Crimes antisémites: de l’innommé à l’indicible. Par Sydney Touati

Pour qu’ Hitler devienne une Idole, l’Idole des Allemands puis des Européens, il fallait que les Eglises soient déchristianisées, dévoyées (cf. le Concordat signé par Rome avec Hitler…);  le judaïsme isolé, imperceptible et discrédité.

Les Juifs visibles étant pour la plupart athées, voire révolutionnaires, les démocraties impuissantes. Aucune force religieuse n’occupant le territoire du Sacré, le paganisme s’engouffra dans la brêche béante ouverte dans une société allemande déchirée par la guerre, la défaite et la fièvre du ressentiment.
Dans les années trente, une évidence s’imposa: seul le diable Hitler pouvait rétablir l’ordre et  terrasser le démon Staline. Le retour aux rites sacrificiels en découla. Les Allemands avaient besoin du massacre des Juifs pour alimenter leur insassiable soif de revanche.
Le sang juif coula dans les veines allemandes. La destruction programmée du peuple de la Bible fut le combustible  dont la mécanique païenne nazie avait un perpétuel et insatiable besoin.

Il vint un moment où la gueule béante de l’Idôle prit dans ses machoires le peuple allemand qui s’était prosterné devant lui.
Ce sont les Alliés qui le sauvèrent. Ils le réinstallèrent sur le trône du futur empire nommé Union européenne.
L’Idole hiberna et erra  pendant plus de 30 années  sous la terre du Silence, plaçant ses serviteurs partout,  poursuivant son oeuvre, préparant son fulgurant retour sur le sol européen.

En 1980, la bête immonde réaparut, brandissant l’étendard de l’Islam, elle poussa son terrible cri de haine à Paris, rue Copernic.
Les quelques malheureuses victimes juives qu’elle dévora ne furent qu’une mise en bouche.
Le cycle des tueries de Juifs recommençait.

Cette fois, le monstre avait compris la leçon. Pour que nul ne conteste la légitimité de ses rites sacrificiels, il  s’installa à gauche de l’échiquier politique.
Là,  salué par la bienpensance, comblé d’honneur, l’Idole put tuer en toute impunité, sous la protection de la Justice française et européenne qui interdisait de dire et d’entendre son nom, nom  qu’au demeurant tous les assassins hurlaient au moment où ils frappaient leurs innocentes victimes.

Comble de cynisme, les Juges exigèrent des victimes qu’ils appliquent à l’Idole l’interdit biblique : « Tu ne prononceras pas le nom de D. en vain ».
Et les victimes respectèrent cet interdit dévoyé, reconnaissant ainsi implicitement que l’Idole occupait bien la place de D. dans la sphère désanchantée  de la représentation dominante.
Ils ne nommèrent jamais le Monstre. Qui put continuer à dévorer ses victimes juives.
Le nom de l’Idole ne pouvant être traduit dans la langue du nouveau droit européen que tous les peuples de l’Union avaient l’obligation d’appliquer, il ne fut jamais prononcé, ni dans les tribunaux, ni dans les médias, ni dans les discours politiques.

Comme hier, le monde n’a toujours pas de mot pour dire l’indicible. Les crimes commis dans la nouvelle tentative de Shoah le 7 octobre 2023 étant situés dans l’au-delà de la condition humaine, crimes invisibles, indescriptibles, innommables,   dès lors qu’ils ne figurent pas dans notre espace civilisationnel, celui dessiné par la Bible.

Les crimes commis au nom d’Allah ne peuvent entrer dans la langue parlée par les Juifs et les Chrétiens. Ils n’existent donc pas.
Les tueurs du 7 octobre deviennent des victimes car dans leur langue, celle de la dhimmitude,  la résistance juive s’appelle crime.

© Sydney Touati

Avocat, essayiste, Sydney Touati s’intéresse aux transformations contemporaines du droit public, du droit international et à leurs effets sur les États démocratiques. Dernière publication: « De Voltaire à Badinter. Un essai sur la transformation du droit en France »

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