L’Europe dans le reniement : élégie pour une civilisation offerte. Par Charles Rojzman

Il arrive qu’une civilisation ne meure pas sous les coups de ses ennemis mais sous le regard qu’elle pose sur elle-même. Elle se contemple longuement, avec une sorte de mélancolie satisfaite, et dans ce miroir elle découvre non plus une force mais une faute. Alors commence le lent travail du reniement.

L’Europe est entrée dans cet âge étrange où l’on cultive sa propre disparition comme une vertu. On ne renie plus par honte mais par élégance morale. On parle d’ouverture, d’inclusion, de diversité, comme les vieilles aristocraties parlaient autrefois de décadence avec une grâce presque voluptueuse. On transforme la fatigue des peuples en principe politique, la lassitude en sagesse, la démission en humanisme.

Je connais ce regard. C’est le regard des civilisations qui ont cessé de croire à elles-mêmes. Elles continuent d’exister matériellement — les villes brillent encore la nuit, les universités publient, les musées restaurent leurs toiles — mais l’âme qui donnait sens à ces pierres s’est retirée. Les cathédrales restent debout, mais les peuples qui les ont bâties ne savent plus très bien pourquoi elles furent bâties.

Et dans ce vide spirituel, quelque chose s’avance.

On se trompe profondément lorsque l’on réduit l’islamisme à une simple radicalisation religieuse. Les religions connaissent depuis toujours leurs fanatiques, leurs mystiques violents, leurs prophètes d’acier. Mais l’islamisme n’est pas seulement un excès de foi. Il est un projet politique total, une vision du monde qui ne tolère ni partage ni coexistence durable.

Il n’a pas pour horizon la justice, mais la soumission.

Il n’a pas pour ambition la coexistence, mais la domination.

Là réside son secret.

Car ce projet, contrairement à ce que répètent nos sociologues fatigués, ne naît pas seulement de la pauvreté, ni de l’humiliation coloniale, ni des blessures de l’histoire. Il naît d’une conviction simple : l’idée que la loi divine doit absorber la loi humaine, que la vérité révélée doit remplacer la liberté de penser.

Dans ce monde-là, l’art est suspect, la liberté est blasphème, la femme est mineure, l’ironie est crime, et la mémoire européenne — cette mémoire pleine de doutes, de tragédies et de révoltes — apparaît comme une hérésie.

Mais ce qui frappe, lorsqu’on observe l’Europe contemporaine, ce n’est pas tant la détermination de l’islamisme que l’incroyable faiblesse de ceux qui prétendent lui résister.

Car l’Europe ne se défend plus. Elle s’excuse.

Elle s’excuse d’avoir existé.

Elle s’excuse d’avoir conquis.

Elle s’excuse d’avoir dominé.

Elle s’excuse même d’avoir pensé.

Les élites européennes vivent dans une étrange liturgie de la culpabilité. Elles répètent les fautes du passé comme des psaumes. Colonisation, esclavage, domination, patriarcat : ces mots sont devenus les stations d’un chemin de croix où l’Occident expie sa propre histoire.

Et pendant qu’il se confesse, d’autres avancent.

Non pas avec fracas, mais avec patience.

L’islamisme ne conquiert pas comme Napoléon. Il ne marche pas sur les capitales avec des armées régulières. Il infiltre. Il s’installe dans les interstices. Il occupe les zones que la civilisation a abandonnées : les marges des villes, les failles du droit, les ambiguïtés du langage.

Il prospère dans la peur.

La peur d’être accusé d’intolérance.

La peur d’être traité de raciste.

La peur d’être jugé par une morale que nous avons nous-mêmes inventée contre nous.

Ainsi se construit une situation paradoxale : l’idéologie la plus autoritaire du monde contemporain avance sous la protection morale de la société la plus culpabilisée de l’histoire.

Et c’est ici qu’apparaît Israël.

Israël est devenu, pour l’Europe, une sorte de miroir cruel. Non parce qu’il serait parfait — aucune nation ne l’est — mais parce qu’il rappelle ce que signifie encore exister politiquement.

Israël connaît ses frontières.

Israël connaît ses ennemis.

Israël sait ce que signifie perdre une terre.

Cette lucidité choque l’Europe.

Elle choque parce qu’elle révèle notre propre renoncement.

Là où Israël assume le tragique de l’histoire, l’Europe tente de l’abolir. Là où Israël nomme ses adversaires, l’Europe préfère dissoudre les conflits dans des mots abstraits. Là où Israël combat, l’Europe négocie avec le réel comme avec une gêne diplomatique.

Alors on accuse Israël.

On lui prête les crimes les plus commodes : apartheid, colonialisme, fascisme. Ces mots circulent dans les universités, dans les plateaux de télévision, dans les cortèges militants, comme des monnaies morales dont plus personne ne vérifie la valeur.

Ce qui importe, ce n’est pas la vérité des accusations.

C’est la fonction qu’elles remplissent.

Car en condamnant Israël, l’Europe se rassure. Elle se persuade que la violence n’est pas dans son renoncement mais dans la résistance des autres.

C’est un mécanisme ancien.

Les civilisations fatiguées haïssent ceux qui leur rappellent la nécessité de se battre.

Ainsi naît ce paradoxe cruel : le seul État démocratique du Moyen-Orient devient, dans l’imaginaire occidental, le symbole du mal. Non parce qu’il serait le pire, mais parce qu’il refuse de mourir avec élégance.

Pendant ce temps, les gouvernements européens continuent leurs transactions.

Ils signent des contrats énergétiques avec les régimes les plus obscurantistes.

Ils vendent des armes aux puissances qui financent les prêches de haine.

Ils ferment les yeux sur les réseaux idéologiques qui irriguent l’islamisme politique.

La morale, comme toujours, est réservée aux alliés faibles.

Israël reçoit les sermons.

Les pétromonarchies reçoivent les contrats.

Ce mélange de cynisme et de peur constitue peut-être la véritable tragédie européenne.

Car au fond, l’islamisme n’est pas seulement un ennemi extérieur. Il est le révélateur de notre vide intérieur.

Il prospère sur notre refus d’être ce que nous sommes.

Une civilisation ne disparaît pas parce qu’elle est conquise. Elle disparaît parce qu’elle cesse de vouloir vivre. L’Europe ressemble de plus en plus à ces empires tardifs que les historiens décrivent avec une fascination mélancolique : tout y fonctionne encore, les routes sont pavées, les lois écrites, les bibliothèques ouvertes — mais la volonté de durer a disparu.

Dans ces moments-là, l’ennemi n’est plus seulement redouté. Il est attendu.

Il devient presque une délivrance.

Il vient mettre fin à l’incertitude, apporter une loi là où il n’y avait plus que des débats, imposer un ordre là où la civilisation n’avait plus la force de croire en elle-même.

C’est ainsi que meurent les mondes.

Non dans le fracas des invasions, mais dans la fatigue morale des peuples.

Et pourtant, au bord de ce crépuscule, une leçon demeure.

Elle vient d’un pays petit, entouré d’ennemis, contesté jusque dans son droit d’exister.

Israël rappelle une vérité que l’Europe refuse d’entendre :

il n’y a pas de paix sans lucidité.

il n’y a pas de liberté sans courage.

il n’y a pas de civilisation sans frontières.

Le reste n’est que rhétorique.

Et si l’Europe continue de croire que l’on peut composer indéfiniment avec ceux qui haïssent ce qu’elle est, alors il viendra un jour où ses enfants apprendront d’autres prières, dans une autre langue, sur les ruines de leurs propres cathédrales.

Ce jour-là, il ne restera plus à l’Europe qu’une dernière élégie : celle qu’écrivent les civilisations qui ont préféré la bonne conscience à la survie.

© Charles Rojzman

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18 Comments

  1. Bonjour Monsieur Charles Rojzman, l’Europe n’a jamais été une civilisation… La civilisation européenne ça n’existe pas.

    L’Europe est une construction politique pure du haut. Je ne vois donc pas comment quelque chose qui n’existe pas pourrait se maintenir ou disparaître.

    Toute cette histoire de civilisation, c’est un truc de philosophes, ça n’a jamais existé dans l’histoire de l’humanité, jamais l’Occident n’a été une civilisation, ne s’est pensé comme une civilisation…

    C’est un ensemble de nations n’ayant jamais formé une civilisation.

    Le concept de civilisation est une pure abstraction philosophique inventée entre le XVIIᵉ et le XVIIIᵉ siècle, en partie pour aller vers l’universalisme, un autre délire totale nihiliste de détraqués de la pensée des Lumières.

    C’est un pur nihilisme : l’histoire humaine serait un processus abstrait et universel, orienté vers un progrès commun.

    La réalité est que le 19e et le 20e siècle ont été marqués par des violences d’une ampleur sans précédent.

    Voilà la civilisation européenne… Des centaines de millions de personnes ayant vécu des souffrances absolues.

    Mais quand on dégage la souffrance humaine de l’équation, on peut parler de la grande civilisation occidentale…

    Qui n’a jamais existé.

    Pas plus que ce délire de judéo-christianisme, un autre délire de philosophes pour faire joli.

    Ce qui n’empêche en rien la grande diabolisation d’Israël. Donc c’est où « civilisation judéo-chrétienne » ?

    Elle est où ?

    C’est juste dans des livres pour intellectuels et répété par des politiques pour se rendre intelligents.

    • Après 1815, le dix-neuvieme siècle a été l’un des moins sanglants que l’Europe ait connus. A quelques exceptions près comme la guerre de 1870, ce fut celui où le vieux continent a le plus connu la paix. Toutes les civilisations ont été bâties sur la souffrance et la capacité à surmonter les cataclysmes : c’est cette résilience qui a totalement déserté le monde occidental.

      La réalité, c’est que vous tenez le même discours que les wokistes, Jean-Luc Mélenchon et d’autres membres de LFI. C’est frappant.

      • La réalité, c’est que votre rapprochement de mon propos avec les discours des wokistes, de Jean‑Luc Mélenchon ou d’autres membres de LFI est totalement infondé. Vous ne connaissez pas ces discours pour pouvoir les mettre sur le même plan critique que ce que j’ai écrit.

        Merci donc de me citer un seul passage, un seul discours, de Mélenchon ou d’un wokiste, qui exprime ce que j’avance dans mon commentaire. Et si jamais quelqu’un l’a dit, pour votre gouverne, même une horloge cassée donne la bonne heure deux fois par jour : cela ne justifie en rien de mettre sur le même plan ce qui relève de faits concrets et ce qui relève d’idéologies abstraites.

        Il serait temps de cesser de penser avec ce petit esprit sectaire, Louise Rivière. Rien dans votre commentaire n’invalide ce que j’ai écrit. Vous transformez l’histoire en concept moral : “Toutes les civilisations ont été bâties sur la souffrance et la capacité à surmonter les cataclysmes.”

        Alors, posons la question clairement : est-ce bien de se construire sur la souffrance humaine ? Faut-il réellement valoriser ou justifier la mort, la famine, la guerre et la terreur sous prétexte qu’elles auraient forgé la “civilisation” ?

        Mon commentaire regarde le réel. Votre abstraction morale, elle, détourne le regard des faits et transforme l’histoire en récit philosophique. Ce décalage est exactement ce que je critique : la souffrance vécue disparaît derrière les concepts, et c’est ça qui fait le danger de ce type de discours.

        • La négation de l’existence des civilisations et la détestation des Lumières, à titre d’exemples, font partie des bases du wokisme. (Qui lui-même représente l’une des pires formes d’obscurantisme que le monde ait jamais connus). Par ailleurs, je n’ai pas dit que les civilisations ont été bâties sur la souffrance mais sur la capacité à surmonter les souffrances collectives et à en faire une force commune. Cela s’appelle la résilience.
          Une civilisation ou un peuple perdant sa résilience disparaît, lentement ou brutalement.

          • Louise Rivière

            Le wokisme ne nie pas l’existence des civilisations. Il critique certaines structures, hiérarchies ou dominations, mais reconnaît que des civilisations ont existé.

            Je ne nie pas l’existence de cultures ou de sociétés concrètes, que des peuples ont vécu, produit des savoirs, des arts, des institutions. Je dis simplement que ces peuples et ces cultures ne se sont jamais pensés comme des “civilisations”. Le concept de civilisation est une invention moderne.

            Je ne déteste pas les Lumières. Où avez‑vous lu cela ? Je fais seulement un constat : certains philosophes des Lumières ont pu écrire des choses totalement délirantes et nihiliste. Je ne suis pas dans leur détestation.

            Il n’y a pas de civilisation européenne. Ça n’a jamais existé : LA civilisation européenne.

             » Par ailleurs, je n’ai pas dit que les civilisations ont été bâties sur la souffrance »

            Vous avez écrit “Toutes les civilisations ont été bâties sur la souffrance et la capacité à surmonter les cataclysmes”.

            Je ne conteste pas la résilience, je conteste l’affirmation que toutes les civilisations ont été bâties sur la souffrance.

            Et vous ne m’avez strictement rien démontré, rien prouvé qui montrerait en quoi ce que j’ai écrit ressemblerait aux discours de Mélenchon. Vous l’affirmez, mais vous ne citez aucun texte, aucune phrase, aucun exemple précis. Sans preuve, cela reste une simple étiquette que vous collez, pas un argument.

        • Je donne raison à @Louise Rivière. Vos multiples commentaires dénotent un dogmatisme sectaire, un déni de réalité total et une propension à l’insulte envers des personnes plus intelligentes que vous.

  2. De même qu’il existe plusieurs civilisations orientales (indienne, chinoise, japonaise etc), il existe non pas une mais des civilisations occidentales : française, italienne, anglo-saxonne, espagnole, germanique et slave. Les cinq premières sont en train de s’effondrer sous les coups mortels des démons qu’elle a importés (d’Afrique et du proche orient) ou elle-même fabriqués (nazisme Hitlérien, UE et wokisme). Jamais autant de Français, toutes générations comprises, n’ont souhaité quitter définitivement leur propre pays, leur propre civilisation où ils se savent désormais étrangers et en danger. Les meilleurs partent ou veulent partir. J’en suis arrivée à regarder le drapeau français comme un drapeau étranger et à considérer le Louvre ou Versailles comme les vestiges de temps anciens, au même titre que l’acropole d’Athènes.
    Hitler et le 3ème Reich voulaient détruire le monde judéo-chrétien : c’est exactement l’ambition des mélenchonistes, des wokistes et des Européistes.

  3. Vous écrivez :

    – « De même qu’il existe plusieurs civilisations orientales (indienne, chinoise, japonaise etc), il existe non pas une mais des civilisations occidentales : française, italienne, anglo-saxonne, espagnole, germanique et slave. »

    Vous projetez rétrospectivement, Louise Rivière, un concept inventé au XVIIᵉ‑XVIIIᵉ siècle sur des époques qui n’en avaient absolument aucune conscience.

    Personne en Occident ne s’est jamais pensé comme appartenant à une “civilisation occidentale”. C’est une abstraction philosophique moderne, pas une réalité historique vécue.

    De la même façon, personne dans l’Égypte antique ne se percevait comme partie d’une “civilisation égyptienne”. Les gens vivaient leur quotidien, leurs croyances, leurs traditions, leurs luttes politiques et sociales. Ils n’avaient aucune idée d’un concept global et universel qui classerait leur société dans une “civilisation” idéale ou hiérarchisée.

    – « Les cinq premières sont en train de s’effondrer sous les coups mortels des démons qu’elle a importés (d’Afrique et du proche orient) ou elle-même fabriqués (nazisme Hitlérien, UE et wokisme). »

    Vous confondez turbulence et effondrement.

    L’histoire de l’Europe est une succession quasi permanente de crises, de guerres, de migrations, de transformations politiques et religieuses. Rien de tout cela n’est nouveau.

    Au XVIᵉ et XVIIᵉ siècles, l’Europe s’est littéralement déchirée dans les Guerres de religion en Europe.

    Au XVIIᵉ siècle, la Guerre de Trente Ans a détruit des régions entières et tué des millions de personnes.

    Le XXᵉ siècle a vu deux catastrophes mondiales avec la Première Guerre mondiale et la Seconde Guerre mondiale.

    Si l’on devait parler d’“effondrement”, l’Europe aurait déjà disparu plusieurs fois.

    Ce que vous appelez aujourd’hui un effondrement est en réalité une phase de turbulence historique, comme il y en a toujours eu. Les sociétés changent, se transforment, se recomposent. Elles ne disparaissent pas pour autant.

    L’histoire ne fonctionne pas comme un récit apocalyptique.

    Elle est faite de cycles de crises, de recompositions et de continuités.

    Parler d’“effondrement de civilisation” à chaque période de tension est moins une analyse historique qu’une dramatisation idéologique.

    Il ne faut pas oublier non plus les Guerres napoléoniennes et les guerres de l’Empire menées par Napoléon Bonaparte, qui ont profondément déstabilisé toute l’Europe au début du XIXᵉ siècle et provoqué la mort de centaines de milliers, voire de millions de personnes.

    Si l’on suivait votre logique d’“effondrement”, l’Europe aurait donc déjà dû disparaître à cette époque. Pourtant elle ne s’est pas effondrée : elle a traversé une nouvelle phase de bouleversements, comme elle l’a fait à de nombreuses reprises dans son histoire.

    — « Jamais autant de Français, toutes générations comprises, n’ont souhaité quitter définitivement leur propre pays, leur propre civilisation où ils se savent désormais étrangers et en danger. »

    Vous oubliez les immenses vagues d’émigration européennes des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Des dizaines de millions d’Européens ont quitté leur pays pour aller vivre ailleurs : vers les Amériques, l’Australie ou d’autres régions du monde. Rien que pour la France, plusieurs millions de personnes sont parties s’installer à l’étranger au cours de ces deux siècles.

    Entre le milieu du XIXᵉ siècle et le début du XXᵉ siècle, l’Europe a connu l’un des plus grands mouvements migratoires de l’histoire humaine, avec plus de 50 millions d’Européens quittant le continent pour les États-Unis, l’Argentine, le Canada ou le Brésil.

    Donc affirmer qu’“on n’a jamais autant voulu quitter son pays” n’a pas beaucoup de sens historiquement. Les migrations massives ne sont pas un phénomène nouveau ni le signe automatique d’un effondrement : elles font partie de l’histoire normale des sociétés européennes.

    « le monde judéo-chrétien »

    Vous parlez de “monde judéo-chrétien”. Mais en quoi ce monde a-t-il été “judéo” ?

    Pendant des siècles, l’Europe chrétienne a persécuté les Juifs : expulsions, ghettos, discriminations, massacres. On peut citer par exemple l’Expulsion des Juifs d’Espagne en 1492, ou les massacres qui accompagnent la Première croisade, où des communautés juives entières d’Europe ont été détruites.

    Puis vient le XXᵉ siècle avec la Holocauste, extermination industrielle de six millions de Juifs au cœur de l’Europe.

    Après la guerre, la relation ne devient pas soudain “judéo-chrétienne”. L’antisémitisme disparaît partiellement mais la diabolisation d’Israël devient centrale dans le discours politique européen, notamment après la célèbre déclaration de Charles de Gaulle en 1967 sur le “peuple d’élite, sûr de lui et dominateur”.

    Alors la question reste entière : où est le “judéo” dans ce prétendu monde judéo-chrétien ?

    Le christianisme s’est construit en grande partie contre le judaïsme, en réinterprétant la Bible hébraïque et en accusant les Juifs de rejet du Christ. Pendant près de deux millénaires, cela a servi de base théologique à leur marginalisation et extermination.

    • Vous pratiquez l’inversion accusatoire et déraisonnez avec des slogans en guise de pensée, tout comme les wokistes dont à certains égards vous n’êtes pas si éloigné. Quant a moi, je n’ai pas de temps à perdre à échanger avec un mur. J’aime ou aimais beaucoup Tribune Juive pour son engagement et sa liberté de ton, mais votre unique présence, toxique à souhait, m’incite à ne plus le lire ni m’en mêler.

      • Chère Louise Rivière. Vous n’êtes pas obligée de tenir compte de certains contributeurs et encore moins de leurs avis. La parole est libre, et il serait dommage que nous soyons privés de vos opinions toujours intéressantes.
        Cordialement.

        • Merci, Nathalie, mais si mes opinions sont intéressantes, elles n’ont plus leur place ici. Elles ont d’ailleurs été censurées quatre ou cinq fois, et je ne suis même pas sûre que ma réponse vous parvienne.

          • Vous exagérez cher Calimero: sont censurés les commentaires violents ou / et incivils. Sarah Cattan pour TJ

  4. Cela n’avait rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui car les Européens se faisaient la guerre entre eux mais ils ne se détestaient pas en tant qu’Européens et n’ouvraient pas la porte à l’envahisseur externe. Aucun peuple n’a jamais vénéré ses bourreaux et ne s’est jamais hai lui-même comme le font les Occidentaux depuis les années 50-60. Le racisme anti-occidental (anti-blancs, anti-juifs, anti-chrétiens) est aussi triomphant en Europe de l’ouest et en Amérique du nord qu’en Afrique du Sud ou en Algérie. C’est exactement comme si les pays Africains vénéraient le Klux Klux Klan et interdisaient l’enseignement de la traite des Noirs. Mais seuls les Occidentaux sont assez fous pour se comporter ainsi.

    • “Cela n’avait rien à voir avec ce qui se passe aujourd’hui car les Européens se faisaient la guerre entre eux mais ils ne se détestaient pas en tant qu’Européens.”

      Mais de quoi parlez-vous, Louise Rivière ?

      Ils ne se pensaient pas en tant qu’Européens, jamais. L’idée d’Europe comme entité commune n’existait pas. Ils se haïssaient, ils se massacraient, ils se brûlaient les villes et les villages, ils exterminaient des populations entières pour des raisons dynastiques, religieuses ou politiques. La Guerres de religion en Europe, la Guerre de Trente Ans, les conflits napoléoniens… ce sont des millions de morts, des peuples affamés et détruits.

      Dire qu’ils “ne se détestaient pas” est une plaisanterie, un déni complet de la réalité historique. Dans quel monde vivez-vous pour raconter ça ?

      Dire que les Européens “ne se détestaient pas” est une vision totalement édulcorée de l’histoire.

      Les peuples se haïssaient souvent viscéralement : villes contre villes, royaumes contre royaumes, communautés religieuses contre communautés religieuses. La haine se manifestait par des massacres systématiques, des purges, des pogroms, des sièges qui décimaient des populations entières, et par la volonté d’anéantir l’adversaire, pas simplement de l’affaiblir.

      Il ne s’agissait pas de rivalités abstraites ou d’affrontements sportifs : c’était de la haine organisée, politique, religieuse et militaire, la destruction de l’autre comme objectif conscient. La notion même de “fraternité européenne” n’existait pas ; on ne se voyait pas comme membres d’une communauté commune.

      En un mot : la “détestation” était totale, quotidienne et mortelle, et ce n’est pas comparable à ce que vous décrivez comme un prétendu refus contemporain de soi-même.

  5. La « dispute » – au sens médiéval du mot ? – entre Carras et Louise me semble assez vaine :
    il n’y a pas à ma connaissance de grands États qui ne se soient constitués historiquement sans massacres et génocides ; quelques exemples, sans ordre chronologique :
    – les USA sur le génocide des Amérindiens ;
    – la France sur le sud d’Oc et des Vendéens ;
    – et Israël sur la Nakba (documentée par les historiens juifs)…

    L’Europe s’est débarrassé pendant des siècles de ses voyous (et persécutés) dans ses colonies en Afrique, en Asie, Australie (encore un génocide) et en Amérique du Nord (les USA ne sont-ils pas une excroissance monstrueuse de l’Europe ?) et est effectivement responsable de tous les génocides commis depuis le 15e siècle : le savoir et la reconnaissance de ces crimes est non pas repentance misérabiliste et auto-flagellation mais travail d’historien.

    MAIS, l’Europe a aussi inventé les droits de l’Homme, avec Érasme, Thomas More, Dante, Spinoza, Diderot, Goethe, etc. qui n’appartiennent à aucun « pays » particulier (voyez les correspondants d’Érasme dans toute l’Europe par exemple, ou les voyages de Descartes…et on pourrait remonter à Ibn Khaldoun, Averroès, Thomas d’Aquin, Guillaume d’Ockham…) Voir la conférence de 1932 d’Edmund Husserl, « La Crise de la conscience européenne et la philosophie », cruelle actualité.

    Si cette civilisation peut-être dite judéo-chrétienne, c’est en partie parce que nous devons aux juifs trois éléments majeurs : la sortie de l’immanence du divin au profit de la transcendance de Dieu, d’où la possibilité de la science ; l’égalité de l’homme et de la femme dans leur amour (« Homme et Femme il les créa ») et enfin, pour commencer à rompre les cycles interminables de la vengeance pour régler la violence (intra-spécifique : les humains sont les seuls mammifères à s’entretuer dans la même espèce), la loi dite « du talion » qui oblige à l’égalité dans les torts réciproques (ce que la clique qui prétend gouverner Israël actuellement oublie complètement et sauvagement), invention géniale qui ouvre la voie au droit, c’est-à-dire à la médiation désormais obligatoire du tiers (la 3e personne de la Trinité est le Paraclet, l’avocat) pour régler les conflits, qui ouvre à son tour la voie du pardon…
    Et bien entendu notre civilisation est en réalité judéo-arabo-chrétienne : toute la philosophie grecque nous parvient par les arabes, et il y a le chauffage urbain à Bagdad au moment où en France on en est revenu quasiment au néolithique…

    C’est au nom de leur foi que nombre de mes amis juifs critiquent sans pitié les actuels responsables d’Israël : Israël – en tant que peuple exemplaire et nation, a – je voudrais encore le croire – la capacité de reconnaître les torts extrêmes infligés aux Palestiniens et les réparer en instituant enfin un État laïc, démocratique, de citoyens égaux dans leurs droits. Et il y a des décennies qu’Israël aurait pu – y compris militairement – nous débarrasser des multiples tyrans qui défiguraient en Iran, Irak, Syrie, etc. l’idée même d’humanité. Aujourd’hui il est vraiment très – trop ? – tard…

    Cher Charles (peut-être vous souvenez-vous du bref chemin parcouru ensemble il y a longtemps ?), quand vous critiquez l’Islam politique, vous critiquez justement et salutairement la menace théocratique, critique qui n’a de sens qu’en référence à la laïcité, mais ne voyez-vous pas la MÊME menace dès lors qu’il est question d' »État juif » ? ou que les ministres de Trump se réunissent dans le bureau ovale pour réciter la prière chrétienne ? (voyez le travail d’Arnaud Miranda « Les Lumières sombres »). Et quand vous reprenez pour les condamner les critiques d’Israël, vous oubliez que ces critiques s’adressent au gouvernement actuel et non à Israël et encore moins aux juifs ; merci de distinguer ceux qui parlent au nom du droit et les antisémites – lesquels oublient d’ailleurs que les arabes sont aussi des sémites !

    J’ai passé ma carrière de professeur de philosophie à expliquer à mes élèves musulmans qu’ils commettaient une grave erreur en traduisant – mais ils ne sont pas les seuls ! – Islam (de la racine indo-européenne SLM – qui donne aussi Shalom) par « soumission » à Dieu : parce que l’obéissance est le contraire radical de la soumission. Et à mes élèves juifs que la kippa n’est pas le signe que Dieu est « au-dessus », parce que – nouvelle intuition géniale des juifs – Dieu n’est pas au-dessus mais au-devant, dans le désert souvent, un peu comme un professeur n’est pas au-dessus de ses élèves, mais au-devant en les invitant à le suivre, et le dépasser dans les aventures infinies de l’art, de la technique, de la science et… de la liberté.

    Bernard Defrance,
    http://www.bernard-defrance.net

  6. « Cher Charles (peut-être vous souvenez-vous du bref chemin parcouru ensemble il y a longtemps ?), quand vous critiquez l’Islam politique, vous critiquez justement et salutairement la menace théocratique, critique qui n’a de sens qu’en référence à la laïcité, mais ne voyez-vous pas la MÊME menace dès lors qu’il est question d’ »État juif » ? ou que les ministres de Trump se réunissent dans le bureau ovale pour réciter la prière chrétienne ? (voyez le travail d’Arnaud Miranda « Les Lumières sombres »). Et quand vous reprenez pour les condamner les critiques d’Israël, vous oubliez que ces critiques s’adressent au gouvernement actuel et non à Israël et encore moins aux juifs ; merci de distinguer ceux qui parlent au nom du droit et les antisémites – lesquels oublient d’ailleurs que les arabes sont aussi des sémites ! »
    Cher Bernard, merci pour votre réponse éclairante et non partisane.
    Georges Yoram Federmann
    https://www.judaisme-alsalor.fr/perso/gyfeder/memoire.htm

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