Arie Levy. Secouristes SSF en Israël

Au moment de l’entrée de la fête de Shavouot, j’étais avec mes enfants sur le pas de la porte, prêt à me rendre à la synagogue. Mon talkie-walkie a sonné, me prévenant qu’il y avait un blessé grave à 1 km de chez moi.

Mes 2 garçons, qui sont également Secouristes de SSF, sont immédiatement partis en voiture. En les voyant partir, je me disais qu’ils n’avaient pas forcément besoin de moi pour un seul blessé. Quelques secondes après, une nouvelle alerte a retenti sur mon talkie-walkie, m’informant cette fois-ci qu’il y avait plusieurs blessés. Je suis donc parti immédiatement en voiture et j’ai roulé en direction de l’événement. Comme c’était un jour de fête, 12 secouristes de SSF étaient chez un ami qui habite dans ma rue. En un instant, tous les secouristes se sont retrouvés dans 3 véhicules et 4 motos SSF en direction de l’événement.

Nous sommes arrivés sur les lieux en 3 minutes et là, nous avons découvert l’ampleur de la catastrophe, l’horreur. Alors que les fidèles priaient, une tribune de la synagogue s’était effondrée et on comptait plusieurs dizaines de blessés.

Mes 2 fils étaient déjà dans le bâtiment et commençaient le triage des blessés. En effet, lors d’événements de ce type avec de nombreux blessés, la première chose à faire est de trier les victimes selon le degré de gravité de leurs blessures, avant même de les soigner. Cette étape est très difficile psychologiquement car notre instinct voudrait les soigner immédiatement.

Avec 5 autres secouristes, j’étais à 50 mètres du lieu de l’accident et mes fils ont commencé à nous envoyer les blessés graves.

En l’espace de 5 minutes, nous avons reçu une dizaine de blessés, tous dans un état grave (fractures, fractures ouvertes, commotion cérébrale, et 3 blessés dans le coma).

On était face à un événement avec des blessés multiples. Lorsque les forces de secours ne sont pas assez importantes par rapport aux besoins, il faut suivre des règles efficaces : faire le minimum de gestes sur le terrain, stabiliser les blessés afin de les évacuer au plus vite vers l’hôpital.

Dans ce genre d’événement, la règle veut également que nous ne réanimions pas les victimes inconscientes, mais que nous nous occupions des blessés conscients, qui ont plus de chance d’être sauvés. Encore une fois, il faut lutter contre notre instinct et suivre ces règles émises par des professionnels expérimentés, afin de pouvoir coordonner efficacement les secours.

Imaginez la scène…

Les trois à cinq premières minutes, il y a peu de secouristes et encore moins d’ambulances. Donc, les gestes effectués sur les blessés sont vitaux ou peuvent s’avérer dangereux. Les personnes autour des blessés ne sont pas toujours une aide. Tandis que les véhicules de secours sont sur les routes, la population encombre les trottoirs et gêne parfois le passage des brancards. Généralement, ces premières minutes sont assez silencieuses et les secouristes sur place arrivent à donner les informations aux forces de secours qui arrivent. Mais après ces cinq premières minutes, le bruit devient infernal : des sirènes des véhiculent retentissent, on entend les cris de souffrance des blessés, les cris de leur famille.

Les 3 premières minutes, j’ai pu faire un garrot à 2 blessés. Lorsque j’ai vu que les brancards arrivaient très rapidement, toutes les 10 secondes, j’ai pris le commandement de ces 30 mètres carrés où se trouvaient déjà 15 blessés.

J’ai donc géré plusieurs actions : l’emplacement des blessés graves le long de la route, l’arrivée des brancards, les ordres aux secouristes des soins à donner, puis la décision de l’évacuation vers les ambulances.

Nous avons évacué une dizaine de blessés et avons fait un point. Nous étions plus de 20 secouristes sur cet emplacement et nous avons donc commencé à faire des réanimations cardio-pulmonaires à 3 d’entre eux. Il y avait un enfant de 12 ans, un jeune de 17 ans et un autre de 23 ans. Malheureusement, le garçon de 12 ans est décédé. Les 2 autres blessés ont pu être sauvés.

Le bilan de cette catastrophe : 3 morts et plus de 190 blessés.

Trois heures après, nous sommes rentrés à la maison où nous attendaient toute la famille. Il était difficile de garder mon calme et mon sourire mais j’ai surmonté pour que mes 50 invités puissent célébrer la fête. Puis, nous avons pu, tous ensemble, enfin faire le kiddouch de Shavouot.

© Arie Levy

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