateur de la manifestation à Charlottesville en 2017, de sinistre mémoire car une femme y avait trouvé la mort, renversée par une voiture bélier dirigée contre les contre-manifestants de gauche, a reçu, selon l’accusation, la coquette somme de 270 000 dollars du même SPLC. Il s’agissait d’une manifestation d’extrémistes, en effet, intitulée « unite the right », de quelques centaines de personnes dont certaines aux allures effectivement patibulaires (mais pas toutes, avait dit Trump, et ça a suffi pour en faire un complice zélé des néo-nazis), pour protester contre la décision de la municipalité de déboulonner la statue du général sudiste Robert Lee, lequel trônait sur son cheval au milieu d’un parc qui portait autrefois son nom avant d’être débaptisé. C’était en pleine bataille politico-culturelle sur ce qui symbolise le mieux les États-Unis : symboles de droite ou symboles de gauche, culture de droite ou culture de gauche : cancelisation et déboulonnages de part et d’autre à tous les étages. C’est à cette occasion que les extrémistes de droite en tous genres étaient sortis du bois. Peut-être, donc, aidés, en un complot savamment monté, par une organisation de gauche dont le but officiel est au contraire de les traquer. Sauf que plus on les voit, plus il semble nécessaire de les traquer… et de donner un peu d’argent pour ce faire. C’est la thèse de l’accusation.
Nous avons finalement décidé d’écrire sur cette inculpation car, accusation avérée ou pas (les dirigeants du SPLC dénoncent une opération politique et prétendent que l’argent ainsi dépensé était pour se tenir informés), elle met en lumière un phénomène plus vaste aussi bien aux États-Unis qu’en Europe, et qu’on pourrait qualifier ainsi : le « complot mondial d’atmosphère » de la gauche contre « la droite et l’extrême-droite », de même qu’il existe désormais un antisémitisme d’atmosphère mondial.
D’abord, complot ou pas fomenté par le SPLC, la manifestation de Charlottesville avait parfaitement rempli son rôle d’épouvantail à l’intention des Démocrates surjouant l’effroi (et c’est précisément ça le vrai complot d’atmosphère : toujours surjouer l’effroi), Biden en tête, qui s’en était abondamment servi et avait finalement remporté la présidentielle en 2020. Ensuite, parce qu’à bien y réfléchir, le complot d’atmosphère de la gauche est justement d’atmosphère : il n’a pas besoin de comploteurs organisés. C’est en tombant sur un « retweet », ou « re-X », comme vous préférez, d’une victime de ce complot mondial, l’ami québécois Christian Rioux, que la chose nous est apparue clairement. Le journaliste Rioux a été proprement viré de son journal, Le Devoir, par une rédaction en chef et une rédaction tout court unies comme un seul homme, qui ne le trouvaient pas assez anti-complotiste. Ce qui se passe ici en France avec le résistant Quatremer s’était déjà passé au Québec quelques semaines auparavant…
Le viré Rioux, donc, retweetait récemment un papier d’un journaliste du Figaro (vade retro, Satanas !) qui concernait justement Libération : un article qui titrait sur une info américaine sur les crimes de l’extrême-droite. Chiffres évidemment gonflés, et même à bloc : aux USA, 93% des meurtres politiques sont d’origine extrême-droitiste, titrait Libé. D’après qui ? D’après l’Anti-defamation League. Le journaliste du Figaro écrivait, après les avoir décortiquées : « Les statistiques de l’Anti-Defamation League (ADL) surestiment le nombre de victimes de l’extrême-droite aux Etats-Unis. » Évidemment, les journalistes de Libération s’étaient abstenus de préciser d’où ils tenaient ces chiffres pourtant totalement contre-intuitifs. Fondée dans les années 30, l’anti-Defamation league était à l’origine destinée à lutter contre l’antisémitisme. Comme son petit frère le SPLC, elle a dérivé vers la dénonciation obsessionnelle de l’« extrême-droite », avec, comme le SPLC, comme en France le MRAP par exemple, une définition de plus en plus extensive de l’extrême-droite. Faites attention : vous en faites sans doute partie si vous ne vous êtes pas déclaré de gauche…
On pourrait multiplier les exemples. Ce qu’il faut retenir, c’est que ça marche tout seul. Pas besoin d’un « cerveau » central à ce complot. Il marche tout seul, avec de multiples petits cerveaux comploteurs (mais bien sûr anti-complotistes) autonomes : complot d’atmosphère…
© Julien Brünn

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