Francis Moritz. Allemagne, AFD la montée irrésistible de l’extrême droite et  antisémitisme

Le président du groupe parlementaire du parti d’extrême droite AfD en Thuringe, Björn Höcke, comparaîtra pour avoir déclaré lors d’un meeting électoral “Tout pour notre patrie, tout pour la Saxe-Anhalt, tout pour l’Allemagne”

À moins d’un an des élections européennes du 9 juin 2024, 2024 sera-t-elle l’année du “encore plus à droite” où le fameux plafond de verre explosera comme en Italie, où tel ou tel parti de droite qui avait juré, jamais, jamais de compromission avec l’extrême droite refera ses calculs électoraux et s’adaptera ? C’est à craindre.

Les sondages, les oracles indiquent que le pourcentage qu’obtiendrait l’AFD doublerait par rapport à l’élection précédente, si l’élection avait lieu actuellement.

Les trois moteurs de l’UE que sont la France, l’Allemagne et l’Italie, ont bien du mal à maintenir le statu quo d’avant la pandémie. La France doit faire face à une multitude d’urgences et en même temps à une dette abyssale, aggravée par la hausse des taux. L’Allemagne traditionnellement exportatrice, voit ses ventes reculer substantiellement notamment en Chine et ses parts de marché dans l’UE diminuer en raison d’une forte concurrence chinoise. Techniquement l’Allemagne est en récession. De plus la coalition est soumise à de fortes tensions. L’Italie avec son gouvernement très à droite a fait disparaitre le plafond de verre, mais doit affronter des vagues de migrants, en opposition avec le programme de Mme MELLONI qui en avait fait le point d’orgue de son programme. L’inflation qui aggrave la situation économique provoque un mécontentement généralisé.

Logo du parti d’extrême droite AfD. JENS SCHLUETER / AFP

L’AFD (l’alternative pour l’Allemagne) est fondée en 2013 dans  l’ex-République Démocratique Allemande avec ses 16 millions d’habitants .Elle sera réunifiée avec la République Fédérale en 1990. Elle a démarré son implantation locale dans les 4 Länder de l’est (régions) en entrant dans les parlements locaux. En 2017 elle réussit avec plus de 12% aux élections fédérales. Les sondages les plus pessimistes prévoient le maintien de son pourcentage actuel de 10% au pire, au mieux voire son possible doublement. A l’est, elle atteint 20% et parfois plus contre 10 à 11% dans le reste de l’Allemagne.

Actuellement l’AFD dispose de 78 sièges au Parlement fédéral sur 736. Le parti d’Euro-critique deviendra Euro-sceptique. Il a su évoluer rapidement. A partir de 2014 l’AFD devient populiste grâce à ses succès. En 2015 l’Allemagne accueille près d’un million de migrants. Les graves incidents de Cologne, impliquant des migrants, seront largement utilisés par sa propagande.

Les élections régionales auront lieu en 2024 comme les élections européennes du 9 juin. Ces deux élections cristallisent l’attention de tout la classe politique européenne, car elles précèdent les élections fédérales à l’automne 2025. Donc les élections du 9 juin revêtent une importance capitale pour l’UE. S’agissant d’une élection à la proportionnelle directe à un tour, ce sera le baromètre, en temps réelle, de la place de l’extrême droite en Europe.

La République fédérale, forte de ses 83 millions, est une démocratie parlementaire  exemplaire. Elle est composée de 16 régions dont les 4 anciennes provinces de l’est. Chacune dispose d’un gouvernement dirigé par un ministre-président disposant de prérogatives étendues. Ce qui rend les implantations locales indispensables pour accéder à la marche supérieure.

Les priorités dans l’action sur le terrain

l’AFD a parfaitement intégré le maillage local même au plus petit échelon local. Elle a même réussi à faire élire un maire pour la première fois. Elle utilise massivement les réseaux sociaux, ce qui lui permet de pénétrer rapidement et avec force dans tous les foyers.

Les thèmes proposés

Les deux piliers de la politique allemande étaient la prospérité économique et la stabilité. Depuis la pandémie suivie par le conflit en Ukraine, ces deux piliers vacillent.

Au départ, le parti a largement utilisé l’inégalité sociale et économique perçus dans l’ex RDA dont le PIB était de 43% de celui de l’ouest. L’écart n’a jamais vraiment été comblé. La crise actuelle l’a ravivé.

L’offre politique et économique de l’AFD s’est adaptée à son électorat

Le parti se veut celui qui offre “L’alternative pour tous ceux qui n’en n’ont pas”, slogan d’autant plus percutant énoncé en Allemand.

Populiste,

Anti élitiste,

Souverainiste.

L’instabilité politique et économique avec toutes ses conséquences sociales. Phénomène inconnu des générations actuelles.

La peur suscitée par la menace que fait planer le conflit en Ukraine où l’Allemagne est en pointe militairement et politiquement.

L’inflation qui frappe les ménages.

La recrudescence du chômage.

Introduction de la menace du Grand Remplacement.

La perte de confiance dans les Partis de la Coalition qui promettent beaucoup mais ne semblent pas en mesure de répondre aux attentes des citoyens.

L’emploi d’une rhétorique simple trouve un écho auprès des couches populaires, des plus démunis, des chômeurs des habituels abstentionnistes et des protestataires. Pendant que des électeurs des Partis de gouvernement, déçus, se tournent vers l’extrême droite.

L’antisémitisme et le racisme du Parti

Sa position est ambivalente. Pour tenter d’obtenir le soutien de la communauté juive, il a thématisé la haine des Musulmans pour les Juifs en forgeant l’image “d’un ennemi commun, l’Islam”. Peine perdue, le refus a été catégorique, pas de collaboration avec ce parti. Il a pu toutefois recruter une poignée de Juifs irréductibles qui ont créé à l’intérieur de l’AFP un groupe qui ne compterait qu’une trentaine de membres.

Devant ce refus, ses dirigeants ont développé un nouveau concept labellisé “Globalisme” qui amalgame sans nuance anti-américanisme et Juifs supposés avoir la main mise sur les grandes décisions politiques. Amalgame du pouvoir, de l’argent et du cosmopolitisme des Juifs, qui voudraient se venger de la Shoah.

Il paraît clair aussi que c’est la relation particulière entre l’Allemagne et les États Unis qui est à l’origine de ce concept. De plus, la signature récente de l’énorme contrat de fourniture du système de défense aérienne Arrow 3 n’est pas sans provoquer, chez certains, un sentiment de rejet. L’AFD manie le complotisme et s’évertue également à vouloir changer le narratif allemand. Il veut réduire la période du nazisme non pas à un “détail de l’histoire” mais ramener cette dramatique période à un simple épisode qui ne serait pas plus important que d’autres à des époques plus glorieuses. Le Parti a développé de nouveaux codes pour communiquer plus subtilement et avec un marketing politique adapté.

Qui sont les électeurs de l’AFD

13% ont bénéficié d’une éducation moyenne

6% ont reçu une éducation supérieure

21% sont des salariés

17% sont des chômeurs

Ce que nous indiquent les enquêtes d’opinion récentes

L’antisémitisme est le plus répandu en milieu musulman. Dans l’AFD le sentiment antisémite est plus répandu que dans le reste de la population allemande, qui dans sa grande majorité n’est pas antisémite.

Selon de récentes enquêtes d’opinion, sur une population allemande de 83 millions, 4% pensent que les Juifs sont sournois. Ce pourcentage est de 12% chez les Musulmans dont 26% pensent que ce sont les Juifs riches qui dirigent le monde, 16% d’entre eux estiment que l’État d’Israël ne devrait pas exister, tandis que 4% du reste de la population le pense aussi.

Ajoutons que la population musulmane représente entre 6% et 7%  de la population totale, dont une grande partie sont devenus citoyens allemands, en premier lieu ceux de l’émigration turque. La grande majorité est d’obédience sunnite.

Le pourcentage d’antisémites déclarés parmi les électeurs de l’AFD serait de 6% contre 2% pour le reste des autres votants.

Plus étrange et préoccupant, 7% des musulmans indiquent accepter l’emploi de la violence contre les Juifs contre seulement 2% dans le reste de la population. Ça représente encore trop de monde.

© Francis Moritz

Francis Moritz a longtemps écrit sous le pseudonyme “Bazak”, en raison d’activités qui nécessitaient une grande discrétion.  Ancien  cadre supérieur et directeur de sociétés au sein de grands groupes français et étrangers, Francis Moritz a eu plusieurs vies professionnelles depuis l’âge de 17 ans, qui l’ont amené à parcourir et connaître en profondeur de nombreux pays, avec à la clef la pratique de plusieurs langues, au contact des populations d’Europe de l’Est, d’Allemagne, d’Italie, d’Afrique et d’Asie. Il en a tiré des enseignements précieux qui lui donnent une certaine légitimité et une connaissance politique fine.

       Fils d’immigrés juifs, il a su très tôt le sens à donner aux expressions exil, adaptation et intégration. © Temps & Contretemps

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6 Comments

  1. Contrairement à ce qu’on lit et entend depuis un demi siècle l’Allemagne n’a jamais fait son “mea culpa” et est au contraire dans une logique prédatrice. La folie migratoire lancée par Merkel constitue une politique antisémite _ même si l’ensemble des Européens en paient les conséquences tragiques. Ursula von der Leyen est une fasciste pure et dure (comme son père ayant fricoté avec d’ex criminels nazis) qui montre bien qu’aujourd’hui comme hier l’Allemagne (et par extension l’Europe se situent dans la lignée du 3eme reich russophobe et antisémite. Le mépris non dissimulé des Allemands envers les pays d’Europe du Sud ou encore son alliance avec la Turquie sont également dans la lignée des 2eme et 3eme Reich. L’extrême droite et le fascisme sont pour ainsi dire inhérents à la culture politique allemande et non à un parti : des le début du dix neuvième siècle, le nationalisme prussien qui devait aboutir à la création de l’Allemagne a été édifié par des proto nazis (Fichte Blucher…). D’où la vacuité de cette analyse qui ne fait qu’effleurer un problème vastement plus profond. Et qui ne laisse aucune chance à l’Europe dont le destin est scellé.

  2. L’immigrationnisme plébiscité depuis des décennies par TOUTES les tendances politiques (y compris la gauche universaliste laïque juive… ) déploie ses méfaits dans TOUS les pays d’Europe de l’Ouest. L’antisémitisme qui en découle est le fait de la surreprésentation musulmane parmi ces immigrés. L'”extrême-droite” dans l’UE n’est qu’une réaction de défense des peuples face à leur sécurité, culture, système social réellement menacés.

    • Merci pour votre lecture. Je ne partage pas forcement tous les points évoqués . Pour autant, l’Allemagne doit faire face à un un déficit démographique sérieux qui pose un réel problème industriel à terme. Elle a un besoin de 400.000 migrants par an, de préférence choisis. Ceci explique en partie cela.Ce qui n’est évidemment pas toujours le cas. De plus, je crains que les mêmes enquêtes d’opinion en France ne nous donnent pas des résultais très différents, mais notre pays n’autorise pas ce type d’enquêtes. L’antisémitisme n’a jamais disparu. Il a juste sommeillé, mais tres légèrement. Les événements l’ont réactivé.

  3. L’UE est l héritière du 3eme Reich. Un 4eme Reich représenté par une fasciste adulée des médias. Depuis la création de l’UE l’attitude de la France et du reste de l’Europe envers l’Allemagne (l’un des pires fléaux du monde depuis sa création en 1871) relève du syndrome de Stockolm : c’est une collaboration qui ne dit pas son nom.
    Quant à ces pourcentages d’antisémites ils n’ont aucun sens puisque l’UE tout entière est devenue un régime (d’extrême droite) antisémite. L’UE organise méthodiquement l’anéantissement de toute forme de démocratie et l’exode forcé des Juifs. Ce n’est pas seulement Kiev qu’il faut denazifier mais également Berlin, Bruxelles, Paris…Cessez d’être dans le déni.

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