Quand elles disparaissent, c’est un fragment de notre patrimoine commun qui s’efface, une référence partagée, un souvenir collectif. Par Marie Robert

Ceci est un patrimoine. 

« Mais tu n’as pas l’impression que toutes les figures de notre adolescence sont en train de mourir ? », s’exclame mon amie, l’air désemparé, comme si, dans ces curieux deuils collectifs, c’est à elle qu’on arrachait une part d’intimité. Bien sûr, nous ne sommes pas les enfants de Nathalie Baye, de Nadia Farès ou de Lionel Jospin. 

Bien sûr, nous n’avons pas été amis avec Loana, Bruno Salomone ou Nicholas Brendon. Bien sûr que notre mélancolie n’est rien comparée au chagrin indicible de leurs proches. Et pourtant, dans la radicalité de leurs différences, ces personnalités racontent quelque chose de nous, quelque chose que nous avons partagé avec eux sans qu’ils le sachent, quelque chose de notre passé commun. Je crois que chaque « célébrité » incarne une perspective, une certaine idée de l’existence, et que l’intérêt que nous avons pour eux ne réside pas seulement dans leur travail, pas plus qu’il ne réside dans une curiosité voyeuriste, mais bien dans ce qu’ils nous évoquent, dans ce qu’ils mettent en chair. 

Je me souviens que le timbre inoubliable de Nathalie Baye conjuguait, dans un même souffle, l’élégance et la gouaille que j’ai toujours rêvé d’avoir. 

Je me souviens du dynamisme iconique de Nadia Farès. Je me souviens de « l’essentiel n’est pas de parler haut, mais de parler juste » de Lionel Jospin. 

Ces figures-là ne nous appartenaient pas. Et pourtant, quand elles disparaissent, c’est un fragment de notre patrimoine commun qui s’efface, une référence partagée, un souvenir collectif. Il suffit de prononcer un nom, une réplique, un titre, et quelque chose s’allume dans les yeux de ceux qui ont grandi à la même époque. Ce patrimoine-là n’est pas dans les musées. Il vit dans les mémoires, dans les corps, dans ces éclairs de reconnaissance qui traversent une conversation. Et quand ces figures s’en vont, c’est aussi ce patrimoine vivant qui se fragilise. Pas brutalement, mais par strates, comme une langue qui perd ses derniers locuteurs. 

C’est peut-être pour ça que ces deuils collectifs font si étrangement mal. Je nous souhaite de faire vivre le souvenir.

© Marie Robert

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